‹ Les voix champêtres [microforme]Chapitre 10 sur 15 · LES OIES · texte numérisé non relu

LES OIES

En balançant leur corps oblong Sur leurs pattes jaunes et basses, Elles tiennent haut leur cou long,

Car elles sont blanches ct grasses,

De soi, de son sort et du vent, Sans doute chacune est ravie:

Le gros jars, qui marche devant,

Porte une mine à faire envie.

Il crie à tous, massif et fat,

Sans que rien ne le contredise,

Avec son calme et son bec plat :

Le bonheur est dans la bêtise,

Montréal, 2 février 1911.

PETITS MOUTOXS

PETITS MOUTONS

Petits moutons à douce laine,

Dont la rivière est l'abreuvoir,

Qui tondez l'herbe de la plaine,

Petits moutons jolis à voir;

PETITS MOUTONS

Vous qui ravissiez notre enfance Avec vos plaintifs hélesuents:

L'innocence aime l’innocence :

Petits moutons crépus et blancs,

Qui fuviez notre caresse, C'ar sans raison vous aviez peur, Qui, bondissant plus loin sans cesse,

Nous regardiez avec stupeur:

L'un de vous saisi: quelle joie!

On nous l’amenait: quel transport!

Votre œil de tristesse se noie:

Que reprochez-vous done au sort ?

PETITS MOUTONS

Vivant une existeuce sage, Vous avez tout pour être heureux, Libres ainsi que le nuage

Qui vagabonde dans les cieux.

Vous avez de l'herbe fleurie, Vous en mangez à votre faim, Vous avez une bergerie

Où le soir vous ramènc enfin.

Et, cependant que le jour baisse,

Vous dormez là bien mieux que nous,

Enfouis dans la paille épaisse

Où vous vous mettez à genoux.

Montréal, 26 novembre 1910.

LES MARGUERITES 1

LES MARGUERITES

Ici, partout, encore, encor, Grandes, moyennes ou petites,

Les marguerites au cœur d'or!

Les champs sont pleins de marguerites.

LES MARGUERITES

Sous le ciel bleu, pâle vitrail, Leurs corolles, à tous offertes, Paraissent des joyaux d’émail

Dans le velours des herbes vertes.

Blanche bordure du chemin, Atour virginal de la rive, Il suffit de tendre la main

Pour tenir leur beauté captive.

Elles baignent dans le soleil

Leur front avide de lumière,

Car il fait un jour sans pareil,

Où brille la nature entière.

LES MARGUERITES

Leur parfum flotte sous l’azur, Plus discret que tout autre arôme, Et c’est comme le souffle pur

De leurs lèvres qui nous embaume.

Dans la clarté de ce beau jour Le poëte tendre les cueille; Pour avoir l’oracle d’amour,

La jeune fille les effeuille.

Au sein de leur peuple charmant,

Avec une mine farouche,

Quelques bœufs paissent lentement,

En remuant leur grosse bouche.

LES MARGUERITES

Leur front sous lequel il fait noir — Nuit triste, aux invincibles voiles —

Les empêche d'apercevoir

Qu'ils foulent aux pieds des étoiles.

Montréal, 50 décembre 1910,

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