CHAPITRE X
!• Du côté de Vesprit. — C'est une connaissance incomparable de Diea, de nous-mêmes et des créatures.
A. — Avant d'avoir goûté Dieu, on le connaissait par ouï-dire et faiblement. Dès la quiétude, surtout quand elle est forte, on perçoit Dieu expérimentalement, on le sent, on le goûte, notre âme est dans une union intime avec lui ; il semble presque qu'on va le voir et le saisir. Ce n'est pas encore la claire vision, ce n'est plus tout à fait l'obscurité de la foi, mais un état intermédiaire où l'on traite avec le Dieu invisible presque comme si on le voyait ^. — En outre, on le saisit sous un aspect nouveau. C'est sa beauté, sa bonté, son amour, qui jettent l'âme dans l'admiration et la stupeur : le Dieu cache sa majesté ; le Père, leFrère, l'Ami, l'Epoux laisse voir tant de tendresse, un amour si profond, des caresses si alfectueuses, qu'il semble à lame, hors d'elle-même, qu'elle n'avait encore jamais connu Dieu. — Plus tard, avec les progrès dans les voies mystiques, on arrivera peut-êtie à contempler, dans une lumière aveuglante, dans la « grande ténèbre », les attributs irnparticipables de Dieu, son immensité, son éternité, etc. ; mais on sent dès le principe que Dieu est incompréhensible ; et plus on avance, plus on est saisi. Aucune méditation, si lumineuse qu'on la suppose, ne donnera jamais une pareille idée de lui. Il en est de même des choses divines. « Méditer sur l'enfer, dit le P. Lallemant, c'est voir un lion en
t. Invisibileni tanquam vident êuttinuit. — Hebr., xi, 27.
d/O DE L OIIAISON
peinture; contempler l'enfer, c'est voir un lion vivant » *.
B. -T- Oh ! que l'âme comprend bien la dignité qu pile lient de la foi et de la grâce, quand le souverain Maître daigne lui manifester sa présence et la caresser avec la tendresse d'un père ! — Gonimeelle se sent abîmée dans la honte, pénétrée de repentir, animée d'une sainte haine contre elle-même, lorsqu'unepuissante lumière lui dévoile, dansieur hideuse laideur, sa misère et ses fautes, ou que Dieu s'obstine, durant des semaines et des mois, à la rebuter en apparence, quoiqu'elle ne cesse de le chercher ! Voilà pourquoi les saints se croyaient les plus grands des pécheurs. — De même, lorsque l'âme aperçoit avec une sorte d'évidence son néant et les grandeurs divines, quand elle se sent puissamment saisie par r.iotion de Dieu, la même grâce qui l'élève à îa cnrtemplation l'enfonce dans l'humilité; plus elle est frappée de la majesté et de la puissance de Dieu, plus elle sent le besoin de se faire toute petite, de s'abîmer, de s'anéantir dans l'adoration et l'obéissance ; elle ne se pardonne pas d'avoir tant de fois offensé un maître si bon et si grand ; la seule crainte qui lui reste, c'est de le contrister et de le perdre.
G. — A mesure qu'elle grandit dans la connaissance et l'amour de Dieu, les choses de la terre cessent de la fasciner ;ce que le monde a[)pelle honneur lui paraît «: un immense mensonge: elle méprise,
t. Doct. ipii-it., 7* principe, c. iv, 5.