‹ Les Voitures de Place: Étude de la Réglementation Parisienne de la CirculationChapitre 9 sur 70 · SS · texte numérisé non relu

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allaient indistinctement à cheval, en croupe derrière un écuyer, ou en litière (1).

On ne trouve plus de traces des voitures jusqu’à la fin du xur° siècle.

A ce moment, leur multiplication est si rapide à Paris, que Philippe le Bel rend, en 1294, une « ordonnance contre les superfluités » dont l’article 1 était ainsi conçu : « Nulle bourgeoise n’aura char ». Le roi se réservait donc l’usage ou tout au moins le droit d'autoriser les voitures destinées au transport des personnes.

Nous disons : « destinées au transport des personnes », car sous le règne de Charles V (2), s’il faut en croire Christine de Pisan, il circulait dans Paris un nombre considérable (3) de charrettes.

Même aux xiv° et xv° siècles, les chars et les litières étaient encore très peu nombreux ; avec François [* apparurent les premiers carrosses (4) au nombre de trois. Le premier appartenait à la reine Catherine de Médicis, le second à Diane,

() Cf. journal La Nature, n° du 2 juillet 1889. Reproduction et description d’une litière ayant appartenu à Vauban.

(3) Christine de Pisan rapporte qu’à cette époque le comte de Tancarville étant resté longtemps sans venir auprès du roi parce que, disait-il, l'air de Paris l'avait rendu malade et qu'il préférait rester chasser à Fontainebleau, le roi répondit au messager : « Assurément, il y a une meilleure raison ; le comte ne voit pas très clair et l’on rencontre à Paris beaucoup de charrettes : il est bon de s’en garder ». Christine de Pisan continue en ces termes : « À propoz de quoy vint le commun mot : Gardez-vous des charrettes ».

(4) L'auteur des Tablettes chronologiques de l'Histoire ancienne (p. 333- 334), prétend que le char de Ladislas fut le premier carrosse qui parut en France, que Vienne vit le premier carrosse en 1505 et Londres en 1580.

fille légitimée de Henri IL, et la femme de François de Montmorency, qui s’en servit pour la première fois le 6 avril 1540; le troisième à Jean de Laval, seigneur de Bois Dauphin, que son embonpoint empêchait de monter à cheval et que le roi autorisa à se servir d’un carrosse.

Puis les autorisations d’avoir carrosse se multiplièrent à tel point que, lors de l’enregistrement des lettres patentes de Charles IX (1563) pour la réformation du luxe, la cour décida que « le Roi serait supplié de défendre les coches par la ville ».

Cependant, malgré les efforts de Charles IX, malgré ceux du Parlement, malgré les critiques d’un certain abbé Gedoyn (1), malgré l’état lamentable de la voie publique (2), l'usage des car-

(:) L'abbé Gedoyn déplore amèrement la multiplicité des carrosses qu’il considère comme une des principales causes de la décadence des lettres, par la facilité qu’elle apporte à la dissipation. — M. Casrez, abbé de St- Pierre et membre de l’Académie Française, dans ses Annales Politiques, Londres 1968, t. I, p. 91-72, adopte les idées de l'abbé Gedoyn. « Les voitures, dit-il, ont servi à augmenter le luxe et la mollesse; or, ces commodités nouvelles ont contribué à diminuer la force et la santé par la diminution de l'exercice du corps ».

(2). Dans une note ci-dessus, note 1 page 29, nous avons parlé du pavage. Mais l'éclairage était aussi défectueux. L'idée si simple d’allumer des lanternes pour éclairer la voie publique est relativement moderne. Au début du xvr: siècle, dès qu’un danger quelconque semblait menacer Paris, on tächait d'augmenter la sécurité nocturne en obligeant chacun des habitants à mettre de la lumière sur sa fenêtre : Décret du Parlement de Paris du 7 mars 1525 à l'annonce de la défaite de Pavie « les lanternes et lumières qui avaient été ordonnées être mises en cette dicte ville seront remises ». Ce décret était d’ailleurs fort mal observé puisque le Parlement le renouvelle le 24 octobre de la même année. L'année suivante (16 nov. 1526) le prévôt des marchands adresse une nouvelle demande: seconde intervention de Henri II (28 sept. 1553), qui édicte que le lieutenant criminel sera tenu de faire mettre « lanternes et chandelles ardentes aux fenêtres des maisons ». Après un essai plus sérieux en 1558 (arrêt du Par-

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rosses s’imposait de plus en plus. Henri IV autorisa d’abord les femmes à s’en servir, puis les hommes mariés, ensuite les vieillards, et enfin tous ceux que quelque infirmité empéchait de monter à cheval (1).

Le luxe des carrosses avait augmenté dans d'incroyables proportions. Aussi, comme Philippe le Bel qui avait voulu, en 1294, réserver pour lui seul l'usage des chars, Louis XIII donna une égale preuve de vanité en défendant l'emploi de carrosses dorés pour d’autres personnes que celles de sa cour, sous menace pour les constructeurs de peines énormes (2).

lement du 29 octobre), qui consista à placer au coin des rues, suspendus à des potences, de grands paniers de fer remplis de résine et d’étoupe, il se passe plus d’un siècle pendant lequel Paris n’est plus éclairé la nuit. Avec la Ligue, sous le règne de Henri [V, sous la Régence, sous Louis XIII pendant la Fronde, on marche à l’aveuglette. C'est l’époque où l'abbé napolitain Laudati Caraffa cherche à exploiter cette situation en obtenant le privilège d’établir des porte-lanternes qui, moyennant un tarif fixe et payable d'avance, escortent et éclairent les promeneurs nocturnes. (Lettres royalés de mars 1662).

La sécurité très relative de l’époque nous est indiquée par MM. de Villiers. On lit en effet dans le Journal d'un voyage à Paris en 1659-1658, p. 65-66 : « Le 6 février 1657, nous fismes apres le souper mettre les chevaux aux deux carosses et nous donnasmes aux laquais des pistolets et des mousquetons pour nous escorter... Nous nous retirasmes sur les quatre heures du matin, sans avoir fait aucune mauvaise rencontre ». Cf. M. Du Camp, Parist. V., page 267.

(1) Sous prétexte de maladie, le duc d'Epernon entra le premier en carrosse dans la cour du Louvre en 1607. Ce même droit fut accordé ensuite comme une distinction par Henri IV au duc de Sully.

(2) La déclaration du 16 avril 1634 s'exprime ainsi : € Il fait aussi défense à tous carossiers de faire, vendre, ni débiter.. aucuns carrosses ou litières, brodez d’or, d'argent ou de soye. leur défend pareillement de faire dorer les bois des carosses et litières; à peine contre les carossiers et autres ouvriers contrevenans de 500 livres d'amende, de confiscation, d’être déclarez infâmes et bannis pour cinq ans du ressort du Parlement, sans pouvoir jamais exercer aucun métier...»

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Telle était la situation générale en France au moment de l'apparition des premiers véhicules de louage.

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