‹ Les voies de l'oraison mentaleChapitre 261 sur 321 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

que l'occupation de l'âme avec Dieu est bonne en soi, qu'on y réussit et qu'elle profite.

Pendant l'oraison, on ne doit laisser les actes compliqués de la méditation ou les actes moins variés et plus simples des oraisons affectives, que « lorsque Dieu, élevant l'âme à une oraison plus haute, la tient unie à lui par l'amour»^. Jusque-là, il faut s'occuper à celle de ces oraisons communes qui nous réussit et nous profite le mieux. De même, quand on n'éprouve plus l'union mystique, on doit revenir à cette oraison active, pour ne pas demeurer désœuvré.

Au contraire, pendant qu'on ressent l'action divine, il faut suspendre le travail personnel dans la mesure nécessaire pour se prêter à l'action de Dieu, li'obéissance nous fait toujours un devoir de nous plier à ce qu'il veut de nous ; étrange humilité, celle qui veut demeurer malgré le Saint-Esprit dans les voies communes, et ne craint pas de lui faire la leçon, en lui disant par sa conduite : Je sais mieux que vous quelle voie me convient.

Si notre âme est attirée à contempler Dieu dajis vn silence plein d'amour, contentons-nous de regarderetd'aimer sans rien dire ; oubien, nefaisonsque de petits actes simples d'amour, d'adoration, d'humilité et autres semblables, et seulement ce qu'il en faut pour soutenir l'âme dans ce regard amoureux, « Le plus que l'on doive faire dans cette oraison, dit

i. Clidleau, i' iJeiM., c. ui.

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saint? Thérèse^, est de proférer de temps en temps quelques paroles de tendresse qui ravivent notre âme ; qu'elles soient comme ce souffle léger qui rallume un flambeau presque éteint, et non comme ce souffle plus fort qui l'éteindrait s'il était allumé. » "Vouloir s'obstiner à chercher des considérations, à multiplier les affections, c'est gêner le repos amoureux où Dieu nous fait entrer. « Ainsi font des enfants que leur mère porterait au bras, dit saint Jean de la Croix 2 ; ils ne pourraient faire un seul pas, et voici pourtant qu'ils crient et se démènent, afin d'obtenir qu'on les mette sur pied : ils n'avancent pas, et ils empêchent leur mère d'avancer. Un peintre, lorsqu'il fait un portrait, pose lui-même la personne et ne lui permet aucun mouvement. » — Mais, c'est de l'oisiveté ! — Non, c'est seulement un travail sans bruit et de beaucoup de fruit. L'âme est très active en réalité : l'esprit est tout occupé à regarder Dieu, et la volonté à l'aimer. Si l'oraison dégénérait en une rêverie, on aurait conscience que toutes les facultés se débandent, et qu'on a cessé de regarder Dieu avec amour. Au contraire, l'âme est tout entière dans ce regard amoureux ; elle avance et ne sent pas la fatigue, parce que Dieu la porte.

Si, au contraire, notre âme est inclinée à faire des actes, tranquilles ou ardents, et si les afl^ections jaillissent comme de source, laissons-nous aller sans

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