‹ Les voies de l'oraison mentaleChapitre 186 sur 321 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Parlons à Dieu qui nous honore de sa présence. Livrons-nous toujours plus et mieux à la prière vocale, aux pieuses lectures, et surtout à l'oraison mentale et à la pensée habituelle de Dieu ^ Cherchonsle avec assiduité, dans les sécheresses comme dans les consolations; s'il se cache, faisons-lui violence en le poursuivant avec la même ardeur ; ne nous arrêtons qu'aux limites de la contention et de la fat'j:ue imprudente. Nous lierons ainsi connaissance avec Dieu ; nous apprendrons à le fréquenter, à goûter son intimité, à l'attirer en nous par notre zèle à le chercher. La longue oraison nous obtiendra peutêtre un jour la haute oraison. Quand notre esprit et notre cœur auront appris à se porter comme d instinct vers Dieu, nous serons bien près de la contemplation mystique, s'il plaît à Dieu de nous l'accorder.

Telle est, ce nous semble, la pensée de saint Bernard 2, Il dépeint une âme qui, baisant les pieds de Notre-Seigneur dans la vie purgative, a obtenu le pardon de ses péchés ; baisant les mains du Sauveur dans la vie illuminative, elle s'est acquis des vertus « nombreuses et non petites »; emportée par un amour plus fort que le respect, elle ose demander à Dieu la contemplation, a baiser de la bouche divine » ; et voici les raisons qu'elle allègue pour justifier sa témérité : a Je l'en prie, je l'en conjure, j'exige presque qu'il me baise d'un baiser de sa bouche.

1. Vie du P. Balth. Alvarez, c. xiv, § 1 et 3, et c. xlii. î. S. Bern., IX semi. in Cant.

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Voilà déjà bien des années que je m'efTorce par sa grâce de mener une vie pure et mortifiée, je m'applique aux pieuses lectures, je résiste à mes passions, je m'adonne fréquemment à la prière, je me tiens en garde contre les tentations, je repasse mes années dans l'amertume de mon âme, je crois vivre en paix avec mes frères, autant qu'il est en moi ; je suis soumis à l'autorité, réglant mes démarches sur l'ordre de mon supérieur. Je n'envie pas le bien d'autrui, car plutôt j'ai donné le mien et ma personne ; je mange mon pain à la sueur de mon front », etc., etc. Telle est aussi la pensée de sainte Thérèse. Dans son c< Château de l'âme », elle enseigne que « tous nos désirs, toutes nos méditations, toutes nos larmes et tous les efforts que nous pouvons faire (pour nous élever à la quiétude surnaturelle) sont inutiles ; Dieu seul donne celte eau céleste à qui il lui plaît ; il ne la donne souvent que lorsqu'on y pense le moins ». Toutefois elle demande comme disposition <r de l'humilité, de l'humilité, puisque c'est par elle que le Seigneur se laisse vaincre et cède à tous nos désirs... Qu'une âme soit humble et détachée de tout, mais dans la vérité, et non dans Timagination qui souvent la trompe, et le divin Maître, je n'en doute point, lui accordera non seulement cette grâce, mais encore beaucoup d'autres qui surpasseront ses désirs » ^. Même doctrine dans la a Vie 3) de la sainte et dans son « Chemin de la perfection ». Personne ne peut s'élever de soi-même à

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