CHAPITRE III
nos défauts et de nos imperfections, la pauvreté de nos vertus et de nos mérites, notre petitesse insignifiante vis-à-vis des saints qui ont illustré l'Ki^li.se et l'ordre de Giteaux, et surtout notre néant et notre misère devant Celui qui est lagrandeur et la sainteté même. Elle devient ainsi le tombeau de Torgueil.
§ II. — Du côté de la volonté.
1' Le premier obstacle à nos progrès est dans les affections ; c'est à la fois un certain dégoût de Dieu qui nous rend froids et languissants à son service, et une ardeur fiévreuse pour tout ce qui n'est pas Dieu. Le péché nous a détournés de notre fin et tournés vers le créé. Le remède est l'oraison. Elle nous détache et nous attache. Elle nous détache du péché, des biens périssables, du monde, de nousmêmes surtout ; elle nous attache au seul et unique Bien,
Elle nous détache d'abord du péché : « c'est elle, dit le P. Grasset, qui nous mène spirituellement en enfer, pour y voir notre place ; au cimetière, pour y voir notre demeure ; au ciel, pour y voir notre trône ; à la vallée de Josaphat, pour y voir notre juge ; en Bethléem, pour y voir notre Sauveur ; au Thabor, pour y voir notre amour ; au Galvaire, pour y voir notre exemple ».
Elle nous détache des biens périssables, comme les richesses, les honneurs, le bien-être corporel, toutes choses dont il est si facile d'abuser. Elle nous montre la vanité de ce qui ne peut rassasier un cœur
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affamé de Dieu, l'incoastance et la fragilité de ce qui passe, les soucis et les dangers que nous apportent ces faux biens, et leur futilité en comparaison de ce qui demeure éternellement. Si elle nous les rend ainsi méprisables, elle nous en détache plus encore en nous faisant aimer Dieu. « Que la terre paraît viie à qui regarde ie ciel ! » Combien ses joies et ses honneurs perdent leur charme quand on a goûté Dieu I
Elle nous détache du monde. Elle nous apprend à compter pour rien les promesses et les menaces du monde, son estime et ses dédains ; car il ne peut nous rendre ni heureux, ni vertueux ; nous ne sommes pas meilleurs parce qu'il nous porte aux nues, ni pires quand il nous foule aux pieds. Nous ne valons que ce que nous valons aux yeux de Dieu. Elle nous fait craindre la corruption du siècle, le danger de ses louanges, la perfidie de ses caresses, bien plus que ses impuissantes fureurs. Elle nous fait comprendre qu'il n'y a que Dieu seul : point d'autre colère à redouter, point d'autre estime à désirer, point d'autre amitié où le cœur puisse se reposer.
Elle nous détache surtout de nous-mêmes. Tombeau de l'orgueil, avons-nous dit, elle l'est aussi de la sensualité. c( Elle substitue Tesprit à la chair, les délices de l'âme aux plaisirs du corps. S'il est un fait constaté dans l'histoire delà vie chrétienne et religieuse, c'est que l'amour de la mortification marche parallèlement dans une âme avec l'amour de Toraison. Cet exercice enrichit des trésors de la patience ceux qui s'y livrent sérieusement. Ilssuppor-