Vie, IV
338 DE l'oraison
fille ne sait si cela lui durait l'espace d'un Ave Maria.
Avec le temps, la quiétude devient plus fréauente et se prolonge davantage. En se basant sur plusieurs passages de sainte Thérèse, on pense que, dans toute sa force, elle ne dépasse guère une demi-heure. Mais elle ne vient pas toujours subitement etnes'en va pas subitement ; assez souvent, Dieu semble y faire monter l'âme par degrés, pour exciter son attention, enflammer, son amour : quand le fort de cette grâce est passé, il reste habituellement un état où l'on demeure tout imprégné de la visite divine. De cette façon, la quiétude, avec son aube et son crépuscule, peut durer une heure et même davantage. Nous avons déjà dit avec saint Jean de la Croix et sainte Thérèse que la quiétude agissante et l'ivresse spirituelle se prolongent jusqu'à un jour, deux jours, ou plus encore.
La quiétude finit par devenir habiluelle; on y entre alors comme à son gré, dès qu'on se met en prière ; souvent même l'action divine saisit l'âme à l'improviste, jusque dans les occupations les plus vulgaires. Tantôt forte, tantôtfaible, elle s'élève progressivement parmi de constantes fluctuations, et ne cesse généralement que pour faire place à l'union de toutes les puissances, et celle-ci à l'extase. Cependant, quand l'âme est parvenueà l'époque de l'union pleine ou de l'extase, (car il ne faut pas oublier que chaque degré d'oraison est un âge de la vie spirituelle), elle revient très fréquemment à \e simple quiétude ; même alors, la prière s'élève et s'abaisse et ne peut se maintenir toujours sur les sommets.