‹ Les voies de l'oraison mentaleChapitre 198 sur 321 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

une passivité commencée : passive, cette impuissance de méditer, qui ne fait que poindre et ira s'accentuant ; passif, ce souvenir confus et obscur; passif, ce besoin douloureux de Dieu ; passive, cette désolante aridité, malgré la ferveur de l'esprit ; passif, cet élat d'oraison où je n'ai déjà plus la même libei-tépour choisir mon sujet et ma méthode. Cependant, je peux encore produire une foule d'actes comme ceux de l'oraison de simplicité, et j'en sens le besoin pour ne pas demeurer dans le désœuvrement. Il y a donc ici un mélange d'activité et de passivité : on a encore un pied dans les oraisons affectives, l'autre est déjà dans la quiétude aride.

§ III. — Souffrances de cet état.

Il ne faut pas les exagérer

Les auteurs dépeignent surtout ce qui s'est passé dans l'âme des saints ; Dieu, qui les voulait porter aux sommets, les rendait fortset ne les épargnait pas; il leur prodiguait, comme à ses meilleurs amis, l'abondance de ses croix. Nous sommes faibles ; Dieu proportionnera le fardeau à notre infirmité, ou bien il augmentera la force de nos épaules. Beaucoup de gens, dans toutes les conditions de la vie, endurent des souffrances aussi grandes que ces pretnières purifications passives ; songe-t-on même à les plaindre ? Ces peines, d'ailleurs, perdent leur àiî- • quand l'àme a fini parles apprécier et s'y soui • résolument.

Cependant, elles sont réelles. Sainte Thérèse, qui

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les avait éprouvées durant nombre d'années, déclare qu'elles sont très grandes^ et qu'il faut, à son avis, plus de courage pour les soutenir, que pour supporter bien des traverses du monde ; mais, comme elle l'a vu clairement, Dieu les récompense, dès cette vie même, par un magnifique salaire ^.

L'âme souffre des biens qu'elle a perdus. Ce n'est pas ainsi qu'elle priait autrefois ; les pensées pieuses affluaient, les affections coulaient de source, on sentait ce qu'on disait à Dieu ; Dieu se montrait aimant et prodiguait les caresses ; on eût prié le jour et la nuit, les pénitences avaient du charme, rien n'eût coûté pour un si bon Maître. Serait-il irrité ? Il a voilé le soleil de ses divines faveurs, fermé les écluses des eaux spirituelles, et posé l'âme à terre ; il la sevrée et semble la laisser mourir de faim. Quels amers regrets ! Ses pratiques anciennes sont impuissantes à ranimer la ferveur; plus elle y recourt, plus elle augmente son trouble et son aridité.

Elle souffre de cette sécheresse persistante : auprès de Dieu, qui ne lui dit rien, et la prière est pleine de fatigue et d'ennui ; — auprès des créatures ; Dieu en fait un objet de dégoût en répandant sur elles de l'amertume, ou bien l'âme, pour résistera leurs séductions, est obligée de se faire une violence que l'aridité rend plus pénible et sans compensation. Elle souffre de tout ce qui l'entoure, un rien lui est à charge. Elle souffre d'elle- même ; elle

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