‹ Les voix de l'avenir dans le présent et dans le passé, ou, les Oracles et les somnambules comparésChapitre 6 sur 11 · LES ORACLES ET LES SOWINAMBULES COMPARÉS · texte numérisé non relu

LES ORACLES ET LES SOWINAMBULES COMPARÉS

Sommaire. — L'identité des effets entraîne l identité des causes.

Comparaison basée sur les faits. — Oracles rendus à

Trajan. — A un gouverneur de Cilicie. — A Crésus. Vision d' Apollonius.— Vision de Sophocle.— Oracle rendu au roi Déjotarus. — A Pausatïias. — A Tibère. A Proclès. — Faits magnétiques comparés.

Un fait qui se présente avec une certaine régularité , avec une forme toujours identique ; quelqu’insoiite qu il paraisse, n'en est pas moins dépendant do lois fixes, immuables et posiiives.

DESPINE. — Obsefvatium mi‘dicates.

Nous avons dit au second chapitre de cet ouvrage que le sommeil magnétique est un état analogue ( si ce n est identique) à celui dans lequel se trouvaient les oracles anciens quand ils prophétisaient. A l’appui de cette allégation, nous avons comparé la description que nous ont laissé les anciens de cet état d’exaltation avec celle du somnambulisme lucide.

Il est important pour nous d’établir cette parlaite ressemblance, afin de prouver que le somnambulisme n’est point une invention nouvelle , que ce n’est point le résultat des tendances naturelles des esprits vers le merveilleux , et que l’on doive rejeter sans examen. On doit, au contraire, le considérer comme la manifestation d’une vérité aussi ancienne que le monde. Nous avons craint qu’il ne restât quelque doute dans l’esprit de nos lecteurs et nous avons pensé qu il serait utile et curieux, en même temps, de mettre en parallèle les principaux faits de divination de l’antiquité et des observations de lucidité magnétique.

Malheureusement les anciens qui nous ont laissé un grand nombre de dissertations sur les oracles ne nous ont rapporte qu’un nombre de faits exirômement restreint. Chacun des

auteurs cherchant à faire prévaloir son opinion sur les causes de la production des phénomènes, a peu parlé des phénomènes eux-mêmes. C’est un reproche que l’on peut adresser de nos jours à un certain nombre d’écrivains raagnétistes.

Deux philosophes, cependant, Xenophon et Plutarque ont composé, chacun un recueil d’oracles, mais ces ouvrages ne sont pas venus jusqu’à nous, et c’est d’autant plus à regretter, que tous deux se sont montrés favorables à la prévision. Le premier ayant acquis la réputation d’être l’auteur le plus convaincu de la vérité et de l’utilité des oracles, et le second ayant été toute sa vie prêtre du temple de Delphes.

Nous avons donc été obligé , pour réunir les oracles que nous présentons ici , de faire des recherches laborieuses et pénibles; cependant, malgré la difficulté de ce travail, nous n’avons voulu rapporter que ceux dont la réalité ne peut être mise en doute, et qui sont appuyés par le témoignage d’auteurs nombreux et des plus dignes de foi.

Quant aux faits de lucidité magnétique que nous comparons à ces oracles, ils sont pour la plupart tirés de notre pratique, et cela pour plusieurs raisons : Dabord, parce que les somnambules modernes, qui possèdent, nous n’en doutons pas, des documents de la nature des nôtres, ne les ont que rarement publiés ; d'où il résulte, qu’il est, de nps jours, presque aussi difficile de se procurer des faits de somnambulisme, que la discrétion ait permis de publier et dont la réalité soit solidement établie, qu’il est difficile de réunir les oracles de l’antiquité.

Ensuite, parce qu’étant nous-même somnambule naturelle depuis l’enfance, et ayant exercé le somnambulisme magnétique depuis près de dix années, dans des conditions exceptionnelles, nous avons été à même de recueillir une immense quantité d’exemples de lucidité, attestés par des témoins irrécusables, appuyés de noms illustres, ou rapportés par les principaux journaux de l’Europe et, qu’ayant cessé d’exercer le somnambulisme, en ce qui n’est pas du ressort de la médecine, il nous est impossible d’encourir aucun soupçon d’intérêt personnel.

Nous croyons même, et nous le déclarons sincèrement, nous croyons qu’en réunissant ainsi un grand nombre de faits épars ou inconnus nous aurons rendu quelque service à la science magnétique.

< Nous prendrons rarement la parole, nous raconterons peu, nous laisserons parler les témoins oculaires, leur voix sera plus éloquente que la nôtre; on a peu de mérite à dire : j’ai fait, j’ai dit; mais on a une grande force de conviction en disant; j’ai vu, j’ai entendu

Toutes les facultés dont jouissent les somnambules lucides se trouvent chez les oracles. Voici des exemples curieux de vue au travers les corps opaques :

L’Empereur Trajan, dit Macrobe, doutant de la vérité de l’oracle d’Héliopolis, lui envoya des demandes par écrit, scellées et cachetées, auxquelles il voulait que l’oracle répondît. — L’oracle ordonna d’adresser à l’Empereur une tablette blanche pour toute réponse. On peut juger de l’étonnement de Trajan quand il reçut une réponse si digne de ses demandes, car c’étaient des tablettes vides d’écriture qu’il avait envoyées à l’oracle 0).

Voici un autre fait de ce genre, rapporté par Plutarque.

Un certain gouverneur de Cilicie, fort obsédé d’Epicuriens sceptiques, ne savait que croire des oracles. Pour former son opinion il envoya au temple du dieu Mopsus une tablette cachetée. L’oracle ne répondit qu’un seul mot : Noir, et les Epicuriens ne manquèrent pas de rire de ce laconisme. Le gouverneur, ouvrant son message, déconcerta fort les sceptiques et fit cesser leurs rires, en leur faisant voir qu’il ne contenait que ces mots : f immolerai-je un bœuf, blanc, ou noir ? et que l’oracle avait fait une réponse qui convenait parfaitement à la question (a).

(1) Macrobe. Saturnales, liv. i, cliap. iii.

(2) Plutarque, cité par Foiilenellc, liist. des Oracles.

A ces deux oracles, nous opposerons les deux faits suivants qui présentent le même phénomène, de vision au travers les corps opaques.

Extrait du journal de Rouen, n" du 22 octobre 1857.

La soirée magnétique donnée hier, par madameMongruel, a été fort intéressante. Toutes les expériences ont réussi. Nous citerons notamment la suivante: La gracieuse somnambule a lu dans une boite un billet cacheté de sept sceaux qui lui avait été remis par un docteur de noire ville. Ce billet contenait ces mots: On ne peut faire d'omelette sans casser d'œufs. Cette surprenante lecture a produit le plus grand effet.

Beüzeville.

Extrait de l'Album de madame Mongruel.

A vous, madame, mon hommage et ma reconnaissance !

A titre de nouvelle preuve de votre remarquable lucidité, je me fais un plaisir d’attester, qu’après vous avoir remis des papiers venus d’Amérique en mars, vous m’ave* admirablement bien renseigné sur des affaires très importantes, et assuré que je devais recevoir sous peu, de ce pays, une lettre, en m'en indiquant même le contenu. — Ce qui eut lieu le jour même

Mon étonnement fut d’autant plu% grand, que plusieurs de ces choses ne pouvaient être connues que de moi seul.

Auguste Vernes.

(Négociant à Lyon, rue des Deux-Angles, 22.)

On remarquera d’abord, dans ces exemples, une parfaite identité de faculté, celle de voir et même de lire au travers les corps opaques; cependant si l’on considère de près les faits on trouvera une différence dans le degré de précision. L’oracle d’Héliopolis, auquel on remit des tablettes composées comme l’étaient alors les missives que les Romains s’envoyaient entre eux, de deux planches de cire, sur lesquelles on gravait avec un poinçon ce que l’on avait à se dire, réunies après, superposées et scellées avec des cachets ; l’oracle reconnaît que ces tablettes sont vides d’écriture, mais le sujet

magnétique voit au travers un coffret de palissandre, les caractères écrits; non-seulement il les voit, mais il les lit, pas seulement un mot, mais une phrase entière. Dans le second exemple, l’oracle de Mopsus, ayant les tablettes, comprend le sens de la question et y répond un mot ; mais la somnambule lit une lettre encore à la poste, et avec laquelle par conséquent elle ne peut être mise en rapport. Cette différence est d’autant plus digne d’attention, que les deux oracles que nous rapportons sont les plus remarquables de ce genre que l’on trouve dans l’antiquité.

Après la vision au travers les corps opaques, la faculté la plus extraordinaire que présente le somnambulisme, c’est la vue à distance ; les oracles ont donné de nombreuses preuves qu’ils possédaient cette faculté.

Crésus, roi de Lydie, ayant résolu d’éprouver les oracles de Grèce et de Lydie , pour savoir auquel d’entre eux il devait avoir plus de confiance, il envoya des députés dans tous les temples célèbres, et, entre autres, à Delphes. Il donna ordre aux envoyés de consulter l’oracle, le centième jour après leur départ, sur ce que Crésus fîls d’Alyattes, roi de Lydie, faisait ce jour-là dans son royaume, et de lui rapporter par écrit la réponse de l’oracle.

Aussitôt que les Lydiens furent entrés dans le temple de Delphes, et qu’ils eurent interrogé la Pythie, celle-ci répondit:

« Mes sens sont frappés de l’odeur d’une tortue qu’on fait cuire avec de la chair d’agneau dans un vase d’airain, dont le couvercle est de même métal. »

Effectivement, après le départ de ses envoyés, Crésus avait imaginé la chose la plus difficile à deviner. ‘Le jour convenu, ayant coupé lui-même par morceaux une tortue et un agneau, il les avait fait cuire dans une chaudière d’airain (i).

En regard de ce fait très curieux, de vision à distance au temps présent, nous citerons les deux faits de somnambulisme suivants, présentant le même phénomène au temps passé

(1) Hérodote, liv. i, §§ 46 et 49*

Extrait du journal de l’Ain, 6 août 1855.

Il y a deux jours, M. le docteur D. . médecin de l’hôpital, ayant en consultation remis à madame Mongruel, des cheveux d’une personne de sa connaissance en la priant de lui dire quel était l’état de santé de cette personne, la somnambule répondit: Ces cheveux sont d’un homme... Oh! comme il a

souffert au genou droit J’y sens une douleur atroce!...

Cependant la souffrance a été beaucoup plus grande qu’elle ne l’est en ce moment... C’est étrange, ajouta -t- elle en palpant sa jambe droite, et s’arrêtant au-dessus du genou, je sens la cuisse jusqu’ici et plus loin je ne sens plus rien, pas même une jambe de bois.. ..

Le docteur D... avait, la veille, amputé la jambe droite de l’individu auquel appartenaient les cheveux , opération qui était devenue nécessaire par suite d’un mal au genou.

Extrait du Nouvelliste du Jura, 23 août 1855.

La soirée donnée hier par madame Mongruel a été fort intéressante, la somnambule a surtout fait preuve d’une lucidité merveilleuse dans l’expérience suivante :

Mademoiselle Camuset, présente à la somnambule une lettre close de son frère absent (mais sans dire, bien entendu de qui elle était) ; aussitôt, madame Mongruel dépeint le physique et le caractère du jeune homme avec une exactitude qui excite l’étonnement de ceux qui le connaissent. Interrogée sur son état de santé, la somnambule répond par l'annonce d’une chute qu’il avait faite la veille et qui faisait éprouver au jeune homme une douleur au genou, mais en assurant que le mal est léger et qu’il sera bientôt guéri. Malgré cette assurance, la famille a envoyé ce matin une dépêche à Paris et a bientôt reçu une réponse qui confirme la nouvelle d’une chute en descendant les degrés que le jeune homme avait dû monter pour recevoir ses prix.

Il nous est difficile d’établir de comparaison entre ces divers faits, il est évident que c’est la même faculté qui ins-

pire l’oracle et le sujet magnétique, mais les circonstances qui accompagnent la vision, sont tellement différentes que tout rapprochement est impossible. Il n’est pas de même des deux exemples suivants ;

Apollonius de Tyane, célèbre philosophe, possesseur à un haut degré de la faculté de prévision, et contemporain de Jésus- Christ , se trouvait un jour à Ephèse et discourait avec ses disciples, tout-à-coup sa voix s’affaiblit, il hésite, il s’arrête, son regard devient fixe, il fait quelques pas en avant et s’écrie :

« Frappez , frappez le tyran! »

Les Éphésiens qui composaient l’assemblée étaient dans le plus grand étonnement devant Apollonius, absorbé comme un homme qui assiste à un grand évènement et qni veut en voir la fin, mais bientôt, revenant à lui et prenant la parole, il dit- « Ayez confiance, Éphésiens. car le tyran a été tuéaujourd hni; » que dis-je aujourd’hui? c’est bien plutôt en ce moment » même, et le fait a eu lieu à l’instant où vous m’avez vu ne » plus vous parler. »

Peu de jours après, les Éphésiens apprirent que Domitien avait été tué à Rome à l’heure même indiquée par Apollonius (i ) .

Le fait suivant de somnambulisme présente toutes les péripéties de la vision d’Apollonius ;

« J’ai connu, dit M. Chardel, conseiller à la cour de cassa- » tion, j’ai connu l’épouse d’un colonel de cavalerie que son » mari magnétisait et qui devint somnambule.

» Dans le cours du traitement, une indisposition contraignit » le colonel à se faire aider par un officier de son régiment. » Cela ne dura que huit ou dix jours ; quelque temps après le 1) mari, ayant mis sa femrne en somnambulisme, l’engagea à » s’occuper de cet officier. Ah! le malheureux, s’écrie-t-elle, » je le vois ! il est à ***... il veut se tuer 1 U prend un pistolet! » courez vite

» L’endroit indiqué était aune lieue de là ; on monta iramé-

(4) Philostrate, vie d’Apollonius, liv. VIII, cliap. x,pag. 562.

» diatement à cheval , mais quand on arriva le suicide était con- » sommé, (t) »

Le fait que nous allons rapporter n’a pas été produit par un oracle, il semblerait donc sortir de notre cadre, mais il présente une observation si remarquable de lucidité pendant le sommeil que nous ne pouvons résister au désir de le consigner ici.

On avait dérobé dans un temple d’Hercule une coupe d’or d’un prix considérable, et le dieu, étant apparu en songe à Sophocle, lui indiqua celui qui avait commis le larcin. Sophocle négligea deux fois de suite le même avertissement ; mais le songe étant revenu à plusieurs reprises, il alla en rendre compte à l’Aréopage. Aussitôt les Aréopagistes firent arrêter celui que Sophocle avait désigné, on le mit à la question, il confessa le vol et rendit la coupe. (2)

Qu’il nous soit permis de mettre en regard de ce fait un cas de lucidité somnambulique complètement analogue. C’est la copie d’une lettre dont l’autographe est en notre album :

« Nous nous plaisons à certilier qu’un employé de notre fa- » brique ayant été victime d’un vol, eut l’occasion de consulter » Mongruel, et que cette dame en état somnambulique lui » a dépeint d’une manière très exacte la personne qui était l’au- » teur de ce vol, que de plus elle est entrée dans des détails n tellement circonstanciés sur la manière dont il avait été » commis, et sur le seul moyen pratiquable pour obtenir la » restitution, que nous n’avons pas hésité à nous occuper de » cette affaire en interpellant d’une façon très positive et pres- » santé l’individu répondant au signalement indiqué; lequel » après maintes dénégations a fait l’aveu de sa faute et remis » entre nos mains le montant exacfde la somme par lui sous- » traite.

» Enti'’autres particularités nous devons dire que M Mon- ') gruel a déclaré que le voleur s’était contenté de prendre l’ar- » gent, mais qu’il avait laissé dans la malle le mouchoir dans » lequel il était enveloppé, la montre, etc., faits très exacts. »

Rouen, F. Kettinger et tils {extrait).

(1) M. Gliardel. Essai de Psychologie, pag. 277.

(2) Cicero. — Diuinatio. lib. i, § 25, pag. 73.

Nous n’avons pas encore parlé jusqu’ici, de la faculté de prévoir l’avenir que les oracles et les somnambules possèdent a un dégré égal, en voici deux exemples curieux :

Déjotarus, roide la Petite-Arménie et contemporain de César, avait l’habitude de ne rien faire d’important sans consulter auparavant certains devins qu’il enmenait toujours avec lui.

Un jour, étant en voyage, il s’apprêtait à passer la nuit dans une maison nouvellement bâtie ; mais les devins lui conseillèrent de n’en rien faire. 11 se conforma à leurs conseils et bien lui en prit, car la nuit même la maison qu’il devait habiter écroula et il eût été enseveli sous ses ruines, (i)

Voici un fait de somnambulisme qui présente quelque analogie avec celui-là :

M'"® Ancelin, dame du Directeur de l’École préparatoire de St-Mandé, ayant un jour consulté sur l’état de santé du parrain de sa petite-fille, médecin renommé; il lui fut donné la consultation suivante, qu’elle nous raconta plus tard.

« Votre parent, souffre au petit doigt du pied droit d’un » ulcère qui s’y forme , il n’y fait aucune attention , ce- » pendant, après une chute de cheval quil fera très prochaine- » ment le mal prendra une très grande gravité, et même par » suite de la négligence qu’il apportera à se soigner, eet ul-

>' cère amènera sa mort et eela avant six mois révolus. »

La prédietion de la somnambule se réalisa complètement ainsi qu’on le verra dans l’extrait suivant d’une lettre que Ancelin nous envoya , à propos d’un procès qui nous était intenté.

« Je regrette de ne pouvoir répéter de-

« vant vos juges combien, en trois circonstances, votre lucidité » m’a été précieuse. La première fois elle a sauvé mon père !

» La seconde fois elle m’a fait retrouver une somme de deux » cents francs. La troisième fois, c’était pour le parrain de ma » petite-fille, homme marquant dans la société, qui avait un ul- 0 cère et qui vient de mourir « avant six mois révolus , » par •

(1) Ciciiro. de divinatio. lib. i.

» suite d’un manque de précaution, ainsi que vous l’aviez an- » noncé à ma fille et à moi.

» Je me sens trop peu d’esprit pour approfondir la science du » magnétisme et du somnambulisme ; mais, ce que je sais, c’est » qu’ayant été entraînée à voir ce que je ne voulais pas croire, «j’ai cru ce que je n’avais pas vu, et toutes les personnes qui » vous ont consultée, madame, rendront bien certainement » hommage à la vérité. »

Henriette Ancelin, à St-Mandé.

Il existe entre ces deux exemples de lucidité une grande ressemblance, dans le fait, qui est la prédiction à deux individus d’un danger qui les menace dans l’avenir, il est vrai que dans les conséquences de la prédiction il existe une grande différence, puisque, dans le premier cas, Déjotarus conjure le péril annoncé, et qu’au contraire, le consultant du second cas en est la victime ; mais on doit reconnaître cependant que la faculté est la même : la prévision de l’avenir.

Pour terminer ces observations et ce genre de comparaison, nous rapporterons un dernier fait qui présente un exemple de lucidité portée à sa limite extrême.

Proclès, tyran d’Épidaure, aussi cruel qu’injuste, avait fait mourir dans d’affreux supplices, un grand nombre de citoyens qui n’avaient commis aucun autre crime que celui d’être riches.

Timarque, étant allé d’Athènes à Epidaure avec de grands biens, Proclès lui fit le meilleur accueil ; mais peu de temps après , l’ayant attiré dans un piège, il le fit tuer, fit enfermer son corps dans un panier et jeter à la mer.

Tout le monde ignorait ce meurtre excepté le seul Cléandre d’Égine qui en avait été le confident et le ministre.

Dans la suite, les troubles qui survinrent à Épidaure engagèrent Proclès à envoyer consulter l’oracle pour connaître le lieu où il devait se retirer. L’oracle répondit ; qu'il permettait à Proclès de se retirer au lieu où il avait fait déposer le qmnier de son hôte d'Egine ou bien là où le cerf quitte son bois. Le tyran comprit en recevant cette réponse qu’il devait inévitable-

m6nt mourir, puisqu’il ne lui restait plus de reluge qu au fond de la mer ou dans le sein de la terre ; car on sait que le cert, quand il se dépouille de son bois, 1 enfouit dans la terre.

11 attendit encore quelque temps; mais, voyant que ses alfaires empiraient de jour en jour, il s’enfuit d Épidaure et tomba entre les mains des amis de Timarque, qui le mirent à mort et jetèrent son corps à la mer. (4)

Dans ce fait on voit un assassinat et un vol, commis dans le plus grand secret, dévoilés par l’oracle ; et le corps de la victime caché au fond de la mer, vu et indiqué par lui; voici ce que nous comparerons à cette vision extraordinaire :

« J’atteste qu’en 1 848 au mois de septembre, je me présentai chez Mongruel pour la consulter. Il s’agissait de la disparition d’un brave et honnête ouvrier dont la conduite exemplaire attirait l’attention de tous ceux qui le connaissaient. Je demandai qu’on voulût bien endormir Mongruel dans l’espoir de tirer de sa lucidité quelques révélations à ce sujet.

« Voici ce que j’obtins de cette séance aprèsavoir remis à la somnambule un objet venant de l’homme dont il était question, elle me dit; « Cet homme a disparu, depuis samedi il » n’est plus rentré chez lui , sa femme est bien malheureuse » et pourtant elle ignore encore toute l’étendue de son mal- » heur ; cet homme est mort maintenant.

» Il portait sur lui une somme d’argent; il a été victime d’un » assassinat et d’un vol. Le sentiment qui a poussé les meur- » triers me paiaît être plutôt la haine que la cupidité. Je le » vois sortir de l’atelier où il était contre-maître et se diriger » vers plusieurs maisons, cafés ou buvettes où il a été entraîné » à absorber un liquide qui l’a enivré d’autant plus facilement » que jamais il ne buvait d’alcooliques. Il a fait trois princi- » pales stations , après quoi ceux avec lesquels il était resté » tout l’après-midi l’ont conduit , tout en causant , vers les » carrières de Charenton. Là, dans un endroit isolé et sombre, » une contestation s’engagea, une rixe eut lieu, et la mort s’en

(1) Plutarque. Des oracles de la Pythie, pair. 136.

» suivit. 11 fut traîné après dans les carrières et pendu à un » crochet de fer, dans le but de faire croire à un suicide. Allez » et cherchez là !.. .

« La somnambule fut éveillée et je courus donner ces détails à la pauvre veuve ; celle-ci fit faire des recherches mais on ne trouva qu’un mouchoir ayant appartenu à la victime. Je retournai quelque temps après revoir M“® Mongruel, je la fis. endormir de nouveau. Aussitôt elle me dit avec étonnement :

« Ohl je ne vois plus cet homme dans la carrière il en a

» été retiré et son cadavre a été jeté dans la Seine à un endroit » extrêmement large...,. Je vois beaucoup d’eau il semble » que là, un canal ou une rivière se réunit au fleuve. Je le vois 0 attaché à une très grosse pierre qui le retient sous l’eau. »

« Tels senties renseignements qui m’ont été donnés par Mongruel ; il me reste maintenant à dire ici : que les faits ont pleinement justifié ses déclarations; qu’en effet, l’enquête de la justice a établi qu’il avait été vu le samedi dans différents cabarets ; que le cadavre a été retrouvé à la jonction de la Seine et de la Marne, qu’enfin il avait été attaché à de grosses pierres

qui le retenaient sous l’eau

« En foi de quoi j’ai donné la présente attestation pour servir comme de droit. »

Paris, 11 septembre 1858.

Gaütheron.

Grande rue de La Chapelle, 10.

Les oracles, comme les somnambules, pouvaient quelquefois prévoir l’époque de la mort des personnes pour lesquelles on les consultait; mais comme elles au.ssi, ils manifestaient une grande répugnance à répondre à ces questions ; les oracles, dans ce cas, cachaient la vérité dans l’ambiguité; les somnambules refusent de répondre. Pendant le sommeil magnétique, toutes les facultés et tous les sentiments des sujets endormis sont exaltés au plus haut degré, et leur tact est trop exquis, pour qu’ils ne sentent pas les conséquences que pourraient avoir de telles révélations, d’ailleurs, preuve singulière que la faculté de prévision a une mission plus grande à rem-

plir que celle de satisfaire une curiosité puérile ou criminelle, la somnambule, dans le cas même où elle verrait juste, éprouverait en elle un sentiment insurmontable qui l’empêcherait de répondre; ce sera, si l’on veut, l’àme rendue à sa purete première par le sommeil magnétique qui impose à l’esprit perverti.

Quelle que soit 1 exactitude de cette définition, l’influence dont nous parlons existe, et elle a été constatée par les écrivains maguétistes. Cependant il nous a été donné de recueillir dans une circonstance qui excluait toute idée de publicité, un fait de lucidité magnétique dans les conditions dont nous parlons ; nous le rapporterons ici, dans l’intérêt de la science.

Donnons d’abord un exemple de la façon ambiguë dont les oracles indiquaient la mort des individus,

Pausanias, roi de Sparte, étant a Bizance, vit Cléonice, jeune fille de condition libre, il fut touché de sa beauté et ordonna qu’on l’amenât dans son palais.

Il fallut obéir au tyran. Au bruit que la jeune fille fit en entrant dans l’appartement du roi, Pausanias qui s’était endormi, se réveilla en sursaut, et, croyant qu’on venait pour l’assassiner, saisit son poignard et en frappa Cléonice qui mourut de sa blessure.

Depuis lors, Pausanias, pénétré de regrets ne goûta plus de repos; toutes les nuits, il lui semblait voir l’âme de Cléonice venir lui annoncer la vengeance divine. Il consulta l’oracle d Héraclée, pour connaître un remède à sa douleur et à ses remords. L oracle répondit : Pausanias trouvera le repos à Sparte.

Ce prince retourna immédiatement dans sa patrie, ainsi qu il lui était prescrit, mais on y avait appris ses intelligences avec les ennemis, et il fut mis a mort, (i)

Extrait d'une lettre particulière.

« Notre moral souffre, car nous n’avons pas de nouvelles

(1) Plularcl). vil.Cim. — id de sera ruminis vindicta p, 55

« (l(! notre piiys, et madaïuc Mougruel n’est plus là pour M nous en donner. C’est toutefois une grande eonsolation « pour nous de la savoir si près, et je vous prie de jious « avertir (|uand elle sei’a disposée d’aller en d’autres pays, « soulager les malades et consoler les malheureux.

« Elle a dit à quelqu’un de ma connaissance (|ue sa mère « était gravement malade, et ([u’elle n’avait pas long-temps à « vivre; en effet, cet individu retourne près de sa mère, dans « son pays (le Brésil) et, le lendemain de son arrivée, elle a n’était plus etc.

Turin, 9 février 1855.

Vicomte de St. A

(Minislre pléniiiolenliaire (le S. M.***. près la cour de Sardaigne. ) (1).

On doit reconnaître dans ces deux faits, une parfaite identité de faculté, la seule diflérence (jui existe est dans la clarté de la prédiction, la forme de celle de l’oracle est telle, que quoique indiquant l’exacte vérité elle ne pouvait être comprise qu’aprèis l’évènement, c’est-à-dire, quand Pausanias aurait trouvé le repos éternel à Sparte, la prédiction de la somnambule au contraire est assez préeise pour engager eelui <jui la reçoit à faire un voyage dans un autre partie du inonde et elle se réalise textuellement.

Un des phénomènes les plus curieux que présente le somnambulisme e’est la faculté qu’a le sujet endormi de lire dans la pensée de celui qui l’interroge et les oracles nous présentent encore des exemples de eette faculté.

Pendant que Tibère était exilé à Rhodes, il consultait souvent les devins, mais l’issue de ces consultations était presque toujours funeste à ceux qui répondaient au hasard, par présomption plutôt que par inspiration.

(t) Celle lellre, uinsi que lous les docunienls que nous doniious ici, exis- Icnl, aulographes dans noire Album, laissé toujours ouverl sur une labié dans nuire salon, I ouïe i)ersonne qui aurail des doules sur leur exislence, ou sur l’exacliiude de l’exlrail pouri ail facilenicnl s’eu convaincre.

I ibcre avait sui les bords de la mer, une maison incomme de tous, où il se rendait quand il voulait connaître l’avenir Un affranchi, fort et vigoureux, était seul dans sa confidence; il amenait à Tibère par des chemins détournés l’homme qu’il voulait éprouver, et si celui-ci, soupçonnait quelque fraude il ne manquait pas de faire jeter le devin à la mer afin d’ensevelir ses secrets.

Ayant un jour fait venir ainsi Thrasyle, devin célèbre, Tibère lui fit de nombreuses questions auxquelles le devin répondit très pertinemment et il finit enfin par lui prédire l’Empire et la suite des évènements qui devaient arriver. « Mais, lui dit Tibère, avez-vous vu votre avenir, savez-vous <1 quelle année ou quel jour vous seront favorables ou funestes? Thrasyle se concentre un instant, puis, saisi d’une inspiration : « C’est étrange, dit- il, je suis au moment le plus critique de « ma vie !

Alors, Tibère l’embrassant, le complimenta d’avoir si bien deviné le péril qui le menaçait, il le rassura, le mit au nombre de ses amis et regarda dès-lors tous ses discours comme autant d’oracles. (U

Nous poserons en parallèle de ce fait, où Thrasyle voit dans l’esprit d’un autre, une pensée qui se rapportait à lui, l’exemple suivant de somnambulisme, où le sujet endormi, voit, dans l'esprit d’une autre personne un évènement, ou plutôt une suite d’évènements, qui ne la concernent en rien.

Courrier de Paris, juin 1857.

Hier nous avons assisté à une soirée magnétique fort intéressante, chez Mongruel. La réunion était nombreuse, trop nombreuse même, et composée d’écrivains, de savants, d’hommes célèbres à divers titres et de femmes du monde. Parmi les personnes sur qui se portait l’attention sympathique de tous, il faut citer en première ligne, M. le capitaine de

(1) Tacite. Annales, liv. vi, § 31

frégate de Lavaissière de Lavergne, commandant du navire le Duroc , naufragé dernièrement dans des circonstances dont tout le monde se souvient encore, M"*® de Lavaissière et leur charmante petite fille.

Madame Mongruel, endormie du sommeil magnétique. M. de Lavaissière lui a pris la main, et aussitôt la somnambule a vu toutes les scènes du naufrage du Duroc que le commandant de ce navire avait alors présentes à l’esprit. Elle les décrites avec une fidélité, une netteté et une vigueur d’expression tellement grande que tout l’auditoire a été profondément ému, surtout lorsque l’on a vu la petite fille, se mettre à pleurer au souvenir de ces souffrances qu'elle a partagées.

Bientôt la somnambule elle-même a succombé à l’émotion, et la vue des tortures des naufragés lui causait une douleur si poignante, des souffrances si réelles, que tout le monde a, d’une voix supplié le magnétiseur de la réveiller.

Il y avait beaucoup de monde et il faisait très chaud, aussi la température, influant sur la somnambule, a-t-elle empêché quelques expériences de réussir; néanmoins, d’autres expériences, proposées par MM. Méry, Hippolyte Lucas, Delaage, et par nous-même ont complètement réussi.

Paul D’Ivoy.

Pour nous résumer, nous avons vu, dans ce chapitre, que les oracles, comme les somnambules, voyaient au travers les corps opaques, qu’ils voyaient les évènements qui se passaient à des distances éloignées, qu’ils pouvaient, dans certaines circonstances, percevoir l’avenir, qu’ils pénétraient les secrets les plus cachés et qu’ils lisaient dans le cœur humain les pensées non encore exprimées. Examinons maintenant la pratique médicale des oracles et des somnambules.

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