CHAPITRE V
Distractiom de faiblesse. — Il en coûte de captiver longtemps son esprit ; les vérités de la foi sont surnaiurelles,elles demandent raille sacrifices, elles offrent parfois si peu de suavité ; pour fixer la pensée, il faudrait alors tant de volonté de plaire à Dieu et d'avancer dans la perfection ; la pauvre âme est si faible.
Quelle qu'en soit l'origine, toute distraction est coupable si je l'accepte librement ou si elle est consentie dans sa cause; non coupable, si je n'en ai point posé sans motif suffisant la cause connue comme telle, et si, en même temps, m'apercevant que mon esprit dévie, je fais effort pour le ramener
je dois donc, par-dessus tout, m'efforcer de supprimer la cause des distractions ; par exemple, refréner mon imagination et ma mémoire, régler selon Dieu mes affections, déposer à la porte du cloître mes pensées d'emplois et d'affaires, etc. Si volontaire qu'en ait été le principe, dès lors que je le rétracte, elles cessent de m'être imputables de ce chef.
Quant aux distractions actuellement aperçues, le seul remède est de les combattre ; pour cela trois choses sont bonnes à faire : 1° nous humilier devant Dieu , l'humilité est le remède à tous les maux. 2" Ramener doucement notre esprit à la prière, mille fois s'il le faut, méprisant la tentation le plus généralement, ou criant avec force vers Dieu sans trouble ni inquiétude ; le trouble, remuant l'âme jusqu'au fond, n'en soulève que plus de boue; d'ailleurs si toute l'oraison se passe à repousser les distractions autant de fois qu'elles nous obsèdent, nous aurons plu à Dieu comme Abraham éloignant les oiseaux
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de son sacrifice "*. 3* Ne pas nous exposer à de nouvelles divagations, en voulant examiner trop minutieusement d'où sont venues ces distractions et si nous avons consenti. Généralement, il vaudra mieux remettre cet examen à un autre moment.
Toute distraction bien combattue, loin de nous nuire, augmente nos mérites et hâte nos progrès; que d'actes d'humilité, de patience et de résignation elles nous font pratiquer! Chaque effort pour revenir à Dieu est une préférence que nous lui donnons sur les objets qui sollicitent notre pensée, un triomphe que nous remportons sur le démon, un mérite acquis pour le ciel.
§ IL — L'indévotion du cœur et l'absence de fories résolutions.
Nous ne parlons pas ici des sécheresses, mais de la tiédeur de volonté, de la paresse spirituelle dans l'oraison.
Il en coûte pour établir son âme dans cette quadruple pureté qui va si bien avec une vie d'oraison ; il en coûte pour garder les régularités, le silence, le recueillement, les lectures sérieuses ; il en coûte pour tenir son esprit fixé en Dieu malgré les distractions qui nous obsèdent ; il en coûte pour persévérer dans les affections parmi les ennuis de la sécheresse, et tirer d'un cœur désolé des actes et des demandes maigres et sans saveur ; il en coûte pour se soumettre à la volonté de Dieu et prendre une