‹ Les voies de l'oraison mentaleChapitre 239 sur 321 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

une gêne pJus ou moins marquée à méditer, à faire des prières vocales, à multiplier les actes intér-eurs particuliers et distincts, excepté quand l'action de Dieu p'ousse l'âme à des effusions d'amour ou autres semblables ; mais hélas I nos puissances n'éprouvent pas la même gêne à nous créer des distractions. Plus tard, les considérations deviennent comme impossibles ; et, dans l'union pleine et l'extase, l'action mystique, saisissant nos puissances avec une souveraine intensité, suspend leur activité en ce qui concerne leurs opérations naturelles, et l'applique tout entière à recevoir la lumière et l'amour infus. Les sens et les facultés intérieures retrouvent plus de liberté dans le mariage spirituel *.

On voit par là combien ces oraisons mystiques méritent bien leur nom ; elles sont, en effet, mystérieuses même pour les initiés : mystérieux, ce vide de l'esprit, cette impuissance de méditer dans la prière et là seulement ; mystérieuses, ces étranges purifications passives parmi des angoisses presque désespérantes ou dans les tortures de l'amour ; mystérieuse, cette divine infusion si secrète qu'elle est parfois imperceptible à celui même qui la reçoit ; mystérieuse, cette lumière générale et obscure, qui n'apprend rien de particulier, donne une si haute estime de Dieu et dégoûte de tout le reste ; mystérieux, cet amour vague et confus, ce sentiment parfois si intense de la présence de Dieu, cette union

1. Voir 3» partie, c.iu, a. 2, § 1, et c. viii et ix, p. 286,359,370.

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savoureuse et tranquille, ces impétueux transports, cette jDaix profonde, cette ligature des puissances, cette influence qui saisit le corps lui-même, cette puissante transformation de l'âme en Dieu opérée par l'amour. On se trouve ainsi introduit comme dans un monde nouveau, où le surnaturel se touche presque de la main.

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