‹ Les voies de l'oraison mentaleChapitre 82 sur 321 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

4° Appliquons fortement nos puissances à l'oraison, notre esprit par une attention ferme et soutenue, notre volonté par des actes vivants et énergiques; un espace immense sépare la prière oii Ton se donne tout entier, et celle où l'on s'applique mollement. Mais autant il faut craindre l'inertie de la paresse qui ne veut pas se gêner, autant il faut fuir la contention qui bande la tête, tend les nerfs, fatigue le cœur et la poitrine, épuise les forces et peut finir par rebuter d'un exercice devenu trop pénible.

50 L'oraison se fait avec le cœur plus qu'avec la tête, elle veut donc être simple, affectueuse et sincère. Que l'esprit ne se fatigue pas à chercher de belles pensées et des phrases sonores ; nous méditons, non pour préparer un sermon d'apparat, ou adresser à Lieu un discours de rhéteur, mais afin de nourrir notre âme de réflexions qui nous éclairent, qui nous touchent, qui provoquent de saintes affections et de généreuses résolutions ; nous les méditons pour nous seuls, qu'elles soient donc aussi simples que pieuses. — De même, nous cherchons dans les affections la pratique des vertus, et non les jouissances d'un égoïsme délicat. Ne confondons jamais la sensibilité avec la volonté, les émotions avec la dévotion. Tous ces actes n'ont pas besoin d'être faits avec une ardeur fébrile et sur le ton de l'enthousiasme. Quand on nous adresse des protestations d'amitié, de reconnaissance ou autres, plus elles sont simples et naturelles, plus elles plaisent ; leur sincérité devient suspecte, dès qu'elles paraissent forcées. Il faut, avant tout, que notre oraison soit le fidèle écho de

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nos dispositions intimes, nos affections traduiront les sentiments qui régnent dans notre cœur ou ceux que nous voulons y former; nos demandes procéderont d'un vrai désir; nos résolutions doivent être un réel vouloir, et ainsi toute notre âme sera droite et vraie devant Dieu.

L'imagination, la sensibilité, les émotions ne sont aucunement requises et ne suffiraient pas à cette besogne ; c'est la volonté qui fait l'oraison ; le cœur fût-il d'un calme désolant, et la sensibilité vide de toute émotion, la prière plaît à Diea qui voit nos dispositions intimes, dès lors qu'elle procède d'une volonté droite et résolue.

6° Ne prolongeons point notre oraison pour ce seul motif qu'elle est consolante ; ce serait nous rechercher plutôt que Dieu. Arrière la vaine complaisance et la gourmandise spirituelle ! Recevons la dévotion sensible avec humilité et détachement, afin de nous unir plus fortement à Dieu, et de lui accorder les sacrifices que nous lui avions refusés jusqu'alors; servons-nous-en et n'en soyons pas esclaves. Pour la cacher sous le voile de l'humilité, et préserver notre santé contre ses ardeurs excessives, modérons, s'il le faut « ces émotions du cœur et ces mouvements de dévotion fprt ordinaires qui veulent éclater au dehors et semblent devoir suffoquer l'esprit "•-.. La raison doit tenir la bride pour modérer ces mouvements impétueux, parce que la nature pourrait y avoir sa part ; il est à craindre qu'il ne s'y mêle de

i. Sainte Thérèse, Vie, c. xxix.

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l'imperfection, et que ces mouvements ne soient en grande partie l'ouvrage des sens... on doit éviter avec soin tout ce qui n'est qu'extérieur ». « Les larmes, quoique bonnes, ne sont pas toutes parfaites. 11 y a toujours plus de sûreté dans l'humilité, la mortification, le détachement et les autres vertus * ».

N'imitons jamais « ces imprudents qui, sous la grâce de la dévotion , se sont perdus , parce qu'ils ont voulu faire plus qu'ils ne pouvaient, oubliant la mesure de leur petitesse, suivant l'affection de leur cœur plus que le jugement de la raison » '.

7° Par contre, n'abrégeons point notre oraison par ce seul motif qu'elle est désolante. Le devoir sans jouissance n'en est pas moins le devoir; plaire à Dieu, faire du bien à notre âme, c'est le but de la prière ; si la consolation est réservée pour le ciel , la "écompense n'en sera que plus grande . Dès lors ne iédons pas à l'ennui, au dégoût, au murmure, au découragement ; mais commençons par faire un retour sur nous-mêmes : peut-être la quadruple pureté, dont il a été parlé ^ s'est-elle voilée de quelque poussière ; peut-être avons-nous cédé au jugement et à la volonté propres , offensé la charité par des antipathies, entretenu des attaches, rompu le silence, dissipé le recueillement, commis plus de fautes légères, multiplié les irrégularités. La main divine,

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