JEANNE LA HIRE
De demain.
Allons donc ! vous riez» vous la rude guerrière,
Qui nous criait « Marchez » et marchait la première, Je vous vois agitée et pâle sans raison.
JEANNE
Je ne crains pas la Mort, je crains la Trahison.
LA HIRE
C’est devant ce portail dont un soir de féérie Fait chanter la dentelle avec l’orfèvrerie,
C’est quand vous triomphez, c’est lorsque les jaloux Sur un signe du Roi, s’inclinent devant vous.
C’est quand râle à vos pieds l’Anglais que Dieu condamne. Quand vous êtes la grande et noble et Sainte Jeanne, Que tout semble s’unir pour vous auréoler.
C’est alors, Ventre-Dieu !
JEANNE
Que tu me vois trembler...
Tu blasphèmes La Hire et soupçonnes à peine Ce que je suis.
LA HIRE
Pardieu ! Vous êtes surhumaine.
JEANNE
Non ! je ne le suis plus, je suis, ô mon ami.
Ce que j’étais toute petite à Domrémy.
LA HIRE
Mortdiable ! vous avez grandi !
JEANNE
Mais non ! La Hire,
La bergère renaît et la guerrière expire.
C’est vrai. Dieu m’avait prise ; il avait fait de moi Le chant de votre espoir, le cri de votre foi.
L’âme de la bataille et le cœur de la foule.
Dieu va se retirer ; le miracle s’écroule.
Et ce qu’il avait mis d’auréole à mon front.
Je le passe aux soldats qui me continueront !
LA HIRE
Voyons ! ce n’est pas vrai, je fais un mauvais rêve...
JEANNE
Oh ! la sensation d’un rêve qui s’achève,
Lutter quand même sans génie et sans espoir,
Hésiter, tâtonner, chercher au lieu d’y voir,
N’être plus qu’une femme, une femme de guerre.
Je ne veux pas !
LA HIRE
On vient... Un paysan...
{Jacques d' Arc apparaît dans le fond ayant Vair de chercher quelqu'un)
Mon père !
[La Hire se relire. Jacques d'Arc, comme ébloui, a Vair de parler à un interlocuteur invisible]