CHAPITRE VIII
la lumière, l'embrasement de l'amour, l'enivrement de la joie, la certitude de la présence de Dieu atteignent une merveilleuse intensité dans roraison, et préparent une étonnante transformation dans la conduite ; et c'est là ce quidonne une si haute valeur à l'union extatique. A l'époque de l'extase, « Dieu commence à dévoiler à l'âme quelques-unes des merveilles du royaume qui lui est préparé... il lui découvre ordinairement, durant le ravissement, quelques-unes de ses grandeurs... Elle n'a jamais plus de lumière qu'alors pour comprendre les choses de Dieu ». Sainte Thérèse a est persuadée que, si l'âme n'entend point de ces secrets du Ciel, ce ne sont point des ravissements véritables... ; lorsque c'en est un, Notre-Seigneur, traitant l'âme comme son épouse, lui fait voir une petite partie du royaume qu'il a acquis, et pour peu qu'un Dieu si grand se révèle à l'âme, elle contemple d'admirables choses... Il lui accorde, à cet effet, des visions imaginaires qu'elle peut rapporter, et qui demeurent tellement gravées dans sa mémoire qu'elle ne saurait jamais les oublier. Le divin Maître lui donne aussi des visions intellectuelles, dont quelques-unes sont si élevées que l'âme manque de termes pour les exprimer » 1.
« Dans ces ravissements, l'âme semble ne plus animer le corps. On s'aperçoit d'une manière très sensible que la chaleur naturelle va s'affaihlissani ; un
1. Ste Thér., Vie. xx - £• Rel. an P. Roçii-.Alv. - Château, 6» dera., c. iv, passini.
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tel froid gagne les mains et tout le corps, que l'âme semble en être séparée. Le ravissement coupe larespiration, à tel point que parfois il est impossible de distinguer si l'on respire encore. Tant que le corps est dans le ravissement, il reste comme mort, et souvent dans une impuissance absolue d'agir... les mains demeurent glacées, et quelquefois raides comme des bâtons; le corps reste debout ou à genoux, selon la position où il était quand le ravissement l'a saisi. Si parfois on garde encore, durant quelques moments, l'usage des autres sens, on ne peut néanmoins proférer une seule parole. Le plus souvent, on ne perd pas le sentiment; sainte Thérèse le conservait de telle sorte, quelle pouvait voir qu'elle était élevée de terre. Bien qu'on ne puisse agir à l'extérieur, on ne laisse pas d'entendre; c'est comme un son confus qui viendrait de loin ; mais lorsque le ravissement est à son plus haut degré, on ne voit, on n'entend, on ne sent rien. — Lorsque sainte Thérèse voulait résister, elle croyait sentir sous ses pieds des forces étonnantes qui l'enlevaient. Souvent son corps devenait si léger qu'il n'avait plus de pesanteur. — Pour peu que cet état dure, tous les membres sont longtemps à s'en ressentir ; cependant, jamais il ne nuit à la santé ; il en a été du moins ainsi pour sainte Thérèse ; elle ne se souvenait point d'avoir reçu de Dieu une telle faveur, même au plus fort de ses maladies, sans en éprouver un mieux très sensible » ^.
1. Vie, XVIII et XX. —2» Rel au P. Rod. Alv. — Château, 6» dem., c. iv.