CHAPITRE IV
Il y a enfin les pensées qui sont bonnes en soi, mais intempestives ou excessives; elles concernent, par exemple, nos travaux, notre emploi, nos études; mais ce n'est pas le moment de nous y livrer ; ou, le moment venu, au lieu de nous en occuper dans la mesure du devoir, nous nous laissons envahir, préoccuper, absorber. Ce sont même des pensées ayant trait à la vertu, mais d'une façon qui nous agite et nous trouble, comme dans les scrupules.
Si l'on veut devenir homme d'oraison, il faut régler et discipliner l'esprit ; car tout ce qui souille, trouble ou dissipe, ne peut que nuire à l'union avec Dieu. Cela gêne le recueillement et l'attention, étouffe la dévotion, paralyse les bonnes résolutions et crée entre Dieu et l'âme une répugnance réciproque. Dieu se communique volontiers aux cœurs qui sont purs, aux esprits qui font silence pour l'écouter ; il n'aime pas à élever la voix dans le tumulte ; l'âme immortifiée est ouverte au pêle-mêle et au bruit de mille pensées diverses. Se livrer habituellement au caprice de son esprit et prétendre devenir un homme d'oraison, c'est vouloir l'impossible : autant vaudrait choisir pour prier les rues les plus fréquentées de nos grandes villes.
Quand notre cœur sera bien purifié, le désordre des pensées nous fera moins souffrir, il n'aura plus guère par où nous prendre. En attendant, il faut veiller sans cesse et combattre. Saint Bernard *