‹ Les voix champêtres [microforme]Chapitre 11 sur 15 · PLAISIRS CHAMPÊTRES · texte numérisé non relu

PLAISIRS CHAMPÊTRES

Sur l'étroite rivière assoupie au soleil, Au courant si limpide, où sans bruit l'on dérive, Pour grappin Y plongeant deux pierres de la rive,

Des heures, je pêchais, en un demi-sommeil,

L'onde scintillait comme un ruban de vermeil, Au bord sans ombre, un vol noir d'étourneaux arrive, Se pose dans les jones inelinés vers l'eau vive:

Une alouette, ici, peureuse, est en éveil.

PLAISIRS CHAMLPÊTRES

Je la voyais courir sur le sable ou dans l'herbe: D’une toute de jones faisant comme une gerbe,

Lente, la poule d'eau glissait paisiblement.

Le]

Au retour, je cruriais, avec sa souple tige,

Dans les derniers rayons où l'insecte voltige,

La fleur du nénuphar sur sa feuille dormant.

Montréal, juin 1906.

LE PETIT PONT 57

TE

LE PETIT PONT

Rouge, le petit pont est bas sur la rivière ;

L'onde glisse au-dessous,

contourne chaque pierre Des

berges, s’insinue et stagne entre les jones,

Où Ja grenouille fait le Lruit de ses plongeons. i e

LE PETIT PONT

On voit, du tablier, naviguer la sarcelle,

Au loin, sur l'eau qu'un vent subit parfois morcelle, Ou sortir des roseaux, pesamment, un héron.

On entend le tolet crier et l'aviron

Grincer, lorsqu'un canot, plissant l'eau brune, passe: Un vol de moineaux fuit, piaillant dans l'espace, Et le nénuphar jaune et le nénuphar bianc

Sur les rides du flot oscillent brusquement.

— L'été, le petit pont offre à l'esquif son ombre:

Quand on bouge, sous soi, clapote alors l'eau sombre, Pour que n'aille pas en dérive le canot,

On se retient des mains aux poutres de là-haut, D'où, lorsqu'un paysan conduit sa poulinière,

Le trot du cheval fait tomber de la poussière.

Montréal, 13 septembre 1910.

Lorsqu'on rentrait, la joue en fièvre,

D'une course vers l'horizon, Chacun allait tremper sa lèvre

Dans l'eau fraîche de la maison,

Toute limpide dans le verre,

Cette eau brillante aux reflets bleus,

Malgré le temps passé sous terre,

Avait encor le goût des cieux.

Montréal, 15 septembre 1910.

L'ORAGE 61

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L'ORAGE

Des nuages, couleur de suie,

Glissaient aux cieux, épais rideaux,

Et, sur le toit, tombait la pluie, Crépitante sur les bardeaux.

Assis auprès de la fenêtre, Je regardais dehors, muet ; Comme si la nuit allait naître,

La lumière diminuait ;

Tant, qu'en plein jour, — spectacle étrange —

Il faisait soudain presque noir:

Des poules fuvaient vers la grange;

Quelqu'un courait sur le trottoir,

Sous le bruit grave du tonnerre, J'appuyais aux vitres mon f nt; Dans des mares luisant à terre

Des gouttes d’eau dansaient en rond.

L'ORAGE

J'écoutais siffler la rafale, Je voyais les branches ploycr; Un déluge sans intervalle

Paraissait devoir tout nover.

Parfois, un vert rameau se casse

Et roule au vent sur le gazon.

De coups plus durs tremblait l'espace :

On se signait dans la maison.

On allait prendre l'eau bénite Dans le creux du bénitier blanc, Et l’on mettait sur soi bien vite

Un brin de palme jaunissant.

L'ORAGE

Toujours la foudre faisait rage ; Le vent arrachait un volet:

Alors, dans l'ombre de l'orage,

On récitait le chapelet.

Bien qu'ayant l'âme remuée

À chaque roulement dans l’air,

Moi, je suivais, dans la nuée,

Le zigzag brillant de l'éclair.

Montréal, 14 janvier 1911.

Dans l’île verte sous la pluie, D'où la corneille prend son vol,

Une vache, seule, s'ennuie,

Les quatre pieds rivés au sol.

Le regard fixe devant elle, A travers l’humide rideau, Les flancs luisants, — l’onde y ruisselle —

Des frissons courent sur Sa peau.

Auprès, une maison de brique, Etable blanche, orme hautain;

Frôlant le bord mélancolique,

Un vapeur fuit vers le lointain.

Montréal, 186 avril 1911.

CRÉPUSCULE ————

CREPUSCULE

Souvent, sur le talus, en face de la grève,

J’ai respiré l’air frais, l'air du jour qui s'achève.

L’alouctte scerutait, jetant de petits cris,

Le bord ourlé d’écume au contact des flots

CRÉPUSCULE

Soudain, dans l’onde trouble, où s'éteint la lumière,

Un bleu martin-pêcheur tombait comme une pierre.

Le soleil, rouge vif, effleurait l'horizon.

Sur Je poli de l'eau courait un bref frisson...

Et l'on voyait, fluide, au lointain, la montagne.

L'air, de ses tons légers, nuançait la campagne.

Puis, le globe de feu disparu de l’azur,

Tout devenait plus triste en étant plus obscur.

Montréal, 8 décembre 1908.

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