‹ Les voisins de l'autre côté (volume 2)Chapitre 5 sur 13 · I2G LES VOISINS · texte numérisé non relu

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tie dix-huit mois, et il y a huit mois qu'il n'existe plus. Ainsi quand Tannée sera finie , je ne vois pas pourquoi elle ne se remarierait pas. Qu'en dites-vous ?

« — En effet, je n'y vois pas beaucoup d'objections , mais on vous a peut-être fait un faux rapport. Cependant nous verrons. »

Evelyn sentait que ce n'était pas le moment de se découvrir , puisqu'il avait à dévoiler et h punir un scélérat. Le temps s'écoula donc, et Evelyn vit que Bellield était admis tous les jours chezRosabelle. Monro ne tarda pas à lui dire que les domestiques avaient assuré aux siens qu'on s'occupait des préparatifs du mariage, quoiqu'il dût être fait secrètement. Evelyn fut confondu en apprenant cette étonnante nouvelle ; cependant il y trouvait une sorte de consolation , car il savait que dès qu'il paraîtrait BeUield s'enfuirait à l'instant : et il

se disait h lui-même qu'il veillait trop attentivement sur ce qui se passait dans sa inaison , pour ne s'être pas aperçu qu'on s'y occupait des préparatifs d'un mariage. 11 bravait donc les projets de Bellield, et il cherchait à se calmer par la pensée que si Piosabelle n'avait pas tardé à l'oublier , elle n'avait pas conservé un plus long souvenir du mourant Denbigh , et qu'il était certain qu'elle ne l'aimait plus.

Un matin il fut surpris en voyant Belfield quitter la maison de madame Evelyn avec une physionomie troublée et qui exprimait l'irritation et la colère. Mais Monro était absent, et il ne put en apprendre la cause. Le lendemain Belfield revint, mais il vit clairement qu'on lui refusait la porte, et il en fut de même le jour suivant. Ce jour-là mê/îie Monro revint, et Evelyn vit un de ses domestiques aller au devant de

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lui , et ils se dirigèrent ensemLle vers la maison.

Qu'est-ce que cela signifie ? pensait Evelyn ; et tandis qu'il était près de la fenêtre à regarder ce que faisait Monro , celui-ci leva la tête , l'aperçut et vint aussitôt le trouver.

« Voilà de belle besogne ! s'écria Monro , ce coquin de Belfield a perdu la partie. 11 a parlé trop tôt, et s'étant adressé très-familièrement à madame Evelyn, il a été repoussé par elle de la manière la plus positive et avec le plus grand dédain. Alors il a eu l'imprudence de lui dire que si elle ne l'épousait pas , sa réputation serait perdue ; qu'il avait dit à ses amis qu'il l'épouserait ; que tout le monde savait qu'il était le seul homme qui fût admis tous les jours , et à toute heure , en sa présence j et que bien qu'elle sût qu'il

n'y venait que pour ses affaires , le monde croirait qu'il avait d'autres raisons pour aller chez elle.

M — Impudent coquin ! s'écria Eveljn ne pouvant respirer à force d'indignation; mais , pensait-il , c'est moi qui l'ai exposée à ces insultes.

« — Cette conduite ne le fit pas voir d'un œil favorable par la belle veuve: elle ordonna à ses gens de le faire sortir de chez elle , et lui dit de lui rendre aussitôt ses comptes, afin qu'elle pût mettre ses affaires entre les mains d'un autre agent ; mais il refusa, et lui jura qu'elle le reverrait et l'entendrait plaider sa cause contre elle.

« Dans cet embarras, comme je suis son plus ancien ami , elle m'envoya chercher et me pria d'aller au devant de cet homme quand il viendrait le lendemain matin , et de me tenir prêt à le recevoir et k le me-

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iiacer : et je puis dire que je ne l'épargnerai pas.

« — Non! sans doute, vous ne devez pas le ménager, s'écria Evelyn en lui prenant la main avec affection; mais ne soupconnez-vous pas que cet homme a inventé riiistoiie du naufrage de M. Evelyn?

« — Non ! non , il est certain , du moins je l'espère ; car cet homme était indigne d'elle ! quelle charmante créature que cette Rosabelle, et que celui qui parviendrait à lui plaire serait un heureux mortel ! beauté, vertus, naissance et une grande fortune ! Dites donc, Sandford , n'est-ce pas une chose très - flatteuse pour moi que d'être ainsi choisi par elle pour la protéger? Voilà une fameuse journée dans ma vie; dites-donc, Sandford, ne seriez -vous pas fier aussi d'être choisi par une telle femme comme son protecteur ?

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« — Certainement, répliqua Evelyn en soupirant profondément et détournant la tête pour cacher son émotion.

(c — Eh bien ! adieu, Sandford ; je vous ferai connaître ce qui se passera demain , et si je me bats avec Belfield , vous serez peut-être mon second ; j'ai les meilleurs pistolets et les meilleures armes de toute r Angleterre. Voudriez-vous me rendre ce

service ?

« — Ah! monsieur, songez donc qu'un tel scélérat n'est pas digne de combattre un homme honorable.

« — C'est vrai, et quelques petits coups de bâton suffiront : c'est de moi qu'il sera obligé de recevoir la loi. «

Mais Belfield ne parut pas le lendemain j ses affaires prirent tout à coup une tournure défavorable , et il fut obligé de fuir loin de son pays.

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Cette baiicjuei'oulc, quoiqu'elle embarrassât beaucoup les affaires de Piosabelle , donna un secret soulagement à son esprit; car elle commença à soupçonner que l'bistoire de la mort de son mari pourrait bien être fausse , et entièrement inventée par Belfieldj mais elle n'avoua cette idée à personne , de crainte d'être contredite , et elle sentait que cette faible espérance donnait seule quelque énergie à son âme abattue.

Evelyn prit alors la résolution de ne pas larder davantage à faire connaître son existence 'j mais il désirait encore savoir auparavant d'où avait pu venir le bruit qui s'était répandu d'un mariage secret. Peutêtre allait-elle épouser Denbigh, qui pouvait désirer de s'unir à elle avant d'expirer, s'il était bien certain qu'il fut mourant; car Monro avait entendu dire qu'il était mieux.

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Il interrogea donc INIonro sur ce sujet , et celui-ci finit par apprendre que ce mariage n'était que celui de la gouvernante et d'un jeune homme à qui elle était attachée depuis long-temps , et que la noce devait avoir lieu le lendemain.

(' Est-il possible ! s'écria Evelyn ; et qui la remplacera auprès des enfans ?

« — Une SQgur de madame Evelyn , qui est déjà arrivée; une femme d'esprit, une veuve que madame Evelyn croit tout-àfait capable de se charger de leur éducation, en imissant ses soins aux siens et avec l'aide de quelques maîtres.

« — Ressemble - 1 - elle à sa sœur ? dit Evelyn.

f< — Non; mais c'est une très -belle femme, et qui a quelques années de plus que madame Evelyn . »

«Allons! le temps de mon retour est

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arrivé , se dit Evelyn à lui-même ; cependant mon esprit n'est pas encore entièrement calmé relativement à ce Denbigh.

Si j'étais sûr d'être regretté , et que lui ne fût plus aimé d'elle, je pourrais encore prévoir un avenir heureux ; peut-être je la juge avec trop de sévérité : il y a plusieurs mois qu'elle n'a été chez lui , et elle n'a pas été le voir depuis qu'elle a appris la nouvelle de ma mort , du moins je le crois. » Et ce soir-là il se mit au lit plus heureux qu'il ne l'avait encore été depuis qu'il avait quitté Rosabelle; mais la soirée étant chaude, il avait la fièvre, et il se lova à la pointe du jour pour ouvrir sa croisée, clicrchant Ji respirer un air rafraîchissant, lorsque, en approchant de la fenêtre, il vit une chose qui le fit reculer d'horreur et de désespoir, et le trouble de son esprit lui fit oublier le mal physique

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qu'il éprouvait. Il aperçut Rosabelle qui soutenait sur son bras la tête d'un jeune homme couché sur un lit qu'on avait approché d'une fenêtre ouverte, et de temps en temps elle essuyait les gouttes de sueur qui tombaient de son front et de ses joues pâles qu'elle arrosait de ses larmes.

Lorsque Evelyn eut contemplé cette scène , il fut obligé de s'appuyer contre la muraille ; il ne doutait pas que ce jeune homme ne fût Denbigh, qu'ils ne fussent mariés secrètement , et qu'elle n'eut cessé d'aller le voir que parce qu'il était établi dans la maison. « Oui, oui, c'est lui sans doute ! s'écriait-il ; h quel autre pourraitelle prodiguer ces soins touchans.^ Jamais il n'avait reçu d'elle tant de témoignages de tendresse. » Tandis qu'il maudissait sa folie , qui l'avait porté à consommer ainsi son propre malheur , il souffrait des tour-

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mens qu'aucun langage ne saurait peindre; mais quel parti devait-il prendre ?

Il ne pouvait plus désormais regarder Rosabelle comme sa femme. Cependant, après s'être livré pendant plusieurs heures aux réflexions les plus pénibles , il résolut de ne pas se presser de démentir la nouvelle de sa mort , puisque Rosabelle, en apprenant qu'il existait encore, courrait peut-être le risque de perdre la vie, si elle ne perdait pas la raison.

(( Je me suis attiré tout cela, » ditil , vX il est juste que j'en sois la seule victime; d'ailleurs je sens que je ne survivrai pas long-temps à ce coup affreux. Il se détermina cependant \\ se convaincre luimême indubitablement de la vérité de ce fait avant de prendre aucun parti , et de s'en assurer k l'instant ; car ce doute et cette incertitude lui causaient un. horrible

tourment. Aussitôt qu'il fut levé, il écrivit donc à Monro pour lui dire qu'il désirait qu'il engageât les petites Evelyn à venir voir ses curiosités dans la matinée , d'après la promesse qu'elles lui avaient faite, car il était possible qu'il quittât Londres le lendemain ; et à sa grande satisfaction leur mère leur permit de venir ; mais leur tante les accompagna , car elle pensait que Mathilde , une grande et belle fille de quatorze ans, n'était plus assez enfant pour aller chez un garçon , k moins qu'elle ne l'y conduisît.

Quand Evelyn reçut ses hôtes il avait un très-grand mal de tête , et son cœur battait violemment. Il avait l'air si souffrant, que madame Edwin lui fit avec intérêt plusieurs questions sur ce qu'il éprouvait ; elle lui donna quelques conseils, et lui indiqua quelques remèdes. Mais il dési-

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rait pouvoir l'éloigner, et disant h Monro de lui montrer un très-beau livre de gravures , il emmena ses filles dans une autre chambre afin de leur faire voir des choses d'un autre genre. Cependant, la question qu'il avait l'intention de leur faire expira sur ses lèvres tremblantes ; enfin il reprit assez de courage pour dire h Mathildc, en lui montrant un collier de perles d'uile grande valeur qu'il avait acheté pour Rosabelle pendant ses voyages : f< Tenez, miss Evelyn , quand votie maman se remariera elle devrait mettre un collier comme celui-ci.

« — Maman ne se remariera jamais , j'en siiis sûre.

w — Non .^ ctcs-vous bien certaine qu'elle ne soit pas déjà remariée.^

<( — Oh ! mon Dieu, oui ! c'est impossible. îNous avons remarque que depuis quelque

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temps elle n'était pas si triste qu'à l'ordinaire , et elle nous a dit enfin qu'elle ne pouvait plus nous cacher qu'elle était persuadée que papa vivait encore et que Belfield avait inventé l'histoire de sa mort. Comme nous avons été contentes !

« — Est-il possible ? Eh bien alors , ajouta-t-il , tremblant d'émotion à mesure qu'il parlait , je suis certainement en délire; car j'ai cru voir ce matin, à la pointe du jour , votre mère à la fenêtre soutenant un jeune homme dans ses bras.

« — Paix ! paix ! s'écria la petite Fanny ; il ne faut pas que vous parliez de ce que vous avez vu.

u — Oh ! vous savez qu'on peut en parler maintenant, reprit Mathilde. Mais est-il bien vrai que vous ayez vu mon oncle?

c'est extraordinaire.

f< — Voire oncle.'* votre oncle? s'écria

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Evelyn dans la plus grande agitation.

« — Oui, notre oncle qu'on croyait mort.» A CCS mots Evelyn se précipita hors de la chambre pour offrir au ciel ses actions de grâce et donner un libre cours à ses larmes. ]Mais il ne tarda pas à revenir, et pria Mathilde de continuer son récit :

« Eh bien! monsieur, il s'échappa de sa prison à Goa , vint en Europe , se battit en duel à Cork oii il débarqua, et crut y laisser son antagoniste blessé mortellement. Il vola donc à Londres, et arriva chez maman , qui fut forcée de cacher qu'il était avec elle ; car les parens du jeune homme avaient juré que si leur fils mourait ils tâcheraient de le faire pendre. Aujourd'hui nous avons appris qu'il était hors de danger , mais mon oncle a une blessure si profonde qu'il ne peut pas sortir de son lit.

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i< — Quelle consolation l'arrivée de votre oncle doit avoir apportée k madame Evelyn! dit-il d'une voix faible.

(( — Oui , si quelque chose pouvait consoler ma pauvre maman de l'absence de papa, et de l'idée qu'elle l'a peut-être perdu. La première lettre de mon oncle est arrivée justement un an après que papa nous a eu quittés. Mais quoiqu'elle ait appris avec joie que son frère vivait encore , elle nous a dit qu'elle ne voulait pas se réjouir un tel jour ; elle s'est enfermée chez elle et n'a voulu voir personne. »

Evelyn, en entendant ces paroles, resta muet d'étonnement et se sentit bien coupable.

« Je crois qu'elle n'est pas votre mère , dit-il.

({ — Oh! non ! mais nous l'aimons autant que si elle l'était.

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(( — Autant ! s'écria Fanny , oh ! Lien plus, bien plus! jNotre maman était bien bonne , certainement , mais elle n'était pas aussi affectueuse. Oh! quelle tendresse celle-ci nous témoigne !

« — Et à vous tous également ?

(c — Oh non I nous sommes un peu jalouses d'Edouard, parce que maman nous répète sans cesse qu'il ressemble à papa : elle le trouve si beau! elle le regarde d'un air si tendre !

« — Est-ce que votre papa était beau ?

« — Maman le pensait, et son portrait est presque sa seule consolation.

(( — Voyez , jMathilde , voyez , s'écria Fanny, queljoli ouvrage en bois ! » et Evelyn se hâta de profiter du moment où leur attention était occupée, pour sortir de la chambre. Quand il revint , il ne put prendre sur lui de causer avec scsenfiuis; leur

innocent babil lui faisait mal tout en le cbarmant , car il voyait son injustice et la déplorait avec un inutile regret. Il se rendit donc dans la pièce oii il avait laissé madame Edwin et^Ionro, étant résolu, s'il pouvait éloigner celui-ci , d'avoir avec la première une conversation relative k sa sœur et à la disparition de son mari.

« Les jeunes personnes regardent maintenant les curiosités, dit-il à Monro; il y en a quejiques-unes que vous n'avez peut-être jamais vues.» Et Monroles laissa ensemble. « Je suis facile , monsieur , de vous voir si pâle ! dit madame Edwin; je crains que nous ne nous soyons amusés à vos dépens. Je crois que vous désirez nous voir partir.

« — Pas du tout, madame, si ce que je vous fais voir peut vous intéresser.

« — En doutez-vous?

(( — Croyez-vous pouvoir décider ma-

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