‹ Les voix de l'avenir dans le présent et dans le passé, ou, les Oracles et les somnambules comparésChapitre 7 sur 11 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

(suite) .

Sommaire. — Observations médicales. — Maladies différentes traitées par des remèdes semblables et vice versa. — Oracles rendus à un Athénien et à un Juif. — V Homéopathie, l’Hydrothérapie, la Phlébotomie, etc., dans les temples des Oracles. — Pratique médicale des Somnambules comparée . — Maladies vues à distance. — Cures diverses.

Il est difficile de se rendre un compte exact de la manière dont les oracles traitaient les maladies ; il semble qu’ils n’aient eu aucun système de médication arrêté ; car, dans les récits de leurs traitements que nous ont laissé les auteurs anciens, on voit un grand nombre de prescriptions complètement différentes les unes des autres appliquées à la guérison de la même maladie. Parfois, au contraire, il arrivait que l’oracle ordonnait le même remède à plusieurs individus atteints d’affections considérées comme tout à fait différentes. Cette conti’adiction apparente est facile à expliquer; c’est que, n’étant pas obligés comme les médecins d’alors, de s’en rapporter uniquement à un moyen curatif exclusif, indiqué par la tradition, les oracles, grâce à leur lucidité, à la vision intérieure dont ils étaient doués, ainsi que les somnambules, étudiaient d’abord l’organisation du malade, et feisaient leurs prescriptions en ne tenant compte que du tempérament et des habitudes du malade, ainsi que de la cause de la maladie. Les faits que nous ont rapporté les auteurs prouvent que leurs innovations étaient couronnées de succès.

Un jour que l’oracle d’Esculape d’Epidaure fut consulté par un Athénien et un juif, atteints de maladies différentes, il prescrivit à tous deux un remède, ou plutôt un régime sem-

blahte, c’était de manger de la chair de porc. L’Athénien ne voulut rien taire de cette prescription et mourut; le Juif, au contraire, ne manqua pas d’y obéir, quoique les lois de sa nation le lui défendissent. Il fut guéri et se trouva si bien de la chair de porc qu’il en mangea toujours depuis , il arrivait même que s’il en suspendait l’usage, il retombait malade. L’affection dont il fut guéri était un crachement de sang (i). « Ce remède paraît extraordinaire, dit Leclerc; mais on voit » plusieurs exemples d’un semblable conseil donné avec » succès en pareil cas par les médecins (2). .

En observant avec soin les prescriptions des oracles, on y trouve le germe de plusieurs découvertes modernes. Ainsi, à un malade qui avait avalé des œufs de serpent et que l’on croyait empoisonné, l’oracle prescrit de se faire mordre le poignet par une murène, dans le but, sans nul doute, de neutraliser le venin du serpent par l’introduction d’un autre virus dans l’économie. N’était-ce pas suivre les règles du similia similibus curantur, indiquées par le système homéopathique, et n’y a-t-il pas dans ce seul fait les principes de la vaccination découverte par Jenner.

L’hydrothérapie était connue et prescrite par les oracles, l’empereur Marc-Aurèle en cite plusieurs cas et dit : « Les oracles d’Esculape ordonnent à ceux-ci de monter à cheval, à ceux-là de se faire verser de Veau sur toutes les parties du corps (3). » Ces prescriptions étaient souvent réitérées, car Aristide, qui vivait du temps d’Antonin, en rapporte plusieurs exemples.

La phlébotomie ou l’emploi des saignées était aussi connue des oracles et employée par eux souvent et fort habilement ; les auteurs nous en ont rapporté un grand nombre de cas. « A côté de moi, à Pergame, dit Aristide, était assis un sé- » nateur romain qui attendait aussi l’ordonnance de l’oracle.

(1) Suidas, trad. Leclerc. Hist. delà méd., p. 1, liv. 1, chap. xx, p. 61.

(2) Leclerc, Hist. de la méd., p. 1, liv. i, cliap. xx, p. 61.

(3) iVfarc-AiirMe. Pensées, ch. ii.

» Il lui prescrivit une saignée au bras, etc. » Oallien (i) parle aussi d’un prêtre d’Ksculape (jui se guérit d un mal long et violent, en se saignant au poignet, d’après l’ordre de l’oracle. Ce qui prouve, en passant, que cet homme croyait à l’efficacité des prescriptions de l’oracle dont il était prêtre.

Les oracles découvrirent et vulgarisèrent l’emploi des poisons actifs comme moyens thérapeutiques, et les principaux auteurs de l’antiquité leur reconnaissent le mérite de cette innovation. « Par ce moyen, dit Pliilostrate (en interrogeant n les oracles), on trouve des remèdes aux différentes mala- » dies, des antidotes contre les poisons et le moyen de se » servir de ces derniers dans plusieurs circonstances. Qui » pourra nier qu’on ne doive ces connaissances à la divi- » nation (2)?

Ainsi que les somnambules, les oracles étaient consultés par les malades, quand ils avaient épuisé tous les moyens de guérison indiqués par les médecins (s), c’étaient donc les affections les plus rebelles qu’ils avaient à combattre.

Par une longue expérience du magnétisme, nous avons pu nous assurer que la pratique médicale des somnambules a plus d’un point de ressemblance avec celle des oracles.

Comme les oracles, les somnambules n’adoptent jamais de système médical spécial, mais elles les emploient tous concurremment. Elles ne se règlent dans leur manière de prescrire que sur l’organisation du malade soumis à leurs soins. C’est ainsi que, pour une maladie donnée, ordonnant la médication indiquée par l’allopathie, la somnambule traitera quelquefois la même maladie, chez un autre individu, par le système homéopathique.

Dans le diagnostic des maladies, la somnambule est essentiellement logique, rationnelle, la dernière pensée quelle exprime est toujours la conséquence forcée de la première.

(1) Gallien. Méthode méd.

(2) Philosirale. Vie d’Apollonius, liv. in, cli. xni. ]Siielonius in Claudio, cap. xv.

Page 1