‹ Les voisins de l'autre côtéChapitre 4 sur 31 · CHAPITRE ÎY · texte numérisé non relu

CHAPITRE ÎY

Quand Wolff^anj^^ et la comtesse descendirent de voiture, elle lui présenta sa main , et il s'ima(>ina , lui , qu'il devait accepter une main offerte d'une telle manière. Ils marclièrent, dans l'avenue o])s-

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cure , bras dessus bras dessous , et la comtesse lui exprima combien elle était sensible aux beautés de la nature , et Wolfga»g la laissa s'extasier sans l'interrompre , car des sentimens bien dîfférens l'occupaient entièrement. Le bras de sa compagne était posé négligemment sur le sien , et la nouveauté de cette situation lui causait une émotion qu'il n'avait pas encore éprouvée. Il s'aperçut alors, pour la première fois , pendant que ses yeux se tournaient insensiblement vers elle , que la comtesse était une très-belle femme.

Ses grands yeux , ses joues fraîches et sa taille noble lui plurent beaucoup, et remplirent entièrement son imagination : « Si jamais, pensait-il, je possédais une telle femme, ce serait pour moi le Ciel sur la terre; je quitterais de bon cœur mon liabit brodé , je travaillerais pour gagner

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mon pain pendant six ans, si jo pouvais un jour posséder une telle femme. » Mais il serait fatip;ant de raconter tous les projets qui lui vinrent dans l'esprit; ceux qui ont été dans sa position sauront bien remplir le vide que je laisse ici, et ceux qui n'ont janiîiis rien senti de semblable me remercieront d'abréger ce sujet.

Rarement , très-rarement , et seulement clicz les (jcns flegmatiques, l'amour naît lentement, pas à pas; il vient, si je puis m'exprimer ainsi , au grand galop , surprend inopinément l'indiflerent, et généralement sa blessure est mortelle. Semblable h un orage, ni la pluie, ni même une simple apparence d'humidité n'annoncent son approcbe.Le nuage fond tout h coup , et le voyageur surpris se trouve dans l'eau jusqu'au col , et entraîné par le courant sans savoir par quel pouvoir ir-

ET U^E GHANLrE FORTlXE. 6i

resistible il est précipité dans la vallée. On pourra rire de cette comparaison : elle nie paraît risible à moi-même, et cependant je la laisserai subsister , parce que l'amour et un orage impétueux ont souvent des effets semblables, tous deux étant des-

tructeurs et de peu de durée. Le nuage noir promet de la fraîcheur à la terre altérée et la laisse toujours désolée; Tamant espère jouir de la félicité la plus parfaite dans les bras de sa maîtresse, et est accablé sous le poids du bonheur pour lequel il a soupiré.

Mais pour revenir à Wolfgang , que le lecteur a laissé , comme le voyageur imprévoyant, dans l'eau jusqu'au col, ou, pour renoncer à ma comparaison , devenu éperdument amoureux, la comtesse, à la fin fatiguée de parler sans obtenir de réponse (car il est très-dur de n'être pa3

écoutée), garda le silence pendant quelque temps , et lui demanda ensuite , avec le ton du reproche , pourquoi il parlait si peu et n'avait pas l'air de faire attention h ce qu'elle lui disait ? Wolfgang ne fit pas plus d'attention h cette question qu'à ce qui s'était passé auparavant. Il regardait le Ciel et lui offrait une prière fervente pour qu'il pût un jour posséder l'objet de ses désirs, oubliant qu'il était h ses côtés. Ce silence obstiné fut cause que la comtesse l'observa attentivement, et, connaissant l'amour et ses eflcts , elle reconnut bientôt qu'il était sous l'influence de cette passion ; elle supposa que sOn imagination le reportait alors vers la bien-aimée de son cœur, avec laquelle il regrettait de ne pas jouir de cette belle soirée. Comme rien n'est plus tourmentant que la curiosité d'apprendre si une telle idée est fondée

elle résolut de la satisfaire , et puisque ses paroles seules n'avaient aucun effet, elle prit des moyens plus efficaces de le réveiller. « IMonsieur , s'écria-t-elle en le tirant par le bras , à quoi pensez-vous? Où êtes- vous ?

WOLFGANG ( comme s"il sortait d'an profond assoupissement.)

Je je (^Mettant la main à son

front. )Qi\e m'est-il arrivé?

LA COMTESSE

Je n'en sais rien , et je désire beaucoup l'apprendre. Vous vous êtes promené un quart d'beure avec moi sans dire un mot ; vous regardiez le ciel comme si vous eussiez été en extase, et vous paraissiez avoir oublié le monde entier.

WOLFGANG

Je — je ne sais pas. J'étais vraiment préoccupé !

LA COMTESSE riant.

Oui, oui, certainement vous l'étiez. Et comment interpréterai -je cette réserve?

Voulez -vous que je vous dise de quoi vous étiez occuper

Votre Excellence en est incapable. Il est impossible que vous le deviniez jamais.

LA COaiTESSE.

Non? Eb bien! nous verrons. Cette promenade vous en rappelle une semblable que vous avez faite autrefois dans votre pays natal. Vous étiez alors avec l'objet de vos affections ; vous trouviez , peut-être alors pour la première fois , l'occasion d'avouer tendrement votre amour, et vous étiez écouté favorablement. Le souvenir de ces lieureux momens captive tellement votre imagination ; que vous oubliez tout

le reste et vous-même. Eh bien! me prenezvous maintenant pour une sorcière ? aurez-vous à l'avenir plus de confiance dans ma pénétration ^

(Wolfgang soupire profondément.)

LA COMTESSE

Si vous confirmez ce que je vous dis avec de si profonds soupirs , vous me rendrez fière de mon ait. J'ai grande envie de vous demander le nom de cette belle tant enviée, si cela n'est trop indiscret, et

j'espère que vous satisferez ma curiosité

Non.... ? Bon Dieu! si vous gardez un silence si obstiné et que vous ne m'encouragiez point par un oui ou par un non à continuer la conversation, alors je vousrappellerai que je suis femme, et que comme les femmes ont droit h l'attention des hommes , je ne dois pas être ainsi négligée. u. 5

tit) J)E JEIJNKS AMOURS

Que je le ferais volontiers , Votre Excellence , si...! » ^ , ,

Avant que Wolfgang put achever sa phrase, il se sentit arrêté par le bras. Il se retourna et vit près de lui un homme enveloppé dans une grande redingote.

(( Monsieur , dit-il , on vous attend avec la plus grande impatience.

WOLFGANG

loi?..,

,. qui?

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