CHAPITRE III
Quant aux «âmes plus faibles encore, il les exerce à son amour en paraissant et disparaissant » pour se faire chercher. Il n'use pas des mêmes ménagements envers les âmes fortes qu'il veut élever à l'union d'amour ; avec quelque vitesse qu'il les conduise, l'expérience montre qu'elles ont coutume do demeurer longtemps dans cette purgation des sens ^ ; cela dure, pour l'ordinaire, un certain nombre d'années 2.
Cette première nuit est le germe et i'éclosion des oraisons passives ; cependant certains n'endureraient cette épreuve que plus tard, au dire de sainte Thérèse'. Dans la suite, la quiétude s'accentue, et l'impuissance de l'esprit» va toujours croissant* » . Mais « au moment où l'âme y pense le moins, Dieu lui fait sentir des saveurs très spirituelles, lui communique un amour très pur et des connaissances très délicates^ ». Elle passe alors par des alternatives d'oraison ardente où l'amour se développe merveilleusement, et d'aridité progressive où l'âme se purifie toujours davantage, tandis que le désir de Dieu devenant plus anxieux dilate étrangement la capacitéd'aimeretderecevoir Dieu Cette purification se poursuit de la sorte à travers les premiers âges de la contemplation. Si tel est le bon plaisir divin
^. Nuit, liv. I, c. XIV.