I. La circulation à droite
« Le conducteur d’un véhicule quelconque doit, toutes les fois qu’il n’y a pas d’obstacles, prendre la partie de la chaussée qui se trouve à sa droite, alors même que le milieu de la chaussée est libre.
« Aussitôt que l'obstacle qui l’a forcé à dévier à gauche est dépassé, il doit reprendre sa droite.
« Dans tous les cas, les conducteurs doivent doubler à gauche toutes les voitures, excepté les tramways, qui doivent être doublés à droite lorsque les voies de tramways occupent le centre de la chaussée (1). »
Ainsi la circulation à Paris et en France se fait droite (2).
Le sens de la circulation n’est pas le même
dans tous les autres pays d'Europe.
Elle se fait à droite :
En Allemagne (pour les trains également); en
Autriche, pour la Carinthie, le Tyrol et Küstenland
(mais avec la circulation à gauche dans toutes les
utres régions) ; en Belgique, en Danemark, en
Espagne ; en Italie, sauf de nombreuses excep-
(1) Ordonnance de police du 10 juillet 1900, article 4. (2) Sauf sur les chemins de fer où, chacun le sait, la cireulation se fait à
gauche.
se
tions pour les villes de Gênes, Milan, Parme, Rome, Turin, où l'on croise à gauche et dépasse à droite ; dans le grand duché de Luxembourg ; dans les Pays-Bas ; en Suisse.
Elle se fait au, contraire, à gauche :
Dans les villes d'Italie et les régions d'Autriche précédemment citées, en Angleterre et au Portugal.
Quelle est la meilleure solution ? Depuis quelques années, on propose d'établir la circulation à gauche, qui présente, de l’avis de ses partisans, de nombreux avantages. Au contraire, en Autriche, dans les régions où la circulation est à gauche, on songe à la ramener à droite. D'où viennent ces divergences ?
M. Louis Barthou, alors ministre des Travaux publics, déposait sur cette question un rapport en date du 28 mai 1909 et instituait, par un décret du 1* juin 1909 (Journal ofiiciel, 6 juin), une commission chargée d'élaborer un « Code de la Route ».
Après deux ans de travaux et d'enquête, cette commission vient de déposer un projet de Code de la Route et conclut nettement à l'adoption de la circulation à gauche (1).
(1) A la séance de clôture de la conférence internationale des automobiles, M. Millerand, ministre des Travaux publics, a terminé sur ces mots : «J'espère qu’un jour viendra où, sur les routes de France, nous « verrons, comme sur toutes celles d'Angleterre, des écriteaux portant « l'indication : « Keep to the left ».
(Ces renseignements sur la circulation à droite ou à gauche nous ontété communiqués par l’'Automobile-Club de France, section du tourisme).
Avec la circulation à gauche, les conducteurs auraient toujours leur véhicule ou leur monture entre eux et la route libre et seraient, par conséquent, beaucoup mieux protégés qu'avec la circulation à droite; celle-ci nécessite leur présence sur le point le plus dangereux de la route, celui du croisement ou du dépassement.
Ce projet de Code de la Route, avec circulation à gauche, bien qu'’officieux encore, a déjà provoqué de très vives protestations. M. le président de la France hippique signale par exemple la difficulté pour le conducteur à pied « d'attirer » à lui son attelage (circulation à gauche). I] lui est beaucoup plus facile de le faire « appuyer » (circulation à droite). Avec la cireulation à gauche, si l’attelage prend peur, il se rejettera violemment du côté opposé à la voiture qui passe (c’est-à-dire du côté gauche), par conséquent écrasera infailliblement son conducteur placé à gauche.
Les fonctionnaires de la Préfecture de police ne sont pas moins opposés à tout changement du sens de la circulation. Ils déclarent que :
1° On ne peut changer les habitudes séculaires des hommes et des animaux sans s’exposer aux plus graves accidents ;
2° La sécurité relative de la circulation chaotique actuelle est préférable au danger constant de cette circulation rationnelle ;
3° La charretier placé à gauche et circulant à gauche n'ayant plus rien à craindre de ce côté ne fera pas appuyer sa voiture à gauche; au con-
traire, avec la circulation à droite, sa sécurité personnelle l’oblige à pousser sa voiture vers la droite ;
4° Enfin, en Angieterre, où la circulation à gauche est la règle, il y a une énorme proportion de tués dans les accidents.
Ce dernier argument n'est pas très probant, d'autant plus que le pourcentage des accidents ne peut être établi pour Londres et Paris, les statistiques exactes du nombre des voitures faisant défaut (1).
La discussion reste ouverte. À notre avis, il semble difficile de faire entrer en vigueur le principe de la circulation à gauche sans une longue période d'essais pendant laquelle le nombre des accidents sera vraisemblablement très élevé,