CHAPITRE V
qu'on avait préparé, non pour obéir à l'esprit de Dieu qui souffle où il veut, mais par caprice et inconstance.
Illusion de vouloir s'affranchir trop tôt de la méthode ou de s'en faire esclave. La méthode n'est pas la perfection, elle n'est même pas l'oraison ; c'est un simple instrument dont on se sert tant qu'il profite; on le met de côté s'il cesse d'être utile, à plus forte raison quand il devient nuisible. Or, dans les débuts, la méthode est comme indispensable, on est encore trop enfant pour marcher sans lisières ; plus tard, elle perdra de son utilité ; d'ailleurs, le Saint- Esprit a bien son mot à dire, et rien ne l'oblige à régler ses inspirations sur notre méthode. Quand on arrive à l'oraison de simplicité ou à la contemplation mystique, elle serait une entrave.
Illusion de donner une place excessive aux considérations. L'oraison devient une simple étude spéculative, un travail d'esprit; on néglige les affections, demandes et résolutions qui sont le point capital ; dès lors cet exercice demeure presque stérile et l'on ne se corrige guère.
Illusion de donner trop peu aux considérations, de se jeter tout d'abord et uniquement dans les affections. De cette façon, on s'expose à n'avoir jamais de convictions raisonnées et approfondies, à moins qu'on ne supplée par de sérieuses lectures. Et sans les réflexions, combien dureront les affections pieuses? Consacrons donc à la méditation le temps aui lui convient ; il en faut plus en commençant, moins à mesure qu'on avance, et on ne doit la laisser
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que lorsqu'on est suffisamment préparé à l'oraison de simplicité.
Illusion, quand on a trouvé la dévotion, de laisser trop vite les actes qui nous l'ont procurée et de passer à d'autres sous le prétexte de suivre la méthode. « Il faut s'y arrêter tout le temps que durera ce sentiment afïectueux, dût-il occuper toute la méditation ; car la fin de cet exercice étant la dévotion, ce serait une erreur de chercher ailleurs avec une espérance incertaine ce que nous avons la certitude d'avoir trouvé ^ y>.
Illusion de confiner l'oraison dans un petit coin de la journée, pour n'y plus songer désormais ; sans doute elle produit à l'instant même une partie de son effet, l'esprit s'est éclairé, on a formé des affections et des demandes qui ont leur valeur ; mais ce pieux exercice ne donne pas tous ses fruits, s'il ne se termine par une résolution précise qui réponde à nos besoins et dont on se souvienne pour la mettre en pratique. Une oraison qui n'aboutit pas là, semble être un remède qu'on n'applique pas, un instrument qu'on laisse au repos, une arme qui demeure au fourreau.
Illusion encore de prendre le scrupule pour la délicatesse de conscience, et ses vaines occupations pour une bonne oraison. Au contraire, il est un des plus grands obstacles à l'union divine ; obstacle, parce qu'il empêche le calme de l'esprit et l'atten-
1. S. Pierre d'Alcant., De l'orais. et ds la médit., l"^ partie, c. XII, !«■■ avis.