CHAPITRE m
prêt à engloutir sa victime. C'est un en/er par la douleur, un purgatoire par la vertu purifiante ; saint Jean de la Croix affirme que ces âmes ne passeront point par le feu de l'autre monde ou n'y demeureront pas longtemps ; à leur insu, elles se purifient maintenant jusque dans leurs plus intimes profondeurs, et le mariage spirituel est le terme où aboutissent ces terribles épreuves.
4° Saint Jean de la Croix * et surtout sainte Thérèse ^ décrivent une autre purification passive qui s'opère dans les tortures de l'amour. Il ne s'agit pas ici de ces alternatives familières aux contemplatifs, où Dieu jette l'âme dans des transports en se manifestant, et la plonge dans des désirs anxieux en se cachant ; mais ce sont des épreuves très spéciales, crucifiantes et sublimes.
Avant l'époque de ses grands ravissements, sainte Thérèse reçut très fréquemment durant quelques années la blessure d'amour. L'âme sent que Dieu est près d'elle et qu'il l'appelle ; embrasée, transportée, éperdue d'amour, elle meurt presque du désir de le voir ; et ne pouvant le posséder à son aise icibas, elle meurt de ne pouvoir mourir ; elle prend en horreur le monde et son misérable corps ; elle « est rudement tourmentée entre la violence de ses élans et celle de son impuissance ^ » ; c'est comme