CHAPITRE IV
sédera les actes extérieurs; la source communiquera sa pureté au ruisseau.
Nous aurons soin avant tout de maintenir notre volonté dans cette tendance habituelle ; et, quand il nous faudra passer aux actes, surtout s'ils flattent une passion, s'ils sont en harmonie avec un penchant naturel, nous veillerons sur nos intentions pour les purifier et les surnaturaliser, et sur l'acte lui-même, de peur qu'il ne dévie en chemin et n'aboutisse à l'amour-propre.
La pureté de la volonté concourt au succès de l'oraison comme la pureté de conscience dont elle est la source. Entre l'âme et Dieu, l'union des volontés produit l'union des coeurs et une sainte familiarité ; au contraire, le désaccord des volontés rompt cette intimité et la remplace par la gêne et la froideur. Quand l'âme est prête à tout ce que Dieu veut, elle n'a aucune peine à comprendre son devoir et à s'y résoudre; tandis que l'attache à notre jugement et à notre volonté ofl"usque les yeux de l'intelligence, nuit aux bonnes résolutions, stérilise ainsi l'oraison ; celle-ci manque son principal but si elle ne brise cet attachement.
En résumé, la pureté de conscience attire Dieu ; la pureté de l'esprit concourt au recueillement et à l'attention ; la pureté du cœur, à la dévotion ; celle de la volonté, aux résolutions efficaces. Quand une âme est ainsi purifiée, elle n'a que Dieu dans l'esprit. Dieu dans le cœur. Dieu dans la volonté ; maintenant qu'elle a supprimé les obstacles, elle converse tout naturellement avec son Hôte, et l'orai-
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son jaillit facile, fructueuse, souvent délicieuse. Nous n'exigeons pas cette purification déjà faite pour que l'âme entre dans la voie de la méditation et forme ses premiers pas avec succès ; nous savons parfaitement que la méditation, au contraire, est l'un des grands moyens pour parvenir à cette pureté. Nous avons voulu seulement dire que la pureté de la vie et l'oraison vont de pair et se prêtent un mutuel appui; et que la grande préparation qu'il faut apporter à l'oraison, c'est la purification progressive de notre âme, par la prière, par notre vie de pénitence et les autres moyens ordinaires; plaise à Dieu qu'il veuillebien la compléter un jour dans le creuset des purifications passives !
§ II. — Nos observances monastiques.
La clôture arrête les bruits du monde et favorise la solitude du cœur et de l'esprit ; nos austérités, dégageant l'âme des sens, lui permettent de s'élever à Dieu ; toutes nos observances bien gardées contribuent à produire cette quadruple pureté qui est sœur de l'oraison. Saint Bernard dit spécialement* que le jeûne « donne à la prière dévotion et confiance. Aussi voyez comme le jeûne et la prière vont bien ensemble, selon qu'il est écrit : « Un frère aidant « son frère, tous les deux sont consolés 2 », La prière obtient la force de jeûner, et le jeûne mérite la grâce