CHAPITRE IV
pour l'union pleine ou l'extase. Enfin il se retire quand il veut, et nul ne peut le retenir malgré lui.
C'est ce qui explique les constantes flucinalions que subit la contetnplatiun : elle est faillit- i|c se renforce, pour décroître et graiidii encore • Si quelquefois elle dure assez longtemps, c'est toujours en augmentant ou en diminuant ; enfin, elle ne "persévère jamais dans le même état... selon qu'il plaît à Notre-Seigneur de se communiquer,... parce que cette opération est toute divine ») ^. Ces fluctuations se rencontrent dans une même oraison ; à plus forte raison, entre plusieurs prières successives, l'une sera ardente, l'autre faible, ou moyeime ou très intense ; on sera maintenant dans l'union pleine, et bientôt dans une toute petite quiétude. Hélas 1 c'est une abondante source d'amères déceptions ; on espère saisir Dieu, il échappe ; c'est parfois un châtiment paternel quand l'âme a démérité, c'est souvent un pieux artifice de l'amour qui se fait désirer et chercher. Toutefois, si l'âme est fidèle et si tel est le bon plaisir de Dieu, l'ensemble des oraisons doit s'élever, et toujours les vertus doivent progresser.
Ainsi, « la divine Majesté se communique à l'âme qui reste passive, comme la, lumière se communique à l'esprit de celui quia les yeux ouverts » ^. Il faut donc « que l'âme prenne une aiiilude presque passive,
1. Château, 6» dem., c. n. — Vie, xvin. î. Montée, liv. II, c. xv.
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sans se préoccuper d'agir par elle-même, mais se tenant dans une attention simple, pure et amoureuse, comme le ferait une personne qui volontairement ouvre les yeux par amour ». « Dieu est l'agent qui infuse et enseigne, tandis que l'âme reçoit ». Pendant tout le temps que Dieu verse sa lumière et son amour, l'âmedoit être attentive à recueillir ce que Dieu daigne lui donner : si elle veut méditer comme par le passé, multiplier les actes distincts « à l'exception de ceux auxquels Dieu la porte », rechercher les saveurs et la ferveur par les moyens anciens, en un mot agir par ellemême au lieu de se prêter amoureusement à recevoir, elle empêche l'action de Dieu ; « Dieu veut lui parler,... elle cause du bruit au milieu du silence ». Il lui infuse une lumière et un amour souverainement désirables ; «. elle ne recevra ce bien précieux que pauvrement et imparfaitement, et non dans toute la plénitude avec laquelle il lui est offert ». Ou plutôt, elle y met obstacle et le perdra 1. « C'est, au dire de sainte Thérèse, jeter de l'eau sur le feu, souffler si fort sur le flambeau qu'on l'éteint » ^. C'est en même temps augmenter la sécheresse, le trouble, la fatigue et le dégoût. Au contraire, « plus l'âme s'accoutume à ce repos, plus il grandit, plus aussi s'accroît la connaissance générale et amoureuse de Dieu, où. elle trouve une paix,
1. Vive flamme, 3» str., 3» ver., § v, vi, vu, vin. — Montée, liv. II, c. XI, XII, xra, XV. — Nuit, liv. I, c. ix et x, etc.