L.\ COMTESSE
Ah î c'est sans doute un messager du baron Von Tiefenthal. Il serait certainement très-malhonnête a moi de le priver si long-temps de son nouvel hôte; mais aussi , de son côté , il n'est pas poli de me l'enlever de celte manière. Je dois céder aux
droits plus anciens et plus légitimes du baron; je vous laisserai donc aller , mais à une condition que vous promettrez solennellement de remplir :y consentez-vous?
Votre Excellence n'a qu'à ordonner.
Tout ce qui sera en mon pouvoir , tout ce dont je suis capable
LA COMTESSE
Oh! vous êtes trop complaisant. Je ne demande pas tant; je ne demande rien de si important : vous viendrez demain dîner avec moi; et je désire seulement, avant votre départ , que vous me promettiez de revenir.
WOLFGANG
Je viendrai certainement.
fi.S DK JEllNES AMOURS
LA COMTESSE
Donnez-moi votre main pour gage de votre promesse. {Elle lapresse doucement.) Je vous attends donc sans faute, et ce sera pour moi un affront et une négligence si vous ne venez pas.
i;homme en redingote.
Monsieur, chaque minute est comptée.
LA COMTESSE
Il est trcs-prcssé , en vérité ; mais c'est égal , nous nous re verrons demain. Bonsoir, monsieur. Nous renouvellerons notre conversation quand je vous verrai , car vous n'avez pas encore satisfait ma curiosité. Adieu. »
La comtesse partit en lançant à Wolfgang un regard très -amical; et après qu'elle eut fait quelques pas elle se re-
louiiia et lui fit encore plusieurs signes de tête, pendant que lui, tout-à-fait transporté , la suivait des yeux. Il l'aurait vraisemblablement contemplée jusqu'à ce qu'il l'eût perdue de vue , si son nouveau compagnon ne l'avait encore pressé de hâter son départ. « Monsieur, dit -il, il est bien temps, vous devez me suivre. — Je suis prêt , » dit Wolfgang un peu aigrement ; et il partit avec son conducteur sans proférer un autre mot.