CHAPITRE X
comme un peu de boue inutile, cet argent avec lequel souvent on descend dans l'enfer et l'on s'achète un feu qui ne s'éteint pas, un supplice sans fin » ; elle prend en horreur « ces plaisirs par lesquels on n'acquiert, dès cette vie même, que des peines et des troubles amers » ; l'activité, que dépensent en vain les mondains, lui semble « un jeu d'enfants... Car tout ce qui prend fin et n'est pas agréable à Dieu est néant et moins encore que le néant... Qu'elle est confuse de ses attaches d'autrefois ! Comme elle s'étonne de son aveuglement ! Quelle compassion elle porte à ceux qu'elle voit dans les mêmes ténèbres ! Elle voudrait élever sa voix pour leur faire comprendre combien ils s'égarent ï) ^. Tout paraît si fade à une âme qui a savouré Dieu, et trouvé un avant-goût du ciel ! Pour faire la comparaison, elle a mieux que tous les raisonnements, elle goûte, elle expérimente Dieu, elle a une sorte d'évidence. Tout ce qui ne la conduit pas à Dieu est sans charmes; tout ce qui se dresse comme un obstacle entre elle et son Bien-Aimé, lui fait horreur.
2'^ Du côté du cœur. — Rien n'est propre comme la contemplation mystique à nourrir le feu de l'amour divin. Quand l'âme sent qu'elle aime et qu'elle est aimée, quand Dieu lui témoigne une tendresse incomparable, il y a des moments où, toute éperdue et transportée hors d'elle-même, elle est comme ivre et folle d'amour ; on pourrait dire, sans crain-