‹ Les voies de l'oraison mentaleChapitre 214 sur 321 · CHAPITRE m iK · texte numérisé non relu

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la précieuse semence a chance de vivre, de s'épanouir el de fructifier.

Comme les desseins ultérieurs de Dieu demeurent voilés, on peut très bien demander la fin de ces épreuves, pourvu que ce soit avec soumission et pureté d'intention ; on fera beaucoup mieux, selon nous, en laissant Dieu agir à son gré et lui demandant seulement la générosité et la patience ; il nous semble que c'est la manière la plus sage et la plus vaillante de vouloir et de chercher le progrès.

Art. II. — Purification passive de V esprit. § I. — Époque y raison d'être et notion.

Saint Jean de la Croix enseigne qu'entre la nuit du sens et celle de l'esprit, Dieu accorde de « longues années » de repos, où la contemplation savoureuse se développe dans les exercices du progrès. Le spirituel, grâce à sa première purification, marche avec dégagement ; il n'est plus attaché aux consolations ; ses puissances ne sont plus embarrassées dans les liens du discours ; « son esprit se repose bientôt, avec facilité, en une sereine et amoureuse contemplation accompagnée de saveurs spirituelles » . Comme la purification de l'âme est loin d'être complète après la seule nuit des sens, cet état de transition « n'e.Kclut pas les aridités, les ténèbres et les angoisses ; parfois même, elles sont plus intenses que dans la purification des sens ; mais elles ont moins de durée ; après quelques jours de ces tempêtes, la sérénité revient à l'âme avec ses délices

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accoutumées » . Les sens déjà purifiés commencent à participer aux joies de l'esprit, et sont trop faibles encore cependant pour soutenir l'intensité des communications divines. De là viennent, dans celte époque intermédiaire, les extases, les ravissements et les dislocations des os ; tout cela n'aura plus lieu, après la nuit de l'esprit ; alors les sens et l'esprit, plus libres, plus forts et plus purs, pourront soutenir l'action de Dieu sans défaillir ^.

La purification passive de l'esprit ne précède jamais celle du sens, elle l'accompagne rarement, d'ordinaire elle la suit après un temps de repos. Mais Dieu reste maître de son action et du temps, il ne s'est pas engagé à suivre une marche invariable 2.

Malgré la purgatiou des sens, il reste dans l'esprit des imperfections habituelles : ce sont les affections et dispositions défectueuses que la première nuit n'a pu arracher, parce qu'elles ont leurs racines dans Vesprit; c'est encore une sorte de stupidité de l'esprit, qui le rend sujet aux distractions et aux épanchements. Il reste aussi des imperfections actuelles, par exemple : l'orgueil qui se glisse dans tout ce qui a un air de sainteté, comme les extases, visions et révélations ; une certaine hardiesse et un manque de respect vis-à-vis de Dieu, une trop grande avidité des goûts spirituels, etc. « La ma-

4 Nuit, liv. II, c. I.

2. ScM.ramelli, Dir. myef., 5» tr,, c. XV. —S. Lig., Praxis, i?9 et 137.

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mère et les opérations de l'âme sont encore basses... elle entend les choses de Dieu en enfant, elle parle de Dieu en enfant, ses actes et ses sentiments sont des actes et des sentiments d'enfant ^ ». A cause des liens intimes qui unissent la partie sensitive et la partie intellectuelle de lame, « l'une n'est jamais purifiée exactement sans l'autre » ; la purgation du sens prépare à supporter celle de l'esprit, laquelle à son tour complète celle des sens ^. La première est « plutôt une réforme qu'une purification proprement dite » ; la seconde ira jusqu'à arracher la racine du mal ; la première est pénible, la seconde est horrible. Toutes les deux sont une aridité purifiante qui nous achemine, de loin ou de près, vers la parfaite union d'amour ; l'une s'exerce dans la sensibilité, Tautre dans l'intelligence et la volonté ; chacune est causée par une opération spéciale de Dieu, qui est la contemplation obscure elle-même en certaines conditions ; on conçoit que cette vertu divine pénètre d'abord les sens extérieurs et intérieurs avant d'entrer dans les facultés supérieures et plus intimes ; au début, la contemplation était trop faible, et l'on soufiraitde ne pas jouir de Dieu ; maintenant, elle sera trop forte, et c'est sa force même qui afflige en diverses manières.

Bref, la nuit de l'esprit est une influence mystérieuse, que Dieu exerce, au moyen d'une vive con-

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