‹ Les voisins de l'autre côtéChapitre 7 sur 31 · LA VOIX BASSE · texte numérisé non relu

LA VOIX BASSE

Ne pleurez pas, Clara; ne pleurez pas, 11 y aura bientôt quelque chose de décidé; je l'ai résolu. James , allumez une chandelle. Monsieur, asseyez-vous.

Wolfgang restait pétrifié d'étonnement, et ce qui vient de se passer n'était pas propre à le diminuer. Il entendit avec grand plaisir demander une lumière, espérant qu'elle servirait mieux à expliquer cette apparente méprise. James vint enfin avec cette chandelle si désirée , qui répandait

une lueur faible, mais cependant suffisante pour qu'il aperçut les murs noircis de la chambre , et un f^frand homme qui était assis sur un banc délabré , dans un coin de la chambre , appuyant son bras sur une table plus délabrée encore , et fixant sur Wolfgang des yeux hagards et inquiets ; ses cheveux blancs prouvaient sa vieillesse, et ses habits, qui trahissaient l'indigent , étaient ceux d'un soldat ; on y remarquait encore ia coupe et la couleur d'un uniforme. .-'..--..•

Wolfgang restait les yeux fixés sur le vieillard, attendant impatiemment qu'il s'aperçût de son erreur , qu'il l'avouât , et qu'il en demandât pardon. A son grand étonnement, il se leva de son siège et saisit deux pistolets qui étaient auprès de lui sur la table, et que Wolfgang n'avait pas vus d'abord. Il les mit sous son bras avec beau-

coup de sang-froid, prit la lumière de l'autre main , et s'adressant à Wolfgang : (( Monsieur, dit-il, nous ne nous sommes jamais vus , et malheur n moi , malheur à vous, que nous soyons obligés de nous voir aujourd'hui ! suivez-moi. »j Ils allèrent ensemble à un misérable lit de paille , sur lequel était étendue une femme, dont le visage avait la pâleur de la mort. Ses yeux étaient fermés , et elle paraissait dangereusement malade.

LE VIEILLARD (spproclianl sa l:.inière du Ht).

Misérable! voyez votre ouvrage ! Clara, chère Clara, réveillez-vous; il est ici, chère Clara, ne m'entendez-vous pas?

Comment pourrait-elle vous entendre?

à la vue de ce malheureux , elle s'est éva-

nouie. Ah! que n'est-ce le calme de la mort! ses chagrins seraient finis.

LE VIEILLARD

Traître ! infâme! détestable suborneur ! séducteur de ma chère enfant! tout, tout est votre ouvrage. Ah ! vous avez de longs, de terribles aveux à faire ! vous m'avez privé de la santé, du bonheur, de l'honneur et de la paix de mes vieux jours î Comment pourrez-vous me les rendre ^

WOLFGANG

Monsieur !

LE VIEILLARD

Silence !

WOLFGANG

Permettez-moi seulement vous vous

trompez.

LE VIEILLARD

Silence ! vous dis-je; le moment viendra

oùvouspourrez parler; mais jusqu'à ce que j'aie fini ce que j'ai à vous dire , vous ne m'interromprez pas, de peur que ma tête affaiblie ne fermente, et ne me fasse oublier que je ne veux être que père, et ne me venger qu'à la dernière, qu'à la plus terrible extrémité. Je suis outragé, profondément injurié; je suis l'accusateur, vous l'accusé ; quand j'aurai fini , vous pourrez parler. (^Montrant la malade.^ Elle sera juge entre vous et moi. Si elle veut qu'on ait pitié de vous, on vous pardonnera; si elle demande vengeance, alors, traître, je la demanderai aussi , et s'il y a dans le ciel un Dieu protecteur de l'innocence, elle s'étendra pleinement sur vous. Repassez votre conduite , et si vos torts n'admettent aucune excuse, si vous n'avez aucune réponse à faire à mes plaintes, avouez vos crimes à votre juge, et implorez sa pitié. Oh! c'est

un juge tendre et compatissant! compatissant comme le Ciel lui-même, dont elle fut autrefois l'image.

WOLFGANG

Mon cher monsieur, laissez-moi seulement

Page 1