‹ Les Voitures de Place: Étude de la Réglementation Parisienne de la CirculationChapitre 14 sur 70 · ONE · texte numérisé non relu

ONE

sur les places étaient exposées très régulièrement les voitures des propriétaires du privilège, prises à ferme par les anciens loueurs. Mais, aussitôt qu'ils avaient « chargé » (1), ils conduisaient ces voyageurs dans leurs maisons, les faisaient monter dans leurs carrosses personnels, renvoyaient aussitôt la voiture äes « Privilégiés » à sa place de stationnement, et effectuaient des courses dont ils touchaient le montant au détriment de l’association privilégiée (2). Il fallut un nouvel arrêt du Parlement (3) avec menace de confiscation des chevaux et voitures et d’une amende de 1.500 livres, pour empêcher ces pratiques frauduleuses.

Les anciens loueurs n’eurent plus que l’autorisation de location à la journée, à la demi-journée et au mois : ce fut là l’origine des voitures « de remise », ainsi appelées parce qu'ellesétaient sous remise en dehors du service, et que le stationnement sur les places était désormais uniquement réservé aux voitures de place.

A la fin du xvrre siècle, le tableau des moyens de transport peut donc s'établir ainsi :

1° L'entreprise des voitures de la Cour des sieurs de Beauvais et du Fresnoy.

20 L'entreprise générale des sieurs de Givry et

(1) Terme de métier encore habituel aujourd’hui et déjà employé au xvi* siècle, exprimant que les voyageurs sont montés dans les voitures.

(2) Mémoire instructif pour les loueurs de carrosses et de voitures de la ville et fauxbourgs de Paris, demandeurs, afin d’être ériges en corps et communauté, Paris, juillet 1560. — BARBERET, Ouvr. Cité, p. 210.

G) Arrêt du Parlement du 22 août 1673.

consorts qui avaient racheté, en avril 1654, le privilège toujours en vigueur de Charles Villerme, et, en 1691, le privilège du duc de Rouanès dans les carrosses à cinq sols (1).

3° Des voitures de remise en assez grand nombre(2):

4° Des chaises roulantes et des chaises à porteurs qui vont disparaitre progressivement et dont on ne trouvera presque plus de traces au moment de la Révolution de 1789.

Ces moyens de transport, quoique nombreux, ne paraissent pas avoir satisfait les contemporains qui nous ont laissé leurs impressions. D’après leurs mémoires, les cochers étaient à cette époque une corporation peu recommandable (3) ; les chevaux (4), les voitures de place (5) et les

() On ignore la date exacte de la disparition des carrosses à 5 sols qui avaient été lancés, au milieu de la curiosité et de l'enthousiasme général, le 21 mars 1662. On en trouve une description très complète dans une lettre de Me Périer (sœur de Pascal, leur inventeur) à Arnaud de Pomponne. Crtte lettre est rapportée en entier dans le Bulletin archéologique le Vieux Papier, aux fascicules 48 et 49. (Encore ici, il faut observer que les carrosses à 5 sols sont des voitures à itinéraire fixe et par conséquent ne peuvent entrer dans une étude sur les voitures de place).

(2) Les adresses nombreuses des loueurs de voitures de remises à cette époque sont énumérées dans une brochure intitulée : Livre commode des adresses pour 1692. On les trouve également dans le Voyageur fidèle, 1716. Bibl. Nationale, p. 340 et 345.

(3) « Les cochers sont si brutaux, ils ont la voix si enrouée, si effroyable, et le claquement continuel de leurs fouets augmente le bruit d’une façon si sensible qu’il semble que toutes les furies soient en mouvement pour faire de Paris un enfer ». Lettre écrite par un Sicilien à l’un de ses amis (attribuée à Saint-Evremond), 16 août 1692.

(4) Le même auteur dit plus loin : & Il y a ici un nombre infini de carrosses de louage qui ne sont faits que pour tuer les vivants; les chevaux qui les tirent mangent en marchant, comme ceux qui menoient Sénèque à la campagne, tant ils sont maigres et décharnez... »

(5) « Outre les voitures des gens riches, il y a ici des voitures de remise qu’on loue au mois; elles sont bien dorées, ont de bons chevaux et des

chaises (r) étaient dans un état déplorable : seules, les voitures de remise (2) semblent avoir été convenables.

Néanmoins, l'exploitation de toutes ces voilures se continuera sans grands changements pendant tout le xvur° siècle.

Page 1