Vie, xxvu
Voilà donc le premier caractère de l'oraison mystique. Impossible à l'âme de s'y élever par elle-même, Dieu la donne et on la reçoit. C'est par l'expérience qu'on le constate. Dans la voie commune, on sent qu'on agit ; on peut dire quelle est la pensée qui nous a remués, et, en recourant aux mêmes moyens, reproduire plus ou moins le même effet. Ici, au contraire, on a conscience d'être passif; quand la lumière et l'amour inondent l'âme, elle sent qu'un autre les répand en elle, que tousses efforts seraient impuissants à les faire naître, à les conserver, à les ramener ; quand tout a disparu, elle s'aperçoit qu'elle est de nouveau seule et livrée à elle-même : celui qui opérait s'est retiré. Lorsque l'action de Dieu est d'une faiblesse désolante, l'âme voit trop bien que son entendement est lié et qu'elle est impuissante à s'illuminer et à s'embraser. Grande leçon d'humilité, de dépendance et de crainte filiale visà-vis de Dieu !
Art. II. — Dieu ineffahlement connu.
Entrons davantage au cœur de la contemplation passive et voyons ses éléments constitutifs.
Ce sont à la fois la lumière et l'amour mystérieusement répandus en nous. — D'après saint Jean de la Croix, la contemplation est « la science de l'amour, l'infuse et amoureuse connaissance de Dieu ; elle éclaire l'âme et l'embrase, de manière à l'élever par degrés vers Dieu son Créateur ; car l'amour est le