CHAPITRE III
Purifications passives.
Il y a la purification passive des sens, et celle de l'esprit: la première est assez commune, puisqu'elle est l'entrée ordinaire de la contemplation mystique ; la seconde « est très rare *».
Art. 1 — Purification passive des sens ^ , § I. — Notion de cet état.
La purification passive des sens n'est pas une souffrance quelconque, comme les sécheresses, les tentations, les humiliations, les scrupules, les soucis, les maladies et raille autres épreuves qui abondent dans la vie spirituelle. C'est une aridité habituelle et très spéciale, en rapport, par sa nature, avec les oraisons mystiques, dont elle est la préparation, le germe et l'éclosion ; ou plutôt, c'est la contemplation elle-même, mais trop faible encore, aride, désolante et purifiante Elle est passive, c'est Dieu qui opère et l'âme s'y prête. Elle purifie les sens, en les soumettant à l'esprit, et en liant les fa-
1. S. Jean de la Croix, / Nuit, c. vm, xi, xiv. î P. Poulain, Grâces d'or., c. xv.
256 DE l'oraison
cultes sensibles dans leurs opérations naturelles. Ces facultés entrent ainsi comme dans une nuit obscure ; c'est pourquoi saint Jean de la Croix appelle cet état la nuit du sens ; c'est la première ; une autre suivra, plus douloureuse encore, celle de Vesprit.
La réunion des trois signes suivants caractérise la première nuit.
l'D'aboî'd. une aridité totale des facultés sensibles, « oîi l'on ne trouve de consolation et de plaisir ni dans les choses de Dieu ni dans les choses créées. C'est Dieu qui produit ce dégoût universel pour réduire les sens au néant et les purifier ^ ». 11 avait porté l'âme dans ses bras, l'avait nourrie de lait, encouragée par ses caresses ; elle a grandi, il la sèvre et la pose à terre. De là vient l'aridité dans la prière ; Dieu n'y sourit pas, le cœur est sans élan, l'imagination n'aide plus à rien et devient importune par ses distractions. C'est le désert m.orne et la désolation. Fatigue dans la pratique des vertus : l'âme est plongée dans l'amertume, le sacrifice l'effraie, un rien la fait souffrir, les tentations sont plus à charge. Ennui des choses créées : on n'a de goût à rien, « de l'inclination à quoi que ce soit de particulier ^ »; d'ailleurs on ne voudrait nourrir aucun attrait pour ce qui n'est pas Dieu. Car si les facultés sensibles « sont abattues, lâches et affaiblies, l'esprit demeure vif et fort 3 ».
i. s. Jean de la Croix, I Xuit, ix.