CHAPITRE XVI
Explication de plusieurs des aventures de Wolfgang.
L'attkintion de la justice ayant été éveillée de nouveau en Italie contre les brigands qui l'infestaient , et qui avaient été les premiers camarades de Jacob, ils continuèrent, après son départ, à éprouver une
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persécution si vigoureuse, que ne trouvant plus aucune sûreté dans leur pays natal, la majorité d'entre eux résolut de suivre l'exemple de leur célèbre chef, et de s'éloigner jusqu'à ce que l'orage fût apaisé ; ils se déterminèrent donc à aller le joindre en Allemagne. " Nous pourrons, se disaient-ils entre eux, trouver là quelque chose à faire; les flegmatiques Allemands nous permettront peut-être de gagner paisiblement notre vie sur leurs grands chemins jusqu'à ce que nous puissions revenir ici sans danger. »
Jacob fut bien surpris un jour, en rencontrant deux de ses camarades dans une des rues de la capitale , et d'apprendre d'eux qu'il y en avait encore vingt autres dans le voisinage. Leur joie de cette rencontre inespérée fut beaucoup plus grande que la sienne : car il était , à cette époque ,
Icrmement résolu à ne plus s'engager de nouveau dans les vols et les assassinats , et y à jouir tranquillement de la fortune qu'il
avait acquise. Mais, dans une telle compagnie, il fut bientôt décidé à abandonner cette résolution et à s'unir à leur plan de voler sur les grands cliemins ; il les conduisit dans un bois au milieu duquel passait la grande route de Saxe, et avant la fin du premier jour oii ils s'y étaient *f établis , ces bandits , avides de gain ,
avaient déjà volé trois voitures et tué plusieurs bonmies. Ces récits effrayans troublèrent tout le pays ; chacun parlait de ces assassinats et s'armait pour chasser les meurtriers. .. )
Un de ces brigands ayant tenté une fois d'entrer dans un village pour y acheter des provisions , il fut , sur quelques soupçons , arrêté par les paysans comme un
des auteurs de ces assassinats récens , et conduit devant le magistrat pour être examiné ; quand le reste de la troupe apprit du fidèle Jacob que leur camarade serait amené dans la soirée devant le juge de paix du village , plusieurs d'entre les brigands l'attendirent sur la route , et , en croyant délivrer leur camarade , ils mirent en liberté le pauvre Wolfgang, qui était emmené prisonnier parle même chemin. Sa délivrance ne fut donc pas surnaturelle ; il n'est pas étonnant qu'on le prît pour un voleur, quand il entra dans le cabaret du village enveloppé dans le même manteau qui avait été volé a l'aubergiste, et qu'on le soupçonnât d'être un assassin , d'après le signalement qu'avait donné de lui le capitaine Wildner.
Wolfgang fut alors conduit , sans le savoir, au château de la comtesse Von M... ,
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parce que Je village dans lequel il fut arrêté était sous sa juridiction ; et mes lecteurs se rappelleront qu'il y fut confiné dans une cave, faute de meilleure prison. D'après le récit d'un chasseur étranger qui y avait séjourné long-temps , un grand trésor était caché dans cette, cave. Le maître d'hôtel de la comtesse, qui en la servant à table lui avait souvent entendu parler des richesses enfouies dans ce pays ^ apprit alors d'un paysan ce que le chasseur avait dit, et il l'envoya chercher à l'instant. Le chasseur confirma non-seulement la vérité de son récit, mais assura même le maître d'hôtel qu'on obtiendrait facilement le trésor , et il s'engagea à le chercher pour lui s'il voulait lui donner un habit neuf complet, im peu de linge, douze dollars et six ducats pour l'esprit qui le gardait.
Le maître d'hôtel consentit à tout et promit de porter son présent avec lui sur les lieux ; le rusé chasseur espérait s'échapper avec sa proie et éluder ainsi sa promesse. Le crédule maître d'hôtel était dans sa chambre , se préparant à cette entreprise en priant et en se signant , au moment oii Wolfgang fut amené prisonnier au château , et sans le savoir confiné dans la cave. Quand il arriva, tenant à la main tout ce qui était nécessaire à leur projet , à la porte de la cave qui était ordinairement ouverte, et qu'ils la trouvèrent barrée, le chasseur, avide de sa récompense, l'assura que c'était la seule nuit oii le trésor pût être enlevé sans danger , et lui conseilla d'essayer de descendre par le petit soupirail de la cave , ce qui fut résolu, et ils commencèrent à l'agrandir avec leurs pioches.
Le chasseur, qui avait souvent été employé à des fraudes de cette espèce , s'était habillé en noir pour faire plus d'impression sur le superstitieux maître d'hôtel. Wolfgang , dont l'imagination était remplie d'enchanteurs , le prit réellement pour sorcier , et , effrayé à sa vue , prononça une violente exclamation qui les effraya également ; ils s'échappèrent aussi vite que possible, laissant derrière eux tous leurs outils, procurèrent a Wolfgang les moyens de s'évader , et le mirent aussi en possession du paquet de bardes , dont il s'empara à l'instant.
L'aubergiste du village auquel Jacob en avait imposé par son récit fabuleux , et qui , par son bavardage , avait attiré au pauvre Wolfgang tant de marques de respect et tant d'événemens désastreux, alla trouver Jacob le lendemain de cette aven-
ture. Il lui dit que le jeune marquis venait d'arriver sous les habits d'un marchand de souricières , et qu'il avait passé une nuit dans sa maison.
Jacob écouta attentivement ce discours, et apprit, sur de plus amples informations, que, malgré sa promesse, son voisin ne lui avait pas gardé le secret; qu'il avait raconté à d'autres l'histoire qu'il lui avait confiée, et que le baron Von Tiefenthal et la comtesse Von M''^*'*^ étaient aussi empressés l'un que l'autre d'attirer chez eux le prétendu marquis , afin de pouvoir , par leurs attentions pour lui, acquérir des droits à sa reconnaissance. Il promit à son voisin, qui le lui demanda, d'informer le jeune marquis des desseins qu'on avait sur lui , et sortit à l'instant.
K Tôt ou tard, pensait Jacob, chemin faisant , on découvrira que le marquis dont
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j'ai annoncé l'arrivée n'est qu'un pauvre marchand de souricières , je serai reconnu pour menteur , et peut-être me fera-t-on subir un examen juridique; il faut donc que je prévienne cette découverte en écartant l'objet qui en serait la cause. » Il consulta, sur ce sujet , ses camarades, et, accompagné de l'un d'eux, se mit à la recherche de l'innocente créature qu'il voulait sacrifier : ils allèrent à cet effet dans le bols qui appartenait à la comtesse Von M***, rt virent k peu de distance Wolfgang et Emilie qui descendaient ensemble la montagne ; ils reconnurent à l'instant leur victime, sen approchèrent, le frappèrent deux fois avec un poignard, et le croyant mort , s'évadèrent aussitôt. Ils épargnèrent exprès Emilie , afin qu'elle pût répandre dans le pays la nouvelle de sa mort , et confirmer l'idée qu'il était
réellement un personnage considérable, puisqu'il avait été assassiné et volé par deux hommes masqués qui l'appelaient Monsieur le marquis.
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