CHAPITRE I
je Taii ne pour tant de bonté, je me réjouis de la gloire que Dieu le Père en reçoit et de la grâce qui nous en revient, je compatis aux souffrances vfeN.-S. humilié. — Ces divers actes forment l'adoration, le premier devoir de la prière.
Il s'agit maintenant d attirer en moi les sentiments intimes et la vie extérieure d'humilité que je viens d'adorer en N.- S. Ce sera la communion ; elle se fait surtout par la prière. Il me faut un désir ardent pour ouvrir toute grande la bouche de rnoifâme, une prière convaincue pour y déposer non le corps de N.-S., mais ses dispositions intimes. J'en aurai faim et je les demanderai comme il faut, si j'ai d'abord bien compris qu'elles me sont souverainement désirables et que j'en manque. Je considère longuement mon divin modèle, pour graver ses traits dans mon esprit et mon cœur, pour méprendre d'estime et d'amour envers lui ; soit que je me rappelle seulement en gros et par une simple vue de foi les motifs que j'ai de l'imiter, soit que je parcoure doucement ces raisons l'une après l'autre par une sorte d'examen ou que je travaille à me convaincre par des raisonnements serrés et approfondis.
' Je puis faire ces réflexions ou d'autres pareilles : Oh 1 mon Jésus, que l'humilité me plaît quand je la considère en vous ! Vous cherchez les humiliations avec avidité, et leur communiquez une vertu et une douceur infinies; elles n'ont plus rien qui doive me rebuter. J'aurais honte d'être orgueilleux, moi pauvre néant, pendant que mon Dieu se fait si petit. Vous rougiriez de votre disciple, et notre commun Père
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ne reconnaîtrait pas en moi votre frère, si je ne vous ressemblais pas dans rhumilité et les humiliations. Mon orgueil s'harmoniserait mal avec vos anéantissements et vous inspirerait de l'horreur. Impossible d'être votre ami, votre intime, si je n'ai pas vos sentiments, etc., etc. Et cependant que j'en suis loin 1
Ces considérations provoquent un retour sur moimême , j'examine mes pensées, mes [)aroles, et mes actes, pourvoir en quoi je ressemble à mon divin modèle, en quoi j'en difTère. Cet examen t'ait laillir sans peine le repentir de l'avoir si mal imité dans le passé, la honte de mon orgueilleuse niiseic ...uis le présent, pour l'avenir la volonté de mieux iaiie.
Ces considérations et ce retour orti dï' -
mer d'estime, d'amour et de désir pour le- ih-iiositions si humbles de N.-S. C'est surtout la p' \r\-f ipii lesaltire en moi, c'est par elle que s'ulJè^^■ a , prement parler la communion. Je vais donc ni'\ arrêter avec une insistance pailiculière, lâchant de rendre ma demande humble et conliante, anlenle et persévérante ; je prieiai, supplierai .\ .-S. de me communiquer ses dispositions, je lui représenterai les raisons qui me sembleront les plus touchantes, et ferai intervenir en ma faveur sa bienheureuse Mère et les saints.
Cet esprit de N.-S. que je viens d'attirer dans mon âme. il me reste à le faire passer dans mes mains, à le traduire en œuvres. Les sentiments, pour être vrais, doivent tendre à l'action. Je prends la ré.solution de répondre aux lumières et aux grâces de la prière en imitant N.-S. dans telle pratique d'hurai-
GBAPITRK I
lité ; c'est la coopération. Je termine mon oraison comme précédemment.
§ IV. — Quelques avis.
1° Nous l'avons déjà fait remarquer ^ ; c'est une même illusion de mépriser la méthode ou d'en être esclave. Les commençants, inexpérimentés dans les voies de l'oraison, ont besoin d'un guide qui les conduise par la main ; lorsque l'art divin de converser avec Dieu nous sera devenu familier, notre cœur désirera s'épancher plus librement, la méthode serait une entrave ; elle gênerait surtout l'oraison de simplicité, et serait une impossibilité dans la contemplation mystique. Il faut donc avoir le courage de s'y plier tant qu'elle rend service, et la sagesse de s'en affranchir quand elle devient un obstacle.
2° Il n'est pas nécessaire de produire, dans une même oraison, tous les actes de la méthode. Tels que nous les avons sommairement indiqués et que nous allons les décrire en détail, ils permettraient à une âme méditative, qui ne serait pas dans la sécheresse, de remplir sans trop de peme des heures de prière, tandis que le temps désigné pour chaque exercice est assez court. Êtes-vous saisis d'un vif sentiment de la présence divine, dans la préparation? Recevezle comme une grâce, et gardez-vous de passer outre tant qu'il vous fait du bien. Une considération vous touche et provoque de pieuses affections ; lais^^ez les autres réflexions, tant que celle-ci vous nourrit. Un
i. Cf. l"* part., c. T, § 3, p. 69.
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acte pieux, comme d'amour divin, de contrition, de reconnaissance, vous attire et vous occupe ; ne le quittez point pour passer à d'autres ; vous avez trouvé, cessez de chercher. Néanmoins, c'est toujours aux affections, demandes et résolutions qu'il faut s'appliquer davantage, comme étant le principal de l'oraison ^.
3° A plus forte raison, il n'y a pas nécessité de produire les actes dans Vordre marqué. Nous devions les décrire selon leur enchaînement logique; mais si le mouvement de la grâce nous porte à les ordonner autrement, suivons le Saint-Esprit ; la méthode doit nous aider sagement, et non point nous embarrasser. Saint François de Sales insiste beaucoup sur cet avis ^i « Bien que, pour l'ordinaire, la considération doive précéder les affections et résolutions, si est-ce que le Saint-Esprit vous donnant les affections avant la considération, vous ne devez pas rechercher la considération, puisqu'elle ne se fait que pour émouvoir l'affection. Bref, toujours quand les affections se présenteront à vous, il les faut recevoir et leur faire place, soit qu'elles arrivent avant ou après toutes les considérations... Ce que je dis non seulement pour les autres affections, mais aussi pour l'action de grâces, l'offrande et la prière, qui peuvent se faire parmi les considérations... Mais quant aux résolutions, il les faut faire après les affections et sur la fin de toute la méditation. »