Ifiid., liv. I, c. xm
284 DE l'oraison
et si l'âme est généreuse, on n'en sort communément, après une époque de repos, que pour entrer dans la nuit de l'esprit qui est plus ditticile et fâcheuse, et marcher par là vers la parfaite union d'amour; mais il n'y en a qu'un « très petit nombre » qui y parviennent^.
Est-ce un devoir de demander la fin de ces épreuves, sous le prétexte qu'elles sont une maladie, et qu'ayant la vocation à la contemplation, on doit avoir hâte d'y entrer ? Nous ne le pensons pas.
1° Cette contemplation aride est le remède et non le mal. Les plaies à guérir sont l'orgueil, la gourmandise spirituelle, la trop grande dépendance des facultés supérieures vis-à-vis des sens . En attendant que l'âme continue de se purifier dans l'ardeur de l'union mystique, il faut que la purgation passive commence et se prolonge dans l'amertume de cette première nuit. On sait où elle nous mène. N'est-on plus libre de se remettre courageusement entre les mains de Dieu, de s'en rapporter au céleste médecin, qui connaît mieux que nous le remède, la dose et le temps requis?
2° Nous devons avoir hâte d'entrer dans la contemplation. Sans doute, mais c'est déjà fait, puisque c'est la même contemplation qui purifie l'âme avant de l'embraser. Elle se développera, pour l'ordinaire, dans la mesure où la purification aura préparé l'union ; plus Dieu travaille et nettoie le sol, plus
l. Nuit, liv. I, c. XIV etliv. II,c. i.