CHAPITRE II
c lie peut remplir les quatre fonctions de la prière, oB i-estreindre â plusieurs, ou se borner à une seule, suivant l'attrait et le besoin. Mais, en outre, et nous appelons l'attention de nos lecteurs sur cette remarque, elle a toujours pour but de nous rendre meilleurs.
Nous faisons oraison afin de nous convertir du mal au bien, du bien au mieux, du mieux au parfait, comme nous l'avons promis. Cette conversion constante et progressive, ou cette tendance à la perfection, comme on dit maintenant, est le point capital de nos règles, le but où doivent aboutir toutes les observances ; nos exercices soirituels, sans exception, poursuivent cette fin et n'en ont pas d'autre ; mais l'oraison, d'après sa nature même et ses divers actes, est par excellence la source de cette transformation.
Ceux qui sont encore aux débuts de la vie spirituelle doivent se proposer comme résultat de leur oraison, l'extirpation de tel péché ou de tel défaut, principalement du vice dominant ; la victoire sur telle tentation, le redressement de telle mauvaise inclination, le règlement de telle passion. Quand un mal sera corrigé, ils tourneront leur prière contre un autre, autant de temps qu'il faudra pour en triompher; et ainsi l'oraison bien pratiquée purifiera leur âme.
Ceux qui sont dans la voie du progrès spirituel, sans abandonner complètement cette lutte contre le mal, emploieront leur oraison surtout à cultiver les vertus, spécialement les vertus fondamentales, ou
celles dont ils auraient un plus grand besoin : Dar dessus tout, l'esprit de foi, l'humililé, le renoncement, l'obéissance, le recueillement etia vie ae prière pour arriver au parfait amour.
Ceux qui sont déjà unis à Dieu d'esprit, de cœur et de volonté emploieront leur oraison à fortifier cette union. Ils aimeront, pour développer la sainte dilection ; leur prière sera surtout amour, confiance, conformité et abandon à la divine volonté, spécialement dans les croix de Providence,
C'est ainsi que notre oraison atteindra son but. Son principal objectif n'est pas de nous instruire, les pieuses lectures y suffiraient; c'est plutôt d'embraser le cœur, afin qu'il rende mieux à Dieu ses devoirs, et surtout d'adapter notre volonté à celle de Dieu, de sorte que la prière nous détache de tout le reste, nous attache à lui seul et transforme ainsi nos habitudes et notre vie.
Pendant l'oraison, les considérations pieuses remplacent nos pensées humaines par des pensées. plus divines; le retour sur nous-mêmes nous présente un miroir où nous contemplons nos défauts ; les affections et les demandes nous unissent à Dieu et attirent la grâce qui nous revêt de la force d'en haut. Nous sortons plus divins de cette rencontre avec Dieu. Ce sont là autant de fruits déjà mûrs et cueillis pour le ciel. Mais tout cela tend aux bonnes résolutions qui ne sont encore que des fleurs et doivent devenir des fruits.
Après que l'oraison est terminée, tout n'est donc pas fini ; elle n'est pas un tiroir où l'on puise con-