‹ Les voisins de l'autre côté (volume 2)Chapitre 6 sur 13 · IK^ VOISINS · texte numérisé non relu

IK^ VOISINS

dame Evelyn à me faire l'honneur de venir chez moi ; on dit qu'elle aime les gravures et les coquillages.

K — Ma sœur ! oh ! non , monsieur ! pauvre créature ! elle ne se soucie de rien maintenant. Elle ne pense qu'à ses enfaus et au pauvre M. Evelyn. »

Evelyn aurait bien voulu dire : u Pas même au capitaine Denbigh.^ » INlais il ne l'osa pas.

« Dites-moi , je vous prie , madame , si l'on n'ajamais su pourquoi M. Evelyn est retourné en Angleterre incognito , et est ensuite reparti sans voir sa femme ni ses enfans?

„ — Oh ! monsieur, si vous saviez tout, c'est la chose la plus mystérieuse et la plus déplorable qu'on puisse imaginer.

(( — Je désirerais bien tout savoir , car madame Evelvn m'intéresse beaucoup. Son

histoire ressemble à celle d'une personne qui m'est très-chère. Et si — Enfin, madame , s'il n'était pas trop indiscret de vous demander, et que vous voulussiez bien consentir —

« — Certainement , monsieur ; mais fermez d'abord la porte , je vous prie ; » et madame Edwin qui aimait assez à pailer, et qui , à plus forte raison , était bien aise de pouvoir faire un récit intéressant , fut aussi empressée de raconter, qu'Evelyn de l'écouter.

« Personne ne sait exactement ce qui a rendu M. Evelyn malheureux ; mais il l'a été tellement pendant les deux années qui ont suivi son mariage , qu'enfin il n'a pu se résoudre à rester davantage chez lui, et il est parti. La pauvre Rosabelle croyait que la cause de son départ était l'aversion qu il avait conçue pour elle.

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. « — De l'aversion pour elle 1 c'était impossible !

(( — Oui, monsieur. Elle était persuadée que sa plus forte raison pour l'avoir épousée, éluit l'idée que sa première femme avait désiré ce mariage, et que ses eiifans laimaicnt. Et Rosabelle pensait qu'elle était justement punie de la faute qu'elle avait commise en lui ayant laissé ignorer qu'elle était certaine que sa cousine allait lui défendre de s'unir à elle , lorsque la mort l'avait empêchée d'achever les mois qu'elle allait prononcer.

(( — Est-il possible! et pourquoi Rosa

mislriss Evelyn, je veux dire, n'a-t-elle p;\s fait connaître la vérité à son mari?

(( — Parce qu'elle l'aimait, monsieur , et elle Taimait depuis long-temps. » jMadame Edwin se mit alors à lui peindre la passion secrète et les chagrins cachés de Rosabelle,

et il éprouva une extrême agitation mêlée de la joie la plus vive.

M Jugez donc, monsieur, lui dit-elle, combien Piosabelle a du être malheureuse et humiliée, lorsque madame Fanshaw l'assura que M. Evelyn lui avait dit qu'il ne l'avait épousée que parce que sa femme le lui avait ordonné. Il n'est pas étonnant que Rosabeile ait caché ses sentimens sous le voile de la froideur, de la réserve ; et madame Levelyn dit que cette réserve remplie de dignité, et qui prouvait l'excès de sa délicatesse , a été cause de tout le mal.

<( — Sans doute, madame.

« — Madame Levelyn a dit que son frère était le plus modeste des hommes , et pensait qu'aucune femme ne pouvait laimer pour lui-même. Elle est donc bien convaincue qu'il a cru que Rosabeile ne l'avait

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pas épousé par aniQur ; ensuite Kosabellc a été persuadée qu'illa soupçonnait d'aimer le capitaine Denbigh , tandis que c'était son amour seul pour M. Evelyn , qui l'avait empêchée de répondre à la passion de ce jeune homme. »

A ces mots, Evelyn tressailUt et se leva avec une excessive émotion ; mais, se rasseyant bientôt, il lit signe à madame Edwin de continuer : elle obéit, et blâma la dissimulation avec laquelle Ilosabelle était parvenue à cacher un amour qu'elle ne croyait pas partagé ; elle lui raconta même que sans cesse elle avait écouté avec anxiété si elle n'entendait pas le bruit des pas du cheval d'Evelyn , lorsqu'il revenait tard ; (^ilc enlra avec lui dans les détails les plus minutieux sur la tendresse passionnée de sa sœur pour un homme qui, pendant une année entière, ne lui avait pas donné signe

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de vie , et qui , s'il n'avait pas véritablement péri, s'était conduit de la manière la plus cruelle envers une femme qui l'adorait et des enfans auxquels il était si cher. Et pourquoi ? disait madame Levelyn. Elle n'a pas craint de blâmer aussi devant moi la conduite de ma sœur ; car , me disait-elle, si elle avait permis à son mari de lire dans son cœur (et les femmes ne doivent avoir aucun secret pour leurs maris ) , elle aurait pris le meilleur moyen pour s'assurer les attentions , l'estime et enfin l'amour de son époux , s'il ne l'aimait pas auparavant ; car il paraît qu'Evelyn était précisément un de ces hommes que la certitude d'être tendrement aimé doit rendre de son côté éperdument amoureux. JMadame Levelyn m'a dit qu'elle n'avait jamais vu un homme plus passionné que son frère. Cependant, monsieur, le bien naît quelquefois du mal;

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car si son mari revient jamais (et la pauvre créature ne veut pas croire qu'il soit mort), Rosabelle dit que , rendu plus sage par Texpérience du passé, son cœur sera....

Mais vous êtes malade, monsieur, vous l'êtes , j'en suis sûre ? »

Il est certain qu'Evelyn était trop ému par la joie, la reconnaissance et les autres sentimenscpii agitaient son cœur pour pouvoir se contenir davantage, et il sanglota d'une manière convulsive.

Quand il fut un peu remis , IMonro le conduisit dans sa chambre , et madame Edwin et les cnfans partirent fort émus de l'état dans lequel ils l'avaient vu.

Lorsque Evelyn se trouva seul, et put réfléchir à ce qu'il avait entendu, à peine lui fut-il possible de croire que ce n'était pas un songe. Couiment ! il étviit le premier,

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l'unique objet de l'amour de Rosabelle I Cette pensée dominait en lui toutes les autres.

« Je vais retourner à l'instant près d'elle, dit-il , et puis nous serons plus heureux que nous ne l'avons jamais été ! Quelque coupable que je sois , je ne puis regretter ma folie ! Loin de moi ce maudit déguisement ! » s'écria-t-il en làcliant de faire disparaître la couleur qui teignait son visage et rejetant loin de lui avec indignation sa perruque et ses fausses moustaches. Mais, hélas! la transition subite desémotions qu'il venait d'éprouver et qui succédaient au cruel tourment auquel il avait été en proie depuis plusieurs mois , produisit un effet si grand et si fatal sur sa santé, que le lendemain Evelyn avait une lièvre violente, accompagnée de délire. Au bout de deux jours , les médecins, que Monro avait

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fait venir pour le soigner, déclarèrent que sa vie était dans le plus grand danger. Ce dernier se trouvait bien embarrassé ; car il ne pouvait indiquer oii habitaient ses parens , Evelyn lui ayant dit qu'il n'avait aucune relation avec les Sandford que Monro connaissait. Rosabelle, madame Edwin et les enfans s'intéressaient bien sincèrement au rétablissement de cet être solitaire (c'est ainsi qu'elles l'appelaient) qui avait été si bon pour Matbilde et pour Fanny, et qui paraissait n'avoir ni un parent ni un ami. Rosabelle lui envoya des gelées qui avaient été faites chez elle , et tout ce qu'elle crut pouvoir lui être utile ou agréable.

« Demandez-moi tout ce que vous voudrez, dit -elle au médecin qui était aussi le sien , et je ferai pour ce pauvre honmic tout ce qui sera en mon pouvoir. » Le dan-

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ger fut long , et le rétablissement paraissait douteux.

« Il est bien singulier, dit Monro, que je lui aie entendu dire qu'il n'avait ni femme ni enfans , et cependant l'infortuné dans son délire parle toujours de sa femme et de ses enfans.

« — Pauvres créatures ! s'écria Piosabelle en soupirant profondément ; s'il meurt , combien elles seront à plaindre ! comme moi elles attendront et chercheront toujours en vain celui qu'elles aiment ! »

Enfin cette existence , qui maintenant était devenue si chère à Evelyn, lui fut rendue , et il fut déclaré hors de danger. Lorsqu'il revint à lui il demanda vivement à Monro si pendant son délire il n'avait nommé personne. « Non, répondit-il; mais vous rêviez toujours de votre femme et de vos enfans.

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« — Quelle folic ! dit Evelyn en rougissant.

« — Qui aurait pu penser , s'écria ]\ïonro , qu'une fièvre comme celle que vous avez eue pût changer à ce point votre teint? Vous êtes maintenant comme tout le monde, peut-être seulement un peu plus pale ; et quant à vos yeux, je n'en ai jamais vu àc plus vifs. Pourquoi avezvous besoin de mettre des lunettes vertes ?

(( — Gomment se porte madame Evelyn et sa famille ? •

i (( — Très-bien , et ils ont tous été fort inquiets de vous. Madame Evelyn , cet anp;e de bonté, vous a envoyé tous les jours des gelées et toutes sortes de bonnes choses.

; « — Elle ! madame Evelyn ?

K — Oui. Qu'avez- vous donc ?

(f — Quelle bonté I » sécria-t-il, en fou-

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clant en larmes. Peu de temps après il demanda qu'on lui apportât ce que madame Evelyn lui avait envoyé ; et si Monro le lui avait permis, il aurait manî>é avec avidité tout ce qu'on lui présentait.

On entendit bientôt frapper un coup à la porte , et Monro lui dit que c'était madame Evelyn elle-même qui venait s'informer comment il était.

Aussitôt Evelyn, qui était levé et babillé, le conjura, ainsi que sa garde, de lui permettre d'aller sur le balcon afin qu'il put entendre ce qu'elle dirait ; ils y consentirent , quoique ?vlonro l'assurât que c'était une folie. Mais lorsque la douce voix de Rosabeiie qui s'informait de la santé de M. Sandford avec l'accent le plus tendre, vint frapper l'oreille d'Evelyn , il ne se repentit pas de sa folie, et il ne manqua plus de se trouver la toutes les fois qu'elle

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venait chez lui, afin d'avoir le plus souvent possible cette satisfaction.

Au bout de peu de jours , il insista pour qu'on le laissât descendre l'escalier et pour qu'on mît un lit de repos au premier étage aJîn qu'il pût s'y coucher, quand sa faiblesse lui en ferait sentir le besoin.

Il résokit alors de ne pas tarder davantage à rendre à Rosabelle , et par conséquent à lui-même, la paix et le bonheur , et il dit au médecin qu'en cas qu'il vînt à mourir , ou qu'il ne dût conserver la vie que quelques mois, il désirait révéler en confidence à madame Evelyn quelque chose qui pesait sur son Ame; il le conjura donc d'obtenir d'elle qu'elle lui accordât une entrevue particulière. Le médecin, le voyant très-agité , lui promit ce qu'il désirait; et Rosabelle, qui croyait toujours que les choses qu'elle ne pouvait pas

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s'expliquer devaient avoir (quelque rapport avec Evelyn , ne montra pas beaucoup d'éloignement à lui accorder sa demande, d'autant plus que c'était celle d'un homme qui se croyait mourant.

« Infortuné ! peut-être désire-t-il m'indiquer le lieu où je pourrai trouver sa femme , dont quelques circonstances malheureuses l'auront séparé! « et elle envoya dire à Evelyn qu'elle le verrait aussitôt qu'il le voudrait. L'heure fixée étant arrivée, Rosabelle fut introduite dans l'appartement d'Evelyn , qui était couché sur son lit de repos ,• la chambre était si obscure et les rideaux tellement formés autour de lui , que Rosabelle ne pouvait distinguer ses traits.

(( Madame Evelyn! » lui dit- il d'une voix basse et altérée lorsqu'elle s'approcha de lui , je n'ose vous exprimer la de-

mantle que j'ai à vous faire ; mais si vous daifjuez parcourir la lettre que vous trouverez posée sur la table dans la pièce voisine, vous verrez ce que j'attends de vous, n

Rosabelle soulagée par ces paroles , et voyant qu'il parlait avec difficulté , se hâta d'aller chercher la lettre ; mais un voile se répandit sur ses yeux, et son agitation fut extrême lorsqu'elle vit qu'elle commençait ainsi : u 0 la plus chérie et la plus outragée des femmes I » Elle ne lut pas ce qui suivait , elle sauta rapidement à la lin : et lorsqu'elle aperçut ces mots : (( Venez donc, si vous pouvez lui pardonner, vous jeter dans les kias de votre époux repentant, et qui vous adore

plus que jamais.

(( Edouard Evelyn. »

Rosabelle poussa un faible cri en cntiant

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avec précipitation dans l'autre chambre ; elle se jeta au cou d'Evelyn , qui venait au devant d'elle pour la recevoir, et elle fut au moment de s'évanouir sur son sein; Je ne m'appesantirai pas sur la scène qui suivit, scène d'explications, de pardons et de bonheur ; mais je dois dire qu'il est si diiîicile de surmonter la contrainte que nous impose une réserve habituelle , que jusqu'au moment oii Evelyn eut assuré Pvosabelle qu'il connaissait son long et secret attachement pour lui , elle n'eut pas le courage de lui avouer tout ce qu'elle avait éprouvé et souffert; mais alors ils se firent mutuellement l'aveu sincère de leurs pensées , de leur crainte, de leur jalousie, et Eveîyn s'écria : « Maintenant, Rosabelle, notre bonheur est fondé sur une base bien solide, et jamais à l'avenir elle ne sera ébranlée par notre faute. »

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INIonro entra pendant leur entretien , et apprit avec un étonnement mêlé d'indignation que M. Sandford était occupé et ne pouvait voir personne, parce que madame Evelyn était avec lui.

« Comment! se dit-il, madame Evelyn est allée voir un étranger et y a été seule ! je doute qu'elle voulût me faire cet honneur, si j'étais malade.

« — Et mes enfans ! s'écria Evelyn, combien il me tarde de les embrasser !

« — Laissez-moi les aller chercher.

« — Non! ma bien-aimée. Je désire qu'ils ne sachent pas , du moins à présent, toutes les extravagances de leur père.

H — Oh ! cher Evelyn ! plus de détour.

(( — J'y ai renoncé pour jamais. jMais certainement, Kosabelle, vous ne désirez pas que votre mari paraisse k ce point à son désavantage, si ou peut l'éviter.

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« — Non , sans doute. »

Il fut alors décidé entre eux qu'Evelyn écrirait une lettre que sa femme emporterait chez elle , et qu'alors elle dirait qu'elle venait de recevoir des nouvelles de son mari, qui était en route pour aller la rejoindre, et qui la priait de venir à sa rencontre à Barnel le lendemain. Il partit donc de bon matin , laissant un billet pour Monro, dans lequel il le remerciait de toutes ses bontés , et lui laissait, comme souvenir de lui, toute sa collection de fossiles et de curiosités.

Rosabelle s'était arrachée avec peine aux embrassemens d'Evelyn ; mais la longueur de leur conférence avait excité un grand étonnement. Quand elle revint chez elle , elle fit venir ses enfans et sa sœur , et leur lut une lettre très-tendre de son mari, que M. Sandford ( qui , à ce qu'elle leur dit ,

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avait été le confident d'Evelyn) lui avait remise pendant qu'il la préparait à apprendre qu'il existait encore : la joie des enfans fut extrême lorsqu'ils surent qu'ils allaient bientôt revoir leur père chéri , et on envoya aussitôt chercher le petit Edouard à sa pension.

« Oh maman! s'écria Malhilde, combien vous devez être heureuse de penser que vous avez été si bonne pour cet étranger quand il était malade, maintenant que vous avez découvert que c'était un ami de papa !

« — J'en suis vraiment ravie , répondit Rosabelle, tandis que de douces larmes coulaient le long de ses joues. Mais allez, mes enfans, quittez vos habits de deuil, et dites à nos domestiques d'ôter les leurs.

« — Venez, tante Edwin (c'est ainsi qu'elle l'appelait), dit Fanny, et mettez un

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vêtement moins lugubre. Mais comme vous paraissez pensive î On croirait que vous n'êtes pas très-contente que papa vive encore et nous soit rendu,

« — J'en suis enchantée, ma chère, répUqua madame Edwin; mais je suis tourmentée et je ne puis m'empêcher de concevoir quelques soupçons fâcheux. Demain tout sera éclairci. »

Dans la soirée, Monro vint chez madame Evelyn : il vit avec élonnement le changement qui avait eu lieu ; il ne fut pas moins surpris en apprenant la résurrection d'Evelyn. Il ne tarda pas à aller apprendre cette nouvelle à son ami, qui avait repris ses lunettes, sa perruque noire et ses moustaches.

« Eh bien ! s'écria-t-il, c'est le jour des surprises! madame Evelyn, ordinairement si prvidente et si réservée, est venue voir

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un étranger, et s'est enfermée avec lui pendant plusieurs heures. Et voilà maintenant que M. Evelyn vit encore et sera de retour demain ; sa femme est aussi gaie et a un vêtement aussi blanc qu'une nouvelle mariée, et un doux sourire est sur son visage; ses enfans sont en blanc comme elle , et les domestiques ont repris leur livrée de couleur. Enfin, je n'ai pu reconnaître ni la maison ni ses habitans. Et tout cela parce qu'un cerveau brûlé, un homme méchant, laid, et n'ayant peutêtre pas un habit sur le corps, va revenir.

« — Je vois, Monro, que vous êtes jaloux et désappointé, parce que vous n'aviez pas encore entièrement renoncé à la belle veuve.

(( — Certainement. Pauvre créature ! et je suis fâché aussi pour elle ; car réellement,

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sans me flatter , je puis dire que je suis mieux que cet Evelyn.

« — Je n'en doute pas , répliqua Evelyn en souriant.

« — Mais pourrais-je sans indiscrétion vous demander ce que vous pouviez avoir à dire à madame Evelyn ?

« — Vous n'êtes pas du tout indiscret, répliqua Evelyn en riant. Mais je suis fatigué , et je vais maintenant vous souhaiter une bonne nuit. »

Le lendemain matin, Monro, à son grand étonnement, apprit qu'il était parti et reçut sa lettre et son présent.

H Tout ce qui regarde cet homme a quelque chose de très-mystérieux , dit Monro. Je crains que ce ne soit quelque espion, et je suis bien aise qu'il soit parti. »

Le lendemain de bonne heure, madame Evelyn partit dans sa calèche à quatre

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chevaux, pour aller chercher son mari; et avant l'heure du dîner Evelyn reçut les tendres embrassemens de ses enfans et fut rendu à sa famille.

Madame Edwin le regarda très-attentivement avant de lui donner sa main ; ensuite elle s'avança vers lui avec un sourire significatif, et lui disant : (( Je suis satisfaite. Je vois ou plutôt j'entends que ce n'est pas la première fois que nous nous rencontrons.

(' — C'est étonnant à quel point papa a le même son de voix que le pauvre IM . Sandford ! remarquèrent les deux petites filles.

« — Qu'est-ce que c'est que le pauvre M. Sandford ? » dit Evelyn , et il s'annisa à se voir représenter comme un homme bien pauvre et bien laid, qui avait été

très-complaisant pour elles , et qui venait d'être fort malade. Dans la soirée, Rosabelle demanda à Monro s'il voulait venir chez elle, et elle eut soin que les enfans se trouvassent hors de la chambre quand il fut présenté à Evelyn.

Quand il l'aperçut , il tressaillit et se recula, son regard exprimant l'étonnement et le soupçon; enfin il s'écria : « Non! cela ne se peut pas. « Il lui donna sa main et le félicita sur son retour dans ses foyers. Mais au moment oii Evelyn parla, il lui fut impossible de conserver le moindre doute, et Evelyn lui dit avec beaucoup d'amitié qu'il comptait sur la bonté dont il lui avait déjà donné tant de preuves , et sur son bon esprit qui lui ferait sentir qu'il ne devait pas divulguer le secret qu'il venait de découvrir ; Monro promit tout ce qu'on lui demanda , et

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Evelyn saisit cette occasion pour lui expli^ quer quelques-unes des raisons qu'il avait eues pour se conduire d'une manière si extraordinaire et qu'il avait blâmée avec tant de raison.

Cependant Madame Levelyn et le colonel Vere ( qui ne l'avait jamais vu jusqu'alors ) mêlèrent quelques reproches assez pénibles à leurs félicitations sur l'heureux retour d'Evelyn ; Rosabelle elle-même ne put y échapper entièrement.

« J'ai été pendant plusieurs années prisonnier et chargé de chaînes dans les donjons de l'inquisition à Goa ! dit le colonel Vere , et les marques des fers que j'ai portés étaient empreintes dans ma chair. Mais je vous jure , monsieur Evelyn , que j'aimerais mieux être jenfermé de nouveau que d'éprouver les tourmens que vous et Rosabelle vous vous êtes infligés à

vous-mêmes , pour détruire votre bonheur et votre tranquillité, tourmens qui ont été produits par une imagination en délire et une funeste sensibilité. »

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