LES MÊMES, CAUCHON, MASSIEU LOYSELEUR
' C’est fait.
CAUCHON (incrédule)
Non?
LOYSELEUR
Si.
(Caiichoii s'avance vers Jeanne suivi du greffier Massieu) JEANNE
Eux encore ? Pourquoi ?
CAUCHON (à Logseleur avec une feinte sévérité)
Que faites-vous ici ?
LOYSELEUR
Près d’elle j’exerçais mon divin ministère,
Et le Ciel a permis qu’il lui fût salutaire;
Dussé-je m’exposer à votre inimitié,
J’ose vous demander de la prendre en pitié.
JEANNE
Merci, mon Père.
CAUCHON (avec une gravité compatissante)
Enfin, vous avez compris, Jeanne, Que le repentir sauve
MASSIEU (à part en regardant Cauchon et Loyseleurj
Et le mensonge damne.
CAUCHON
Je pourrai vous soustraire au moins au feu. Greffier, (il lui remet la pièce que Loyseleiir a fait signer à Jeanne) Ayez soin d’ajouter cette pièce au dossier.
MASSIEU
Suivant la loi, je dois relire à la coupable Ses déclarations.
LOYSELEUR (has à Massieu)
Silence ! misérable !
JEANNE (qui a deviné le piège)
Liscz-moi ce que j’ai signé.
LOYSELEUR (affolé)
Non !
JEANNE (froidement)
Non î Pourquoi ?
LOYSELEUR
Jeanne, n’avez-vous plus de confiance en moi ?
JEANNE
Je comprends,
(à Cauchon montrant Loyseleur)
L’espion était votre complice.
LOYSELEUR
Moi, qui pour vous défendre ai risqué le supplice.
JEANNE {lentement avec mépris)
C’est peut-être une loi de la haine ici-bas Qu’à côté de Gaïphe il faille voir Judas.
Jusqu’à la mort, je la crierai votre imposture.
Hérétique !
CAUCHON (avec fureur) LOYSELEUR
Relapse !
CAUCHON
Apostate !
LOYSELEUR
Parjure î
CAUCHON
La torture bientôt te fera repentir.
JEANNE
La torture jamais ne me fera mentir.
Vous ne me pouvez rien si mes Voix sont divines.
CAUCHON
On t’a prouvé que non, mais puisque tu t’obstines, Nous, nous t’abandonnons. Demain au Vieux Marché, On verra si les saints éteindront ton bûcher.
Je ne sais pas.
CAUCHON
Devant le feu, que tu redoutes.
Tu n’es déjà plus tant arrogante. Tu doutes.
Tu doutes, n’est-ce pas ?
JEANNE (les yeux au ciel)
Dieu ! j’en appelle à vous !
CAUCHON (lui serrant les poignets)
Un doute ! un simple doute, et c’est assez pour nous.
JEANNE
Mais c’est bien trop pour moi.