CHAPITRE III
'.ent sans murmure et avec joie les peines et les afflictions de quelque partqu'elles leur viennent * j>. Enfin l'oraison nous unit à Dieu. Détachée de tout, l'âme n'a plus rien qui la retienne ; elle est si bien vide que Dieu s'y précipite pour y établir son règne. Quels trésors, quelle délivrance, quelle félicité pour une âme, à mesure que l'habitude de l'oraison la soustrait à l'empire de ses passions et la soumet à son bon Maître, d'abord par la crainte, puis par l'espérance, enfin par l'amour ! Un jour vient oîi le cœur est pris ; c'est alors une mutuelle amitié, la suave intimité. L'âme connaît Dieu et ses beautés infinies, et cette vue la charme et l'enflamme ; elle voit partout dans la nature et la grâce, dans la vie de Notre-Seigneur comme dans sa propre vie, mille preuves touchantes des miséricordes et de l'amour de Celui qui ravit, son cœur. Malgré son néant et ses fautes, elle ose élever vers un Dieu si haut et si saint un regard du cœur et demander un retour d'affection, elle aime et elle est aimée ; Ditui ne dédaigne pas de s'abaisser jusqu'à elle, et parfois elle est jetée dans la stupeur en voyant la tendresse que son Dieu lui témoigne. Oh ! qu'ils sont consolants et réconfortants ces moments trop courts ! Comme ils dédommagent surabondamment de toutes les peines passées, et donnent du courage pour de nouvelles épreuves ! Parce que l'âme aime et veut être aimée, elle ne souffre pas que rien offense en elle les yeux très purs de son Bien-aimé, et l'amour veille
1, r*. Chaignon, Méd. rel., \'^ vol., p. 10.
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avrc nn soin ininnx à la purelaide son cœiir /}nels sacrifices ne ferait-on pas afin ae conserver ou de ramener les visites de Celui qui est tout pour nous ? Plus on aime, plus on s'oublie, plus on se quitte pour aller à Dieu. On ne cherche que Dieu, on voudrait ne penser qu'à Dieu, ne parler que de Dieu, vivre tout le jour avec Dieu, se dépenser et souffrir pour lui, et après avoir employé toutes ses énergies à le servir, on pense encore n'avoir rien fait. Or c'est l'oraison qui enfante ce bienheureux amour : « Cor meum concaluit intrame et in meditatione meaexardescet ignis"^ ».
Louis de Blois exprime ainsi cette métamorphose par l'oraison : « L'âme se dépouillant de tout l'humain et se revêtant des divines inclinations, se transforme et se change en Dieu. Gomme le fer posé dans la fournaise reçoit la forme du feu et se change en feu, ainsi l'âme était froide, et elle est embrasée ; elle était dans les ténèbres et elle brille ; elle était raide et elle est souple. Toute entière elle prend un aspect céleste. Son essence est toute pénétrée de l'essence divine. Maintenant qu'elle a trouvé Dieu, elle renonce volontiers aux créatures ». Elle possède en effet lumière, force, paix, joie, liberté ; en trouvant Dieu, elle a trouvé tout bien.
2» Le second obstacle que la volonté oppose à nos progrès regarde nos résolutions : c'est l'inertie, la faiblesse, la lâcheté, l'inconstance. Le seul remède à ce mal est dans la grâce de Dieu, sans laquelle