I..\ VIi;iLLE
Et s'il vous demande comment vous savez tout cela?
I,A JLLNE FILLE.
Alors je lui répondrai : « j\la mère m'a tout dit, et si vous voulez savoir, monsieur, de qui elle a appris toutes ces choses , venez avec moi chez elle , elle demeure ici dans la vallée.»
Y '1 ■ ' LA VIEILLE
Mais s'il vous dit : « Ma chère enfant, je n'ai pas le temps à présent, il faut que ic continue ma route? » ,
LA JEUNE FILLE
Alors , je lui parlerai amicalement, et je le conjurerai de me suivre jusqu'à ce qu'il finisse par y consentir; laissez-moi faire. Il \ lendra certaingniewt s'il a la moindre
ET UNE GRANDE FOrxTLNE. n-j
sensibilité, ou le moindre désir de me plaire.
LA VIEILLE
Qu'il vous plaise ou non, qu'est-ce que cela signifie? Souvenez-vous que votre bonheur et celui de votre mère en dépendent !
LA JEUN'E FILLE
C'est très-vrai. INÏais encore faut-il qu'il me plaise, ou je ne l'emmènerai pas.
LA VIEILLE
Méchante enfant ! est-ce là honori;r vos parens ? est-ce là leur obéir ? Rappelezvous le cinquième commandement !
LA JEUNE FILLE
Bien , bien ! j'y penserai. En attendant,
adieu.
La vieille.
Bon vdyap,ej bon Voya^^Ck
ii8 DE JEUNES AMOURS
La jeune fille pendit alors à son bras un petit panier de cerises et partit sans même regarder Wolfgang, dont Fétonnement, pendant cette conversation , avait surpassé ce qu'il avait éprouvé auparavant, et tous les eiforts de son intelligence ne parvenaient pas à lui faire former une conjecture qui parût plausible , pour expliquer ce mystère. Le témoignage de ses sens lui persuadait que la jeune fille qui venait de quitter la chambre était la comtesse Von M..., avec laquelle il se promenait le soir d'auparavant , et dont il s'était séparé avec tant de peine. Sa vue ranima la passion qu'il avait sentie pour elle , et que la malheureuse aventure de la nuit avait suspendue , mais pas éteinte. Plusieurs fois il pensa lui demander la raison de sa présence dans cette cabane , dans un costume si dilTérent. JMais comme elle ne paraissait
ET UNE GRANDE FOPtTUNE. 119
pas le connaître et que ses manières avec lui avaient presque toujours été indifférentes et même dédaigneuses, il réprima ce désir et garda le silence.
Quand il réfléchissait intérieurement combien il était extraordinaire que la comtesse se trouvât ainsi vêtue dans cette chaumière, qu'elle eût été envoyée pour veiller sur lui et l'engager à la suivre , qu'elle eût l'air si amical le jour d'auparavant , et que maintenant elle ne parût pas le connaître et qu'elle sût qu'il devait arriver par ce sentier, et qu'un pauvre Savoyard pût être de quelque importance pour son bonheur , il était de plus en plus interdit. Incapable d'expliquer cette rencontre d'aucune autre manière , il finit par croire qu'il était poursuivi par un enchanteur, qui, par les pouvoirs de son art, lui attirait ces aventures inexplicables.
Quelques vieux romaus dans lesquels il avait appris à lire lui avaient donné le rjoût du merveilleux, et son imagination exaltée lui lepréscnta tellement la possibilité de sa conjecture, qu'il finit par être convaincu que tout ce qui lui était arrivé était l'effet de la magie , et il s'assit dans le plus grand trouble , s'attendant à chaque instant à découvrir de nouvelles merveilles. • ' ■ ' ■ .
Pendant ce temps, la vieille femme, dont la figure rappelait assez la physionomie d'une sorcièic, telle qu'on les peint dans Feenmarehen et dans les autres romans du même genre , était occupée à ranger la chambre. Wolfgang, qui l'examinait attentivement , la prit pour la femme de l'enchanteur et résolut de bien se metlrc sur ses gardes avec elle. Quand elle eut fini , eU<î s'avamia vers luii
ET UNE GRANDE FORTUNE. m
LA VIEILLE
Quand voulez -vous partir, monsieur, et par quel chemin dois-je vous conduire?
WOLFGANG
Par celui que mes persécuteurs ont choisi ; mais, avant qu'ils puissent essayer encore de me tromper , j'espère qu'avec l'aide de Dieu je surmonterai toutes les tentations.
LA VIEILLE (se reculant effrayée ).
Jésus, IMaria ! cet homme est fou !
WOLFGANG
U n'est pas fou , il est ensorcelé ! Mais je suis sous la protection de Dieu, et personne ne pourra me nuire. »
Comme il prononça Ces paroles avec beûucolij^ d'eiïiphasc , lu. viuiils feianio
pensa qu'elle ferait mieux de s'échapper , car elle le prenait pour un fou ou pour un fripon qui , sous ce déguisement , était venu pour la voler. Elle courut à la porte, et aussitôt qu'elle y fut arrivée, elle la referma en toute hâte.
Cette fuite confirma encore plus l'opinion de Wolfgang , et il se félicita beaucoup d'avoir évité de cette manière de nouvelles tentations. Résolu de ne pas rester davantage dans cette maison, il se dirigea vers la porte, mais la prudente vieille l'avait fermée à clef et avait été demander du secours à un voisin. Le loquet cependant ne paraissait pas très-redoutable, et , après s'être signé plusieurs fois, il essaya de le forcer ; malgré ses conjurations et son travail, son entreprise échoua. Déterminé à ne pas rester dans cette situation, il ouvrit la fenêtre et sauta dans la vallée.
ET UNE GRANDE FORTUNE. i23
Il avait à peine gagné le bois , qu'il vit la vieille et deux paysans qui se dirigeaient vers la chaumière ; il redoubla de vitesse et s'enfonça dans le plus épais du bois, oii il fut assez heureux pour trouver un sentier qui le conduisit à travers une vallée et de là au pied d'une haute montagne oii il perdit de nouveau toute trace d'habitation.
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