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dites : « Nous le croyions mort, ajoutèrent-ils, mais les médians ne meurent pas. Et à présent, si nous n'y prenons garde , nous pourrons bien éprouver encore de nouveaux malheurs par sa conduite licencieuse. » . -, * •
Quand le fils revint chez son père pour lui faire ce triste récit, tous deux, enflammés de colère, jurèrent de se venger du traître , s'il ne donnait pas à Clara offensée une pleine et entière satisfaction. Le jeune Wildner partit et promit à son père de ne pas revenir sans ramener avec lui le séducteur,
11 rencontra la voiture de la comtesse Von M*** qui menait Wolfgang à son château ; et ayant appris par un paysan que c'était elle, et que celui qui l'accompagnait était sans doute le jeune baron Von Tiefenthal , il suivit le carrosse à pas pré-
cipités, et les atteignit comme ils se promenaient dans le bois. Son impatience de se venger ne lui permit pas de demander aucune explication ; il commanda impérieusement à Wolfgang de le suivre, et celui-ci, le prenant pour un envoyé du baron, obéit sans résistance.
La suite de cette lamentable histoire est déjà connue de mes lecteurs; il serait donc superflu d'en parler davantage.
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CIIAPITRE XIV.
Le soir même du jour oil^\ olfgang fut si cruellement assassiné, Emilie était assise il l'ombre d'un tilleul et déplorait amèrement ce malheur inattendu. Dans le peu de rapports qu'ils avaient eus ensemble , il
DE JEUNES AMOURS, etc. ?45
lui était devenu très-cher : il était toujours présent à son imagination k l'instant oii il s'était jeté à ses genoux et oii ils s'étaient juré d'une manière si expressive un amour éternel ; l'avoir perdu un moment après et sans espoir de le revoir encore , lui inspirait une telle horreur , qu'il lui était impossible d'y fixer son idée. La comtesse Von iNP** et sa nourrice étaient assises près d'elle, et pleuraient sur son triste sort; tous leurs plans et toutes leurs espérances étaient renversés par la mort de Wolfgang, et la comtesse, malgré sa légèreté naturelle, sentait profondément pour la première fois l'embarras de payer ses dettes , et le chagrin de ne pouvoi» laisser à sa fille une propriété dégrevée. Elles venaient de prendre la résolution de chercher dans le gouffre si elles n'y découvriraient pas le corps de Wolfgang, quand un jeune paysan tout
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hors d'haleine accourut vers elles ; la douleur et la crainte se peignaient sur son visage, et de gros soupirs s'échappaient de son sein. f< Que vous est-il arrivé? s'écria la comtesse. "•■" "'' -'••'' '•"-'» ;
LE JEUNE PAYSAN ( respirant k peine).
Je cueillais des noisettes dans le bois près du grand trou; il y a dedans quelque chose de vivant qui se plaint. Je me suis enfui, et je crois toujours que ce bruit me poursuit.
c( — C'est mon pauvre Savoyard, s'écria Emilie en tressaillant. Oh! s'il existe encore, combien je serai heureuse! — Oui , en vérité, comt)ien nous serons heureuses ! s'écrièrent la comtesse et la vieille femme. — Je veux aller vers lui , je veux le revoir et le consoler, » ajouta Emilie , et elle se mit à courir. La prudente
vieille la retint et lui représenta qu'il lui était impossible de le consoler jusqu'à ce qu'ils eussent trouvé du secours pour le tirer du gouffre.
Les habitans du village voisin furent appelés, et, pourvus de cordes, de crocs et d'échelles, partirent pour se mettre à l'ouvrage. Chemin faisant, la comtesse leur dit qu'elle craignait que la profondeur du gouffre ne déjouât toutes leurs tentatives; mais un vieux paysan qui était près d'elle l'assura du contraire: car une de ses vaches y était tombée l'année d'avant, il avait essayé de l'en retirer et avait trouvé que le trou n'avait que quarante pieds de profondeur et que le fond en était tapissé de mousse. Il offrit d'y descendre avec une corde pour délivrer la malheureuse personne qu'on y avait jetée, et de manière que ceux qui seraient sur le bord pourraient l'en
tirer et lui après. Ce rapport consolant leur fit doubler le pas et ils arrivèrent en très-peu de temps auprès du gouffre.
Emilie y fut la première , et, se courbant sur le bord, appela son cher Savoyard; on lui répondit par un profond gémissement. Le paysan descendit et bientôt s'écria : « Tirez^le, jel'ai bien attaché, il est encore vivant et parle, mais une langue que je n'entends pas. » Tous saisirent la corde et la tirèrent en réunissant leurs forces; Emilie elle - même y contribua et prit bien garde que son cher Wolfgang ne fût pas blessé de nouveau dans cette opération.
Enfin le fardeau monta, et, faisant un nouvel effort, ils le déposèrent devant eux; mais ils restèrent tous muets d'étonnement en voyant non pas le jeune homme qu'ils espéraient , mais une belle femme très-bien vêtue. Elle se plaignait d'une manière la-
inentable, et avait sa main droite posée sur son cœur. Ses vêtemens étaient couverts de sang , et en l'examinant de plus près ils trouvèrent un poignard enfoncé jusqu'à la garde dans son sein gauche; comme elle essayait en vain de le retirer, un bon paysan lui rendit ce service, et des flots de sang en sortirent aussitôt. La malheureuse femme entrouvrit ses grands yeux bleus , et expira aussitôt dans les bras de la comtesse.
Emilie conjura le paysan qui était encore dans le gouffre , de bien chercher s'il n'y trouvait plus personne; mais il l'assura sur son honneur qu'il n'y pouvait rien découvrir de plus.
Trompés dans leurs espérances, ils retournèrent tous consternés , et pleurèrent, convaincus , par cette double preuve , qu'il y avait dans le bois des voleurs et des meur-
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triers. La comtesse résolut donc de les faire poursuivre le jour suivant, et en attendant, pour plus grande sûreté , d'emmener à son château sa chère fille et sa nourrice. Le corps de l'étrangère y fut aussi porté; ils examinèrent ses habits et ses poches , mais n'y trouvèrent pas le moindre indice qui pût leur faire deviner qui elle était ; ils découvrirent seulement que cette pauvre femme assassinée était grosse et assez avancée. Cette horrible vue excita une nouvelle compassion dans le cœur de la comtesse ; elle pleura sincèrement sur elle, et le lendemain elle la fit ensevelir dans sa chapelle , près du tombeau de ses ancêtres. ;^;
Les paysans du village et les gens de la comtesse se rassemblèrent de nouveau pour chercher dans le bois , et s'ils ne pouvaient j)as prendre les meurtriers, au
ET UNE GRANDE FORTUNE. 25 f
moins les effrayer et les forcer de s'éloigner ; ils revinrent le soir même sans avoir rien trouvé, et, malgré leur extrême diligence, ils n'avaient découvert aucune trace de Wolfgang ni des meurtriers, Emilie retourna dans la cabane , et la comtesse résolut d'aller résider pendant quelque temps dans la ville voisine , pour se remettre un peu, et pour exécuter un plan qu'elle avait formé pour le paiement de ses dettes les plus urgentes.
Le jour d'avant celui qu'elle avait fixé pour son départ, un étranger arriva au château et s'informa si c'était là qu'habitait la comtesse Von M*** ; on lui répondit affirmativement; il désira de la voir, et quand il fut conduit vers elle, il lui présenta une cassette soigneusement cachetée et lui demanda un certificat qui attestât qu'il la lui avait remise fidèlement.
La comtesse ouvrit la cassette à l'instant et vit, à son grand étonnement , qu'elle contenait quatre mille sequins et une quantité de bijoux qui paraissaient d'une grande valeur. Elle l'examina très-attentivement et ne trouva ni lettre ni rien qui pût lui faire présumer d'où lui venait ce magnifique présent, et s'il lui était véritablement destiné ; mais l'adresse , qu'elle regarda de nouveau, le lui prouva clairement. Elle questionna en vain le porteur poui' s'en éclaircir , car il ne put satisfaire sa curiosité. « Je suis, dit-il, notaire et magistrat de la petite ville de*"*^* , à quatre milles d'ici. Hier, après midi , un carrosse y arriva et s'arrêta au Soleil-d'Or, et un gentilbomme qui avait été dangereusement blessé en sortit porté par ses domestiques. 11 désira qu'on envoyât sur-lechamp chercher lui chirurgien ; mais
comme le seul que nous ayons était en course dans le pays , on ne put le satisfaire. Il demanda alors qu'on lui amenât un notaire , et je lui fus envoyé ; il me parla d'abord en italien , mais comme il vit que je ne l'entendais pas , il me parla ensuite en allemand. Ses premières questions furent sur la ville voisine , et s'il pourrait y trouver un habile chirurgien. Quand je lui eus donné des informations sur ces particularités , il me demanda si je savais où habitait Votre Excellence ; je lui répondis affirmativement , et il ordonna à son valet de chambre d'aller lui chercher cette cassette. Il écrivit quelques lignes avec beaucoup de difficulté , les mit au fond de la cassette qu'il cacheta lui-même , et dicta à son valet de chambre 1 adresse qui est dessus. Enfin il me la remit en me priant instamment de l'apporter moi-même sans
254 i>E JEUNES AMOLRS
délai a Votre Excellence : je le lui jurai. Alors il me donna une bourse de cinquante ducats pour ma peine, a ce qu'il me dit, et ordonna k ses gens de le reporter dans sa voiture. Avant que je fusse prêt à partir, il passa devant ma maison , et, ce qui me surprit beaucoup , il prit un chemin entièrement opposé à celui que je lui avais indiqué comme conduisant à la capitale.
LA COMTESSE
C'est très-extraordinaire en vérité , et cela me paraît tout-à-fait inexplicable ; vous m'avez parlé d'une petite note que l'étranger mit dans la cassette, et je ne l'ai pas trouvée , quoique je l'aie examinée avec le plus grand soin.
LE NOTAIRE
Je vous donne ma parole d'honneur de
la vérité de ce que je vous ai dit. La note doit y être. »
La comtesse vida entièrement la cassette et examina tous les papiers dans lesquels les bijoux étaient enveloppés ; enfin elle aperçut un papier plié qui était tombé par terre. Elle le ramassa et vit qu'il contenait ces mots écrits d'une main tremblante , et que la comtesse eut beaucoup de peine à déchiffrer :
« Ce que je vous envoie appartient à ma (( chère , à mon adorable Emilie. Je vous (( conjure de le lui remettre et de l'assurer " que je suis dans mes derniers momens <( son fidèle
« Marquis LanÉgo. »
LA COMTESSE
Quoiqu'il y ait beaucoup de choses dans cette affaire que je n'entende pas, et que
256 DE JEUNES AMOUHS
je n'apprendrai peut-être jamais , le papier y jette cependant quelque lumière. Celui qui vous a remis la cassette était-il jeune? avait-il des yeux et des cheveux noirs ?
LE NOTAIRE
Il n'avait pas plus de vingt-trois à vingtquatre ans , et il avait les yeux et les cheveux noirs.
LA COMTESSE
Quels habits portait-il
LE NOTAIKE.
Je ne puis pas vous le dire parce qu'il était couché sur son lit et avait un grand manteau jeté sur lui. Sa chemise était teinte de sang , et il se plaignait d'avoir reçu deux blessures dangereuses au côté fîauche. , - ,:
LA COMTESSE
Parlait-il bon allemand ?
LE NOTAIRE
Il le parlait couramment , mais lentement, à cause de sa faiblesse.
LA COMTESSE
Ne vous a-t-il pas raconté par quel accident il fut blessé? si ce fut par des meurtriers ou dans un duel ?
LE NOTAIRE
Non ! je le lui ai demandé , mais je n'en ai jamais obtenu une réponse positive.
Une fois il me dit : « Si je l'avais voulu, j'aurais su par quelle aventure tout ceci m'est arrivé; mais je ne m'en suis pas informé. »
LA COMTESSE
Ce ne peut être que lui ! je crois main-