‹ Les voix de Jeanne d'ArcChapitre 30 sur 57 · JEANNE LA HIRE · texte numérisé non relu

JEANNE LA HIRE

De demain.

Allons donc ! vous riez» vous la rude guerrière,

Qui nous criait « Marchez » et marchait la première, Je vous vois agitée et pâle sans raison.

JEANNE

Je ne crains pas la Mort, je crains la Trahison.

LA HIRE

C’est devant ce portail dont un soir de féérie Fait chanter la dentelle avec l’orfèvrerie,

C’est quand vous triomphez, c’est lorsque les jaloux Sur un signe du Roi, s’inclinent devant vous.

C’est quand râle à vos pieds l’Anglais que Dieu condamne. Quand vous êtes la grande et noble et Sainte Jeanne, Que tout semble s’unir pour vous auréoler.

C’est alors, Ventre-Dieu !

JEANNE

Que tu me vois trembler...

Tu blasphèmes La Hire et soupçonnes à peine Ce que je suis.

LA HIRE

Pardieu ! Vous êtes surhumaine.

JEANNE

Non ! je ne le suis plus, je suis, ô mon ami.

Ce que j’étais toute petite à Domrémy.

LA HIRE

Mortdiable ! vous avez grandi !

JEANNE

Mais non ! La Hire,

La bergère renaît et la guerrière expire.

C’est vrai. Dieu m’avait prise ; il avait fait de moi Le chant de votre espoir, le cri de votre foi.

L’âme de la bataille et le cœur de la foule.

Dieu va se retirer ; le miracle s’écroule.

Et ce qu’il avait mis d’auréole à mon front.

Je le passe aux soldats qui me continueront !

LA HIRE

Voyons ! ce n’est pas vrai, je fais un mauvais rêve...

JEANNE

Oh ! la sensation d’un rêve qui s’achève,

Lutter quand même sans génie et sans espoir,

Hésiter, tâtonner, chercher au lieu d’y voir,

N’être plus qu’une femme, une femme de guerre.

Je ne veux pas !

LA HIRE

On vient... Un paysan...

{Jacques d' Arc apparaît dans le fond ayant Vair de chercher quelqu'un)

Mon père !

[La Hire se relire. Jacques d'Arc, comme ébloui, a Vair de parler à un interlocuteur invisible]

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