‹ Les Voitures de Place: Étude de la Réglementation Parisienne de la CirculationChapitre 12 sur 70 · NT E · texte numérisé non relu

NT E

Comme nous l’avons vu déjà pour d’autres privilèges, le Roï n’attendit pas la fin du délai : en effet, des lettres patentes spéciales de mai 1669 autorisèrent les sieurs Dupin, Chanderolle et Paris, à exploiter les « chaises roulantes » qui eurent un très grand succès dû en partie à leur rapidité (1) et principalement à leur originalité.

Ce privilège passa, à dater de 1719, aux sieurs Louis Bontems, valet de chambre du Roi, Henri et Jean de Cazans, avec cette clause exorbitante « que les particuliers ne pouvaient avoir de chaises à eux sans le consentement par écrit des privilégiés et devaient payer à ceux-ci 300 livres par chaque chaise (2) ».

2° Les voitures de place proprement dites.

Elles apparaissent très vraisemblablement peu après les chaises à porteurs, c’est-à-dire vers 1620. Mais aucun auteur ne fixe la date précise de leur première mise en service. M. Maxime du Camp, Haris at ae D:t1012nouûus dit Cesflutene16/0 qu'un certain Nicolas Sauvage, imagina d’établir... » M. Barberet, Monographies professionnelles, t. IV, p. 208, ignore au contraire Nicolas Sauvage : «Dès 1650, un nommé Charles Villerme obtint la permission... »

(1) Ces chaises évitaient plus aisément les encombrements certainement déjà très fréquents. Rappelons par exemple l’assassinat d'Henri IV, facilité par un encombrement. Voy. aussi la Satire IV de Boileau écrite vers

(2) Lettres patentes du 24 décembre 1715.

D'après un Mémoire instructif pour les loueurs de carrosses et chevanx de la ville et fauxbourgs de Paris, publié en 1760 : & .… c’est en 1612 que Sauvage s'établit... »

Un ouvrage intitulé Description des Arts et Métiers, édité en 1761, reporte cette invention à 1650, faisant très probablement une confusion avec le privilège de Charles Villerme du 5 mars

On lit encore dans les œuvres de Sarrasin, Lettre adressée en mai 1648 à Ménage, Paris, édition de 1656, p. 295 et édition de 1685, t. II, p. 19 « .… Lyonnelle suivit la reine de Sarmatie dans le char de l’enchanteur Fiacron... », ce qui semblerait placer avant 1648 l'existence des premières voitures de place.

Ajoutons enfin à ces citations celle de M. Etienne Martin Saint-Léon, dans son Jistoire des corporations de métier depuis leur origine, Paris, 1909 : € Ordonnances, statuts et règlements de 1623 qui « son gardés et observés par la communauté des « maîtres charrons, carrossiers, faiseurs et entre- « preneurs de carrosses. — Les charrons façonnent « les roues, trains de carrosses et toutes autres « œuvres concernant leur état. De plus, il est « défendu à tous autres qu’aux charrons de louer « des carrosses ou chariots ou harnais, si en « même temps on ne loue les chevaux pour les « tirer ; les selliers seuls sont exceptés de cette & disposition. » (art. 48 des statuts du 15 oct. € 1498 confirmés et revisés en 1623 et en 1688).

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Que faut-il penser de cet article ? S'agit-il d'une première entreprise de voitures de place ? Nous ne le pensons pas, car le terme « carrosses » était à l’origine synonyme de « chariot » et les voitures louées par cette corporation étaient bien plutôt les innombrables charrettes dont parlait Christine de Pisan (voy. ci-dessus p. 30).

La date de création des premières voitures de place reste donc incertaine. Les renseignements les plus détaillés sur leur première apparition nous sont donnés par de Sauval (1), dans son /Jistoire et recherches des antiquités de la ville de Paris.

Il s'exprime ainsi, tome I, page 193 : & Il y a « quelque quarante ans qu’un nommé Nicolas « Sauvage, facteur du maître des coches d'Amiens, « loua à la rue Saint-Martin, vis-à-vis celle de « Montmorency, une grande maison appelée, « dans quelques anciens papiers terriers, l'hôtel « Saint-Fiacre, parce qu'à son enseigne étoit re- « présenté un SaintFiacre (2) qui y est encore.

(1) Sauval est mort en 1670. En admettant qu'il ait écrit cet ouvrage très peu de temps avant sa mort, comme il nous parle d «il y a quelque quarante aus », il fixerait environ vers 1630 l'apparition des premiers « fiacres ». Mais cette date ne saurait pas davantage être certaine, car on trouve dans un arrêt du Parlement du 95 février 1623 la preuve que des carrosses de louage existaient déjà. Il s’agit en eflet d’un procès contre une dame des Fontaines se disant propriétaire de carrosses ; et le jugement parle des tarifs « pour aller tant par la ville quès environs jusques à trois lieües... ». (Recueil d’édits et d’ordonnances royaux, Mbccxx, t. IL, p. 585).

(2) La popularité du saint remontait elle-même à celle d'un frere Fiacre, carme déchaussé, aux prières duquel la reine-mere Anne d'Autriche avait attribué la cessation de sa stérilité. — Les cochers collaient des images du saint sur les portières de leurs carrosses de place, comme préservatif contre les accidents. Aujourd'hui, n’y a-t-il pas encore beaucoup de propriétaires d'automobiles qui ornent leurs voitures de statuettes religieuses ?

« Or, cet homme fort entendu en fait de chevaux « et de carrosses de louage, pour les bien ménager « et les faire durer longtemps, s’avisa d’un nou- « veau trafic, qui fut d'entretenir à Paris des « chevaux et des carrosses pour les louer au pre- « mier venu. D'abord il eut bonne pratique quoi- « qu'il les louât bien cher, et même incontinent « après, il eut des camarades qui s’établirent en « divers quartiers et s’enrichirent. Mais parce « qu'il n’y en avait point qui allât de son air « comme ayant quelquefois 20 carrosses et 40 à « 50 chevaux à l'écurie (1); de plus, parce que « d’une maison appelée l'hôtel de Saint-Fiacre, à « cause de son enseigne, étoit venue l'invention « de ces sortes de carrosses, non seulement le « nom de « fiacre » fut donné aux carrosses de « louage et à leurs maîtres, mais aussi aux co- « chers (2) qui les conduisaient et même je pense « que cette manière de gens a pris Saint Fiacre « pour patron. »

Ce passage des œuvres de Sauval précise les débuts de Nicolas Sauvage qui semblent avoir été particulièrement heureux, comme d’ailleurs ceux de ses imitateurs, Malheureusement, l'exploitation des voitures de place était tolorée sans avoir Jamais été autorisée. L' & autorisation royale » allait faire de cette industrie libre un monopole.

(1) Les mêmes chiffres sont donnés par Belvalette et Quesnay dans leur rapport à l'Exposition de 1858.

2) Le terme « fiacre » pour désigner le conducteur a été très peu employé. Il à été remplacé très vite par celui de « cocher », qui rappelle le nom de « coche » donné à la plupart des voitures servant au transport du public sous les règnes de Louis XIV et Louis XV.

Ce fut un bourgeois de Paris, nommé Charles Villerme, qui obtint la première autorisation; il payait 15.000 livres (1) au trésor royal, par contre il pouvait € fournir {uy seul dans la ville et faux- « bourgs et vicomté de Paris, de grandes et peti- « tes carrioles de loüage et de traverses attelez « d’un, deux ou trois chevaux, selon le besoin € qu’on en aura, à l'instar des carrosses de loüage « et de traverse qui y sont établis, comme aussi « de fournir des litières et brancars de loüage, le « tout pour la commodité publique et soulage- « ment des Bourgeois, Marchands, Habitants « d’icelle et autres, même des personnes ancien- « nes, infirmes et malades, afin de pouvoir vac- -« quer et aller commodément à leurs affaires « de commerce, même en leurs Maisons des « champs et ailleurs (2) ».

Toutefois, comme nous le disions au début de ce chapitre, la Royauté, pressée par des besoins d'argent perpétuels, devait accorder bientôt privilège sur privilège (3).

Malgré les termes précis de l'autorisation :

« Charles Villerme pouvait {ay seul fournir des voitures », Louis XIV, au mois de mai 1657 (4),

(1) A. pe Fovizre. Les moyens de transport, chap. 1x, € La circulation dans les villes », page 169.

(2) Lettres patentes du 5 mars 1650. Collection [samBERT, t. XXVIT, p202, D 159;

(3) Nous essayons dans les pages qui suivent d’en retracer brièvement les différentes phases, renvoyant au surplus le lecteur à un tableau chronologique d’ensemble, à la fin du chapitre, page 64.

(4) Collection Isaugerr, t. XXVII, n° 308, et BLANCHARD Guillaume, Compilation chronologique des ordonnances des rois de France, Paris, 1715, p. 352.

cède par lettres patentes, à l’un de ses écuyers, le sieur de Givry, le privilège d'établir & dans les « carrefours, lieux publics et commodes de la « ville et fauxbourgs de Paris tel nombre de car- « rosses, calèches et chariots attelez de deux che- «vaux chacun, qu’il jugera à propos, pour être «€ exposez depuis les sept heures du matin jusqu’à « sept heures du soir dans lesdits carrefours, lieux « publics et commodes, et être louéz à ceux qui «en auront besoin soit par heure, demie heure, « journée, demie journée ou autrement, à la vo- « lonté de ceux qui s’en voudront servir, pour être « menez d’un lieu à autre où leurs affaires les ap- « pelleront, tant dans la ville et fauxbourgs de « Paris qu’à quatre et cinq lieues des environs « d'icelle, soit pour les promenades des Parti- « culiers, ou pour ailer à leurs Maisons de cam- « pagne. »

Mais le sieur de Givry, soit par incompétence, soit faute de capitaux, ne put arriver à exploiter seul son monopole. Il réussit, en décembre 1664, à obtenir de nouvelles lettres patentes et s’associa : la première partie de ces lettres reproduisait celle des lettres de 1657, mais elles se terminaient ainsi : €... pour jouir dudit Privilège par ledit « sieur de Givry, ses successeurs et ayans cause, « pleinement, paisiblement et perpétuellement, luy € permettant aussi d'associer avec luy qui bon « luy semblera..…., »

Par un contrat du 25 février 1665, il s’associait lies sieurs François et Pierre de Francini, qui allaient faire prospérer l’entreprise.

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