‹ Les voies de l'oraison mentaleChapitre 216 sur 321 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Croix ^ et sainte Thérèse ^ ont décrite d'une açon -aisissanle, vient de ce que cette contemplatiuii met dans une très vive lumière l'infinie grandeur de Dieu et notre néant, sa sainteté et nos misères ; c'est une trop évidente connaissance infuse de Dieu et de nous-mêmes ^. La pauvre âme est prise de tremblement devant une si haute Majesté ; elle est épouvantée de ses difformités hideuses, de ses offenses sans nombre. Tout le bien qu'elle a fait lui est caché ; les grâces divines et ses péchés sont placés dans un puissant relief; une terrible angoisse l'étreint devant la sainteté et la justice de Dieu; elle se croit entièrement faite de boue et d'ordure, chassée de toute vertu ; il lui semble que Dieu ne peut plus aimer une telle horreur, ni supporter une pareille infection ; d'ailleurs a-t-elle jamais rien valu? N'a-t-elle pas vécu dans une perpétuelle illusion ? Dès lors n'est-elle pas justement abandonnée, perdue sans retour ? Elle ne veut que Dieu, mais Dieu lui semble ravi sans espoir, elle est noyée dans un océan d'amertume, horriblement tentée contre l'espérance. — C'est le saisissement du respect, le regret et la honte, le désir et l'amour, non pas une déchéance, non pas une descente sur la pente de la négligence; car cette âme craint la moindre faute plus que la mort ; elle aime tant Dieu qu'elle donnerait mille vies pour lui ; dans cette affreuse

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