PSAUME DE LA FORÊT
Quelquefois on entend une plainte très douce :
On croit que c’est le bruit d’un ruisseau sur la mousse, Que c’est de la fraîcheur coulant sur du printemps.
Si c’était le sanglot d’une très jeune veuve
(Jui rentra seule un soir dans sa maison trop neuve,
Si c’était ce sanglot... la plainte que j’entends !
On frissonne. Et l’on croit que la brise murmure Sa romance, en touchant le clavier des ramures.
Et c’est comme un soupir où naufrage une voix,
Le soupir du soldat qui pour mourir réclame Le père absent, le prêtre loin, la pauvre femme Dont les chants maternels l’endormaient autrefois.
La tempête qui gronde, est-ce bien la rafale ?
N’est-ce point la clameur de mon pays qui râle Et tend vers un Dieu sourd ses deux bras grelottants ?
Est-ce le désespoir des nations finies.
Dont la fureur de Dieu prolonge l’agonie ?
Est-ce du désespoir, la plainte que j’entends ?
(Les jeunes filles paraissent émues, surtout Mengette)
LE VIEILLARD (à Meugelle)
Vous ne souriez plus, gentille pastourelle ?
(à toutes]
Allons, laissez-nous seuls... J’ai mon secret pour elle.
JEANNE (confiant les réfugiés à sa sœur)
Aies-en soin.