‹ Les voies de l'oraison mentaleChapitre 267 sur 321 · CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vil

est captivée sans être « entièrement abîmée en Dieu d ; cela suppose qu'une iumière divine a saisi la partie supérieure de l'esprit, les autres puissances peuvent être atteintes par iaclion mystique séparément et d'une façon imparfaite, mais elles ne se perdent pas et ne sont pas suspendues, elles demeurent libres. — Ici, au contraire, elles sont toutes saisies simultanément et pleinement occupées de Dieu. Il semble cependant qu'il peut encore y avoir du plus ou du moins. Si c'est cette oraison que sainte Thérèse décrit sous le nom de « 3« eau », au commencement du chapitre XVI de sa Vie, « toutes les facultés de l'âme s'occupent entièrement de Dieu sans être capables d'autre chose... ; pour les en distraire, il faudrait un grand effort »... elles « ne sont cependant pas entièrement perdues en Dieu », et l'union est encore imparfaite, puisque la sainte pouvait, pendant ce temps-là, fair-e des vers pour traduire ses transports, et même écrire ce qui se passait alorsdans son âme. Assurément, elle eût été incapable d'en faire autant durant 1' « union de toutes les puissances », telle qu'elle la décrite dans sa lettre au P. Rodrigue Alvarez et dans sa « cinquième demeure », où elle s'exprime ainsi :

«: Quand Dieu élève lame à l'union, il suspend l'action naturelle de toutes ses puissances, afin de mieux imprimer en elle la véritable sagesse. Ainsi, elle ne voit, ni n'entend, ni ne comprend, pendant qu'elle demeure unie à Dieu ». Kin même temps. Dieu a enivre toutes les puissances d'un plaisir qui les tient simultanément ravies, sans qu'elles sachent

3S0 ôË l'oraisoî!»

ni qu'elles puissent comprendre comment... La méiTioire est alors comme si elle n'existait pas, l'imagination de même... L'entendement voudrait s'employer à comprendre quelque chose de ce qui se passe; nr.ais s'en trouvant incapable et privé de son action naturelle, il demeure tout interdit, et comme stupéfait de ce qu'il contemple ; la volonté aime plus que lentendement ne conçoit, mais sans que l'âme comprenne ou puisse dire (alors) ni si elle aime, ni ce qu'elle fait » ^. Elle contemple donc Dieu dans une lumière si pure et si pénétrante, elle le possède et le serre dans une si étroite et si suave union, qu'elle oublie ce qui l'entoure, elle ne fait plus réflexion à elle-même, et passe de toute son affecliun dans ce très doux Bien-Aimé 2.

De là trois conséquences ^ :

l» L'absence de distractions. Puisque toutes les puissances de l'âme sont absorbées en Dieu, l'entendement, la mémoire et l'imagination, aussi bien que la volonté, il n'y a plus aucune faculté d où puissent venir les distractions; et c'est là un caractère facile à constater après coup. Semblables à de petits lézards minces et agiles, les pensées in)[)ortuiies se glissaient encore dans la quiétude par les mille ouvertures de l'imagination, de la mémoire et de l'entendement ; elles ne sauraient pénétrer dans cette

1. Château, b» dem., c. I. — // Let.au P. Hod Ab' , passim— Chemin, xxxii.

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