S. I-JL^uori, Uu grand )nû\jen de la Prière, c. l'^fin
une telle entreprise, la plus noble et la plus fructueuse de toutes, mais aussi la plus élevée au-dessus de la faiblesse humaine, demande une large et continuelle affluence de grâces et par conséquent une surabondance de prière. D'ailleurs, n'est-ii pas juste que l'âme consacrée à Dieu recherche la présence et la conversation de son divin Epoux ? Gela est vrai même pour les Ordres religieux voués à l'action; combien plus, dans un Ordre coniemplatif comme le nôtre, dont toutes les observances sont disposées pour une vie de prière! Personne n'a autant de motifs et de moyens que nous d'affectionner l'oraison, de s'y livrer avec amour, de chercher par-dessus tout l'union avec Dieu. Le monde, hélas ! absorbé par ses affaires et ses plaisirs, ne songe guère à Dieu. Marthe, surchargéede pieux labeurs oîj elle se dévoue tout le jour pour Dieu et les âmes, a moins de loisirs pour le repos de la contemplation. Notre vocation, à nous, est celle de Marie, qui, se tenant aux pieds de Notre- Seigneur^ le regarde, l'aime, l'écoute et lui parle; notre service dans la maison de Dieu, c'est d'être attachés à la personne du divin Maître, de le fréquenter dans l'intimité, de lui être unis dans une vie d'oraison; nous sommes des contemplatifs par devoir de profession. Est-il un sort plus doux et plus enviable ?
11 est vrai que nous sommes aussi des pénilents. Mais la pénitence et la contemplation sont pour
nous comme nos deux yeux ou nos deux mains : nous avons besoin de l'une, et ne pouvons nous passer de l'autre. Elles sont comme les deux tables de la loi: impossible pour nous de plaire à Dieu sans nos austérités ; non moins impossible d'en être agréés sans notre vie de prière ; il ne suffît pas de rendre à Dieu la moitié de ce que nous lui avons promis. Elles sont les deux ailes, qui ne peuvent nous soulever de terre et nous porter vers Dieu, qu'en harmonisant leurs efforts, en se prêtant un continuel appui. La pénitence, par ses jeûnes, ses veilles, ses travaux, et surtout par la mortification intérieure, détache l'âme de toutes choses et lui permet de s'élever librement vers Dieu dans la contemplation ; la vie d'oraison, à son tour, nous enflamme de zèle pour la pénitence; et parfois elle ne sera pas le moindre de nos sacrifices aux heures de sécheresse et de stérilité. Ce sont deux sœurs qui vivent en parfaite intelligence et ne veulent pas être séparées : la pénitence, assurément, est noble et féconde ; la contemplation est incomparablement plus belle, plus riche et plus heureuse ; l'une nous arrache péniblement à la terre, l'autre nous unit à Dieu.
De toutes les voies que nous ouvre l'obéissance pour nous conduire à notre fin, la vie de prière est la plus courte, la plus facile et la plus assurée. On peut être très pénitent, corporellement du moins, et n'être point parfait; on ne peut être
b AVANT-PROPOS
homme de prière, avec courage et persévéranct, sans devenir saint. La foi, l'espérance, la charité, l'humilité, toutes les vertus se dilatent à leur aise dans la prière et s'y développent alternativement ; un élan du cœur peut même les traduire toutes à la fois : c'est le meilleur exercice delà perfection. Et quand elle a pris fin, car il n'y a pas que l'oraison, même dans la vie d'un moine, on demeure illuminé de la foi et riche de grâces pour agir surnaturellement, souffrir avec profit, se corriger, croître en vertus, et faire tout ce que Dieu veut ; durant l'action, on aura Dieu dans les mains, parce que la prière en a pénétré notre esprit et notre cœur. C'est ainsi que quarante jours de conversation avec le Seigneur sur la sainte montagne laissèrent deux rayons de lumière au front de Moïse i : la présence de Dieu, dont il était rempli au dedans, rejaillissait sur son visage, et sans doute aussi dans sa parole et ses œuvres. Tels nous devons être nousmêmes : anges à la prière, et divins dans notre conduite. Saint Pierre d'Alcantara s'élève avec force contre ceux qui « après avoir expérimenté les avantages inappréciables de Toraison, et reconnu que toute la conduite de la vie spirituelle en dépend, se mettent dans l'esprit que la prière seule est tout... et se laissent aller pour le reste