CHAPITRE XII
Dangers et Illusions.
Art. I. — Dangers.
Il y a des dangers quand les grâces d'oraison abondent, il y en a d'antres quand elles se retirent.
I. — Dans la joie des douceurs divines, nous avons à craindre la vaine complaisance et la gourmandise spirituelle.
Elles peuvent se rencontrer dans la simple méditation ; cependant, quand l'âme se sent recherchée de Dieu, tendrement aimée de son divin Maître, traitée avec une prédilection marquée, elle a un prétexte plus spécieux de se contempler avec complaisance, de se croire quelque chose. D'un autre côté, les douceurs spirituelles sont si suaves qu'on est porté à se jeter dessus avec une avidité qui transforme en poison le vin généreux de la contemplation. L'action mystique pousse fortement l'âme à Thuniilité et au détachement ; bien loin d'être la cause de ces misères, elle n'en est que l'occasion innocente, tout le mal vient de nous. Il serait donc injuste de la tenir en suspicion et de s'en éloigner, sous ce prétexte qu'elle prête le flanc à la malice du démon et de la nature ; autant vaudrait omettre la pratique des
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vertus par la crainte de l'orgueil qui trouve là son plus délicat aliment.
Mais plus Dieu nous élève, plus nous devons nous humilier; ces choses sont des grâces et non des mérites ; elles sont de puissants instruments de perfection, et non la perfection même ; on peut, malgré cela, valoir moins que beaucoup de ses frères, s'attiédir et se perdre; Dieu redemandera davantage à qui il a plus donné. — De même, il faut désavouer la cupidité, la combattre avec une persévérante énergie ; il est mieux de s'exercera ne vouloir que le bon plaisir de Dieu, à demeurer saintement indifférent pour les suavités ou l'amertume, la consolation ou les épreuves Dès lors que nous serons tout à Dieu et Dieu à nous, qu'importent les voies et moyens, douceurs ou aridités, contemplation savoureuse ou purifications passives? L'essentiel est que nous arrivions au but le plus rapidement et le mieux possible; après tout, c'est Dieu que nous voulons plutôt que ses dons ; la règle du bien, le seul chemin du progrès, c'est sa volonté et non pas nos jouissances; et nous devons apprendre aie servir avec désintéressement et à nos dépens.
L'enivrement produit par la force et la douceur de l'amour divin peut-il occasionner quelque désordre dans les sens? Sainte Thérèse n'a jamais éprouvé rien de semblable « dans les choses surnaturelles » quelle a décrites, et cela ne lui paraît même pas possible ^. Tout autre est le sentiment de saint Jean de