‹ Les voisins de l'autre côtéChapitre 15 sur 31 · CHAPITRE YIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE YIII

Wolfgang resta couché sur la terre humide, déplorant ses infortunes et protestant en vain de son innocence, car personne n'était là pour l'entendre et pour lui répondre. Les murs couverts de mousse répé-

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talent SCS soupirs, mais il en éprouvait peu de consolation. Enfin, après bien des efforts, il réussit à débarrasser ses mains. La corde qui les liait s'était relâchée dans le chariot, et les conducteurs négligens ne s'en étaient point aperçus. Ils savaient bien d'ailleurs que , même avec l'usage de ses mains, il ne parviendrait pas à forcer les deux portes de fer qui gardaient l'entrée de la cave; il parvint donc à les dégager par degrés de leurs liens, et sa situation en devint un peu moins pénible.

Son lit était dur , mais sa conscience était tranquille, et la fatigue extrême qu'il avait éprouvée le plongea bientôt dans un sommeil profond. Vers minuit il fut réveillé en entendant frapper des coups redoublés, et, se relevant rempli de crainte, il leva les yeux pour voir d'oii le bruit venait. Mais dans l'obscurité qui l'entourait

il ne put rien distinguer , et il attendit en silence et en tremblant le résultat de ce vacarme qui semblait venir de la partie la plus éloignée de la cave et dont le son variait fréquemment. Quoiqu'il ne pût rien apercevoir, la crainte lui faisait tourner les yeux vers cet endroit quand tout d'un coup il entendit un grand craquement ; il vit un rayon de lumière qui se réfléchissait sur le côté opposé du mur. Ensuite il lui sembla que quelque chose tombait près de lui; la clarté devint plus grande et par degré remplit toute la cave. 11 aurait bien voulu quitter la place où il était couché , mais toutes ses facultés se bornaient à voir et a entendre ; du reste, il était tellement paralysé par la frayeur , qu'il lui était impossible de faire un mouvement.

Un grand homme vêtu de noir entra alors dans le cachot et vint tout près de

Wolfgaiifif. Il avait un baudrier marqué de plusieurs figures nécromantiques ; dans sa inain droite il portait une torche allumée, dans la gauche un gros bâton et sous son bras un paquet de hardes qu'il jeta par terre. Il fut bientôt suivi d'un autre homme qui lui parut entièrement vêtu de blanc. Mais il était incapable de voir qui ils étaient, car cette apparition inattendue l'avait presque privé de l'usage de ses sens. Il employa le peu de force qui lui restait à se lever déterre et il s'écria d'une voix agitée et terrible: « Eons esprits ! priez Dieu pour « moi.» A peine eut-il prononcé ces mots, que la torche tomba des mains du sorcier, et lui et son compagnon disparurent à Tinstant.

La torche continua à brûler, et quand Wolfgang reprit par degrés l'usage de ses sens , il commença à penser que la lu-

mière valait mieux que l'obscurité, car l'une augmentait ses frayeurs et l'autre les diminuait. Il saisit donc machinalemient la torche et examina sa demeure en tremblant; il trouva à ses pieds le paquet de bardes , une piocbe et un marteau que le sorcier et son compagnon avaient laissés derrière eux. En regardant soigneusement pour voir s'ils ne s'étaient pas cachés, il aperçut à travers l'ouverture qu'ils avaient faite le ciel parsemé d'étoiles et la lune dont les rayons se réfléchissaient sur lui. A cet aspect , l'amour de la liberté qu'éprouvent tous les hommes , mais surtout les prisonniers, bannit toute espèce d'hésitation du cœur de Wolfgang, et son unique pensée fut de s'échapper.

Il mit le paquet de bardes sous son bras sans savoir ce qu'il contenait, et n'oublia pas la pioche dont il comptait se

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servir pour se dégager de ses fers. Tenant la torche dans sa main, il passa par l'ouverture et se trouva dans un jardin oii la lune l'éclairant suffisamment, il rejeta sa torche dans le cachot et se mit en marche. Il n'avait pas fait cent pas qu'il fut devant une porte ouverte qu'il passa, et se trouva dans une plaine dont il ne put pas d'ahord embrasser l'étendue; il s'assit de l'autre côté du mur du jardin, et frappant ses fers avec sa pioche, il parvint à s'en dégager , et , ainsi délivré , il marcha gaîment dans la plaine. Désirant enfin savoir ce que renfermait le paquet, il le délia chemin faisant et y trouva un habit complet fort propre.

(( Ces vêtemens, pensait-il , m'ont sûrement été donnés par le sorcier dans quelque mauvais dessein , et je ne m'en servirais pas si j'avais un autre moyen d'aller

ET UNE GRANDE FORTUNE. 147 chez le baron Von Tiefeutlial. Mais comme je ne sais pas le chemin qui y conduit, et qu'il faut que je m'en informe, il est trèsprobable que dans mon costume actuel je serais pris pour un meurtrier, et comme tel ramené de nouveau en prison. » Cela lui paraissait d'autant plus vraisemblable , qu'il devait naturellement être poursuivi dès que sa fuite serait découverte et qu'il serait ainsi bien plus facilement reconnu. Toutes ces raisons étaient si puissantes, que non-seulement ses craintes au sujet des vêtemens se dissipèrent, mais qu'il eut même le courage de s'en revêtir à Tinstant, et il jeta dans un buisson voisin son habit bleu qui lui avait d'abord paru si beau. Ensuite il continua sa route, réfléchissant aux aventures de la nuit. Il ne doutait pas qu'il ne fût tourmenté par un sorcier dont le but était de le séduire , surtout depuis

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ce qu'il avait éprouvé les deux derniers jours, et depuis qu'une heure auparavant il s'était trouvé face à face avec lui. Cependant il ne pouvait pas en penser beaucoup de mal , car il l'avait toujours délivré des plus grands dangers , et il se trouva d'autant plus disposé en sa faveur, qu'il fouilla par hasard dans la poche de ses nouveaux habits et y découvrit une bourse bien garnie, remplie de douze dollars tout neufs et de six pièces d'or brillantes : il n'avait jamais dans toute sa vie possédé une telle somme; et si sa conscience lui insinuait qu'il ne devait pas garder i'argent du diable, son inclination lui persuadait au contraire qu'une seule pièce de ce trésor offerte à l'église , à son retour dans son pays natal , lui obtiendrait l'absolution de tout le péché. Le pouvoir du sorcier lui semblait aussi moins terri-

ble en pensant que lui et ses collègues avaient fui à l'instant, en entendant son exorcisme. Mais la réflexion lui peignait sous de vives couleurs le danger de rester plus long-temps dans ce pays enchanté : « Une belle femme et une grosse somme d'argent, pensait-il, sont des pièges qui me conduiraient bientôt à l'abîme qu'ils m'ont préparé , et le chagrin et le repentir viendraient trop tard. »

L'importance de ces considérations confirma Wolfgang dans son intention d'aller au château du baron Von Tiefenthal, et s'il le trouvait, comme il avait lieu de le croire, en ligue avec le sorcier, de reprendre possession , par quelque ruse , de ses anciens habits, surtout de son passeport, et de s'enfuir pendant la nuit.

Au milieu de ces projets et de ces résolutions, il avait atteint le bout de la plaine

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et était arrivé au bord d'un bois dans lequel il ne se souciait pas trop d'entrer à cette heure indue; cependant la crainte d'être poursuivi et plus facilement découvert s'il ne s'y enfonçait pas , le détermina enfin à prendre ce parti. La lune commençait à baisser et ses craintes redoublaient avec l'obscurité. L'épaisseur du taillis lui rendait difficile d'avancer; il se jeta donc par terre au pied d'un arbre pour y attendre l'aurore . Son agitation l'empêcha de dormir : ses appréhensions étaient telles, que le moindre bruit, la chute d'une feuille , lui causaient un tressaillement, et il restait constamment sur ses gardes.

Quand les premiers rayons du soleil éclairèrent la contrée, il quitta son lit dur, et dans l'espoir de trouver un chemin, vola comme une biche effrayée vers la lisière du

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bois, en examinant la plaine qui se déployait devant lui. Tout k coup il resta stupéfait et tremblant , détourna les yeux, regarda de nouveau et trembla encore plus violemment; il aurait bien voulu se persuader qu'il se trompait, mais en regardant pour la troisième fois, ses craintes furent confirmées.

La fatale maison dont il s'était échappé le jour d'auparavant, était directement devant lui. « Suis-je donc à jamais condamné , s'écria-t-il enfin , à errer autour de la maison de ce sorcier? Qu'ai-je fait au Ciel pour être ainsi précipité la tête la première dans le piège qu'on a tendu pour me perdre. Mais, ajouta -t- il avec fermeté, si tous les pouvoirs de l'enfer se réunissent pour m'enchanter, je combattrai contre les tentations du diable , le plus long -temps qu'il me sera pos-

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sible. » Armé de cette résolution, il se retourna promptement, et prenant le chemin opposé , il s'enfonça dans le bois k travers les buissons.

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