‹ Les voix de l'avenir dans le présent et dans le passé, ou, les Oracles et les somnambules comparésChapitre 5 sur 11 · MÉDECINE MAGNÉTIQUE · texte numérisé non relu

MÉDECINE MAGNÉTIQUE

SoM-MAiRE. — Le Magnétisme et la Médecine. — Diagnostic des maladies fendant l'état somnambulique. — Effets de la routine. — Une médecine nouvelle.

Faut-il s’étonner si les maladies régnent dans la ville depuis si longtemps, puisque Esculape et les autres oracles ont abandonné les hommes?

Porphyre.

Nous venons d’établir que, dans l’antiquité, le magnétisme se trouvait souvent uni à la médecine, et, comme tel, exercé dans les temples païens. Voyons maintenant quels étaient alors et quels seraient encore de nos jours les résultats de cette union.

Le magnétisme doit être considéré à deux points de vue différents ; comme moyen curatif, et comme puissance qui, employée auxiliairement , produit un état d’exaltation intellectuelle, pendant lequel, le sujet expérimenté jouit de facultés extraardinaires , état vulgairement nommé sommeil somnambulique.

Le fluide magnétique, proprement dit, est l’électricité animalisée, ou produite par ime pile qu’on nomme le cerveau humain; il diffère de l’électricité qui prend naissance par la réunion de corps inorganiques, en ce qu’il est le produit d’une batterie vivante et intelligente, et il acquiert ainsi une puissance nouvelle ou modifie celle de l’électricité terrestre.

Si, par un moyen quelconque; l’électricité est soustraite des corps inorganiques, leurs molécules se désagrègent, et ils cessent d’être. De même lorsque l’électricité vitale est enlevée à l’homme, il meurt.

L’électricité animale ou le fluide magnétique, doit donc être considéré comme la vie, ou comme le principe d’existence.

Le partait équilibre de l’électricité animale et sa répartition libre aux organes, produisent la santé parfaite.

Magnétiser pour guérir, c’est secourir avec la surabondance de sa santé, de sa vie, la vie défaillante d’un être souffrant.

Le fluide magnétique est donc un puissant moyen thérapeutique; son applicalioii, si l’on peut s’exprimer ainsi, est utile dans presque toutes les maladies, soit pour l’accumuler chez les organisations appauvries, soit pour en rétablir l’équilibre dans les maladies inflammatoires.

Voici comment le docteur Gall définit le mode d action du tluide magnétique :

« Nous reconnaissons un fluide qui a surtout de l’affinité » avec le système nerveux, qui peut émaner d’un individu,

» passer dans un autre, et s’amasser en vertu de son affinité » particulière plutôt dans certaines parties que dans d autres, » dont la soustraction diminue la force des nerfs et dont l accu- » mutation V augmente ; qui met une partie du système ner- » veux en repos, et exalte l’autre.

» On doit[donc en général, considérer surtout ce fluide ma- » gnétique comme un très puissant stimulant des nerfs, qui » peut dans les maladies, produire un effet bienfaisant et qui, » comme les autres fluides est soumis à des lois particu- 1) hères (i). »

Tous n’adopteront pas les conclusions du savant phrénologue ; mais le peu d’espace, nous force à nous tenir à cette définition insuffisante.

Voilà quelle est l’action du fluide magnétique sur l’organisme humain, voilà quel rôle il doit jouer en thérapeutie. Si l’on considère maintenant le magnétisme comme moyen producteur du somnambulisme, on le verra dans la plénitude de sa puissance, on verra que si le pouvoir qu’il a sur la matière est grand, l’influence qu’il a sur l’intelligence, est immense, et l’on jugera, avec un profond penseur moderne (2), que « le magnétisme est la vie spiritualisée et l’in-

(1) Gall. Anatomie du cerveau, tome i, p. 146 à 148.

(2) M. Chardel, conseiller à la Cour de Cassation , Essai de Psychotogie physiotogique. Paris, Germer Baillière.

» termédiaire de Tâme, qui lui sert à l’exécution de ses actes. »

a De même » continue le Gall « que dans les rêves, les » pensées ont souvent plus de finesse, et les sensations plus de » vivacité, qu’on peut entendre et répondre, que dans le som- » nambulisme naturel on peut se lever, marcher, y voir les » yeux ouverts ou fermés, toucher avec les mains, etc. ; de » même aussi, nous convenons que des phénomènes sembla- » blés peuvent avoir lieu dans le somnambulisme magné- » tique, et même à un plus haut degré. »

Le docteur Gall eût pu dire, s’il n’avait fait cette profession de foi avec un sentiment de prudence très marqué, que le sujet somnambulisé voit à distance, au travers des corps opaques, et, quel que soit l’éloignement des objets ; qu’il peut, en concentrant ses facultés nouvelles, voir les évènements passés, juger des faits présents qui lui étaient inconnus à l’état de veille, et,|dans de certaines limites, percevoir l’avenir. Il eût dû ajouter, qu’il 'a la faculté de se mettre en rapport avec les personnes étrangères , et de les faire profiter de sa lucidité, principalement en ce qui concerne la santé, et c’est là le point sur lequel nous insisterons davantage , puisque c’est celui qui nous occupe exclusivement.

La plus grande partie des facultés somnambuliques que nous venons d’énumérer, et celles surtout qui concernent la médecine, ont été reconnues dans le rapport fait à l’Académie, par M. Husson, en 1831.

« Il n’est personne parmi vous, messieurs, dit le rappor- » teur à la savante compagnie, qui dans tout ce qu’on lui a » cité du Magnétisme, n’ait entendu paider de cette faculté » qu’ont certaines somnambules, non seulement de détermi- » ner le genre de maladie dont elles sont affectées, mais en- » core, le genre, la durée et l’issue des maladies des personnes n avec lesquelles on les met en rapport. Les trois observations » suivantes vous présenteront des exemples de cette intui- » tien ou prévision. »

Vient alors la relation de trois faits de lucidité somnambulique constatés par MM. les Membres de la Commission ; puis le rapport continue ;

<ï Les conclusions à tirer de ces longues et curieuses ob- » servations sont faciles; nous les établirons de la manière » suivante: Un malade qu’une médication rationnelle or-

» donnée par un des praticiens les plus distingués de la capi- » taie, n’a pu guérir de la paralysie, trouve sa guérison dans » l'emploi du magnétisme et dans l'exactitude avec laquelle on » suit le traitement prescrit en somnambtdisme. 2” Dans cet » état, les forces du Sujet sont considérablement augmentées. » 3® Il donne la preuve la plus irrécusable qu'il voit, les yeux » fermés ; 4“ Enfin il prévoit l’époque de la guérison, et cette » guérison arrive

» On peut donc croire avec certitude que lorsque l’état de » somnambulisme existe, il donne lieu au développement des » facultés nouvelles qui ont été désignées sous le nom de clair- » voyance, d'intuition, de prévision intérieure. »

Voilà donc la lucidité somnambulique définie et reconnue par la science ; voyons maintenant de quel secours peuvent être ces facultés pour la médecine moderne :

Veut-on guérir une maladie et attaquer la véritable cause désorganisatrice ? Avant de chercher le plus sûr moyen thérapeutique à employer , il faut que le médecin puisse s’appuyer sur un diagnostic exact, précis, certain, car, cela se conçoit aisément, si le praticien se trompe sur la nature ou le degré du mal, sur le tempérament ou l’orga- /lisation du malade, les remèdes indiqués ne seront pas appropriés, le traitement ne pourra avoir que des suites dangereuses, car, ne pas guérir, c’est aggraver le mal.

Or, les moyens de diagnostic qu’indique la science officielle sont-ils toujours exacts, certains? Sont-ils tellement précis, que le médecin ne puisse en les employant commettre aucune erreur? Nous ne le croyons pas. Ils sont généralement basés sur l’observation des phénomènes externes, qui sert à la déduction des désordres internes, et sur les déclarations du malade, et pour que ces moyens puissent être certains, il faudrait, ou quelesorganisationsdiverses ressentissent aumême degré et décrivissent de la môme manière, ou que l’organisme humain fût toujours un, toujours semblable, et qu’il n’existât aucune

nuance tranchée entre les individus, que l’homme fût une machine toute terrestre, dont on connaîtrait la construction et dont on réglerait les rouages, comme on fait à une pendule.

Mais comme aucune de ces hypothèses n’est admissible, il en résulte que les moyens de diagnostic employés par la médecine moderne, sont insuffisants, soit par eux-mêmes, soit par la difficulté de leur emploi et qu’ils doivent produire, et qu’ils produisent en effet, un grand nombre d’erreurs, dont nous pourrons citer mille exemples, si nous n’avions résolu de ne descendre jamais aux personnalités.

Toutes les sciences sont perfectibles, la science médicale l’est comme les autres, cependant dans une entreprise aussi grave que celle d’établir l’insuffisance ou l’imperfection de la médecine, des raisonnements ne peuvent suffire, nous le comprenons bien, il faut pour que l’affirmation ait quelque poids, qu’elle soit appuyée par la voix éloquente des faits; mais quel est celui d’entre vous, lecteurs, qui n'a présent à sa mémoire un nombre infini d’erreurs de la médecine? Combien d’affections vermineuses prises pour des affections nerveuses et vice versa, de névralgies prises pour des rhumatismes, d’hydropisies prises pour des grossesses, non sans grand scandale ? et qui ne comprend quels ont dû être les résultats désastreux de ces erreurs aux époques de grandes crises épidémiques?...

Nous ne voulons pas entrer plus avant dans un champ bien vaste, mais où il est besoin d’une grande prudence et d’une grande discrétion ; cependant il résulte de l’insuffisance des moyens de diagnostic, que l’art de guérir est un art hypothétique, essentiellement conjectural et tout-à-fait systématique.

Ce qui constitue un bon médecin est, du moins à notre avis, la réunion chez un même individu de deux qualités (si l’on peut s’exprimer ainsi), qui sont : une extrême lucidité de sensorium et une grande connaissance de la science traditionnelle des moyens de guérir.

Le médecin, dans ces conditions, éprouve en entrant dans la chambre du malade, un pressentiment de la nature du mal qu’il aura à combattre , l’examen attentif du malade vient confirmer cette première impression. Sou jugement

alors, doit indubitablement être exact, car il est basé sur le •pressentiment et conlii'nié par la raison.

L’homme dans les conditions que nous venons d’indiquer

est un grand médecin mais c’est déjà un somnambule

éveillé.

Le somnambulisme, par l’effet de cette prévision intérieure dont il dote les sujets lucides, peut donc être d’un grand secours dans le diagnostic des maladies ; mais ce n’est pas là seulement que se borne l’utilité de son emploi par la médecine. Le somnambulisme peut rendre beaucoup d’autres services dont le plus important, peut-être, est de faire naître chez le malade une confiance absolue qui est le levier le plus puissant pour amener la guérison.

En effet, si le malade est mis en rapport avec le sujet endormi,si celui-ci ressent et décrit ponctuellement toutes les souffrances qu’éprouve le patient, si la somnambule, lisant au travers l’organisme comme au travers d’une glace transparente, lui décrit tous les phénomènes produits depuis la naissance de la maladie, si même elle va jusqu’à diagnostiquer les sensations les plus fugitives qu’il a éprouvées, si elle décrit exactement la médication employée jusqu’au moment où le malade lui a donné la main, assurément alors le malade suivra aveuglément les prescriptions qui lui seront faites, pour son rétablissement, il aura la conviction profonde de l’efficacité des remèdes, et il guérira certainement, car la Foi viendra en aide à la médication.

Tels sont les résultats produits par le somnambulisme magnétique, résultats constatés par tous ceux qui ont été à même de consulter des sujets lucides, résultats connus, observés, enregistrés par un grand nombre de savants des plus illustres, résultats qui maintenant sont acquis à la science, comme des faits positifs.

Telle est l’utilité du somnambulisme, décrié avec tant d’acharnement et défendu souvent avec trop de passion et trop peu de prudence.

L’amour de la science et de son progrès ne peut admettre d’opposition systématique, et si quelques personnes qui n’ont

point étudié le magnétisme, si quelques incrédules de mauvaise foi rejettent encore le somnambulisme complètement, il n’en est pas ainsi du plus grand nombre des médecins éclairés qui ont reconnu la réalité de son existence, tout en assignant des bornes à sa puissance.

La Médecine, dont la mission est de guérir, soulager ou tout au moins consoler, ne peut refuser plus longtemps, sans commettre un crime de lèse-humanité, un auxiliaire aussi puissant que le somnambulisme. Bientôt des Docteurs, s’affranchissant du joug des préjugés, uniront le magnétisme à la médecine, et quand ils redouteront d’errer dans leurs jugements, ils se serviront du somnambulisme comme le marin se sert de la boussole, pour guider et éclairer sa marche.

Facilité et exactitude de diagnostic, appréciation juste de l’efiét différent des remèdes sur les organisations différentes, confiance du malade en la médication ordonnée; tels seront les heureux résultats de cette médecine nouvelle.

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