‹ Les voix de l'avenir dans le présent et dans le passé, ou, les Oracles et les somnambules comparésChapitre 9 sur 11 · LES ORACLES ET LES SOMNAMBULES JUGÉS · texte numérisé non relu

LES ORACLES ET LES SOMNAMBULES JUGÉS

Sommaire. — Les oracles et les somnambules devant la loi. — Services rendus par le magnétisme. — Les magnétiseurs jugés par un auteur moderne. — Le somnambulisme et la philosophie. — Le magnétisme et les corps savants. — Appel à l’opinion publique.

Vires acquirril eundo.

Nous n’avons nullement l’intention de nous occuper ici de l’état où se trouve le somnambulisme, par rapport à la législation actuelle. Les articles de la loi qu’on lui a appliqués diversement, ont été faits avant qu’il fût question d’exercer le magnétisme en France; ils ne peuvent, ne lui étant pas exclusivement applicables, nous servir de point de comparaison; d’ailleurs Userait impossible de trouver aucune ressemblance entre les dispositions de cette loi et celles qui concernaient les oracles anciens. — Si, d’un côté, à notre époque, le somnambulisme pratique est gêné dans sa marclie, poursuivi, traqué, interdit dans un grand nombre de ses branches ; de l’autre, les mêmes facultés sous des noms différents, étaient chez les anciens, tenues en grande vénération, protégées par le respect des peuples et placées sous l’égide de la loi.

Alors, le somnambulisme lucide était exercé par les rois, les princes et les magistrats, choisis dans ce but parmi les plus illustres familles. Les Perses n’acceptaient de rois que s’ils étaient devins ; la Grèce était soumise à ses oracles, sans l’approbation desquels les États ne pouvaient ehanger la forme du gouvernement, (i) faire une déclaration de guerre, (2) en-

(1) nio. Chrisost., Orat. 32. — Plutarque, vie d’Agésilas. — Cicéro. de divinatio, lib. i, cap. i.

(2) Ilérod. lib. I, cap. 40. — Pausan. Lacédem. Uépub. — Cicéro. lib i,

cap 43. 5

voycr dfts colonies, etc.; ils étaient consultes dans toutes les occasions difficiles, et leurs décisions avaient force de loi. (i) Les Athéniens, le peuple le plus éclairé de l’antiquité, envoyaient tous les cinq ans à i’oracle de Délos, une ambassade solennelle pour le remercier de ses faveurs. (2) Les magistrats de Lacédémone allaient chercher des inspirations dans le Temple de Pasiphaé. (3) Lycurgue puisait à Delphes les premières bases de ses lois si sages qui ont fait le bonheur de Sparte pendant près de 500 ans. Rome, à l’apogée de sa grandeur, suivait la route tracée dans les livres de la Sibylle Eritrée ; Mucius Scœvola, Horte.nsius, Bibulus, Marcellus, Appius- Claudius, Pompée, César, Cicéron et Plutarque étaient les prêtres et les interprètes de ces oracles, que venaient consulter les Germanicus, les Adrien, les Tite, les Trajan, etc. (4) Maintenant l’exercice du somnambulisme, est en partie défendu ou seulement toléré, et cependant un nombre infini

(1) Xénoph. lib. i, cap. t, seg. 9. — Antiquités Grecques de Robinson, t- 1, pag. 422.

(2) Pendant tout le temps que durait cette ambassade, les condamnations à mort étaient suspendues. L’oracle de Délos jouissait seul de cette prérogative, que ne partageait pas même Jupiter, le dieu suprême, Deusopiimus, Plutarque remarque, que ce fut un jour consacré aux fêtes de Jupiter, qu’on fit prendre le poison à Pliocion, au lieu que Socrate, ayant été condamné le jour où commençait la fête de Délos, son exécution fut retardée de 30 jours.

Le respect que les Athéniens avaient pour cet oracle, paraît de nos jours, incroyable; lorsqu’ils purifièrent l’ile de Délos pour lui élever un temple, ils déterrèrent tous les morts, et brûlèrent leurs os dans une ile voisine, et ils interdirent d’y naître et d’y mourir; le même édit ordonna que les femmes enceintes et les malades atteints d’affections dangereuses, résideraient dans une ile voisine nommée Rhenia.

(3) Cicéro. de Divinalîone, lib. r.

(4) Les auteurs latins, comme les empereurs, ont souvent consulté les oracles; parmi ceux qui ont voulu se convaincre ainsi, par eux-mêmes, de l’exislence de la facultéde prévision, on peut citer; Tite-Live, les deux Pline, Justin, Pomponius-Mela, Elien, Aulu-Gelle, Solin, Macrobe, et tous les poêles, Viigile, Lucain, Ovide, Senéqiic, etc. (Voir, réponse ù l’histoire des oracles de M.de Fonlenelle, par le P». P. Balihus, de la Compagnie de Jé=us.)

(l’abus déplorables, se commettent eu son nom ; c’est que, de même qu’un arbre qui croît toujours à 1 ombre, ne peut donner que des fruits amers ; de même, tout art ou toute science, qui s’exerce en dehors de la protection et du contrôle des lois , peut amener des résultats nuisibles, ou servir de voile à des industries coupables ; car la nature de l’homme pervers est ainsi faite, qu’il lui faut, pour déguiser ses actions mauvaises, les recouvrir d’un manteau sacré. Toutes les connaissances humaines ont eu leur enfance, pendant laquelle elles ont présenté un côté merveilleux et inexpliqué, dont on s’est servi pour abuser les esprits faibles et crédules, il en a été de même du magnétisme ; mais avant de le condamner, pour cela seul qu’il n’a pas été présenté tout dabord à son dernier degré de perfectionnement, il faut se rappeler qu’il partage ce crime avec la chimie, qui avant d’être une science parfaite a été l’Alchimie, avec la Physique qui a été la Magie et la Cabale, avec l’Astronomie qui a été l’Astrologie judiciaire, avec l’Histoire qui a été la Fable, avec la Religion enfin qui a été la Superstition.

Après avoir montré l’estime que l’antiquité professait pour le magnétisme, est-il nécessaire de dire, dans quelle situation il se trouve, maintenant? nous ne le croyons pas ; toute personne qui s’intéresse un peu au magnétisme et à ses progrès, sait combien il occupe l’opinion publique, quelle tendance les esprits éprouvent à revenir à cette croyance du passé, quelle lutte il a à subir contre le scepticisme prétendu philosophique, l’incrédulité de bonne foi ou intéressée, et de quelles polémiques passionnées il est l’objet. Le nom du magnétisme retentit sans cesse dans les livres, les journaux, le théâtre, les salons, partout enfin où la pensée se manifeste de quelque façon que ce soit, et les soirées du monde sont toutes occupées d’expériences de tous genres, auxquelles on associe, à tort ou à raison, le nom du magnétisme.

Mais ce qu’on ne sait pas assez, ce que bien des gens ignorent complètement, ce sont les services réels qu’a déjà rendus le magnétisme. Les fierwes étrangères, peu répandues en France sont insuffisantes pour annoncer à tous, qu’en Angleterre, en

Suisse, en Italie, en Hollande, en Allemagne, et jusques audelà des mers, il a été fondé des Hôpitaux et des Dispensaires où les malades sont traités par le magnétisme et admis sans considération de leur fortune; qu’à Londres, même, M. le D' Eliotsonn, membre du Parlement, a fondé l’un de ces hôpitaux, à ses frais, pour recevoir les malades pauvres ; ce que l’on ignore encore, c’est le nombre infini de guérisons merveilleuses, produites dans toutes les parties du monde par des missionnaires du magnétisme, hommes courageux et bienfaisants, qui ont consacré leurs veilles, au soulagement des malheureux qui se désespèrent, abandonnés par la science ; ce que l’on ignore, enfin, c’est qu’il est même des grandes dames qui après avoir senti se développer en elles, une faculté qu’elles ne savaient pas posséder, la lucidité magnétique, se sont fait une mission de sécher toutes les larmes, de calmer

toutes les douleurs Oh ! nous savons que par notre siècle

d’égoïsme et d’incrédulité, de tels faits étonneront bien des gens, mais nous ne les citons que les preuves en main.

Tel est, il nous semble, le véritable but du magnétisme, car de quelque façon qu’on le considère, comme une science, comme un art, ou comme une branche de la physiologie, ou de la psycologie, il ne doit point servir de sujet d’amusement,

La mission du magnétisme est une mission toute d’humanité; ses moyens d’action, sont tous basés sur cette parole divine; Aimez-vous les uns et les autres!

Nous sommes si profondément convaincue de la réalité de cette mission, et des résultats heureux que le magnétisme peut produire, appliquéau traitement des maladies, nous regrettons si véritablement de le voir souvent appliqué à la production d’expériences puériles ou dangereuses ; nous éprouvons une telle indignation, en voyant les abus qu’on fait de son nom en l’appliquant à des pratiques mensongères, à des industries coupables, que nous désirons ardemment, qu’une loi sévère mais juste, vienne bientôt réglementer l’exercice du magnétisme, et, qu’en fermant au somnambulisme des issues que la morale publique doit lui interdire, on lui ouvre, d’un autre côté, en l’appliquant à la médecine, une voie large.

grandiose , profitable à l’humanité souffrante. Ce que nous désirons, c’est qu’en créant des certificats d’aptitude à l’exercice du somnambulisme, on l’autorise à venir en aide à la médecine pratique, c’est que les hommes de génie qui nous gouvernent, ne laissent pas le magnétisme se perdre lui-même faute d’avoir un but utile, c’est que l’on creuse un lit à cet immense torrent d’idées grandioses, qui bouillonnent et pourraient fertiliser les intelligences, c’est qu’enfin le magnétisme soit l’œuvre de la seconde moitié du xix® siècle, comme la vapeur est celle de la première.

Toute vérité scientifique a besoin qu’un baptême d’années consacre son existence, et nous savons que la législation ne peut en réglementer l’exercice, qu’après que l’expérience a montré les services qu’elle peut rendre et les abus qu’on en peut faire ; mais il nous semble que le magnétisme devra bientôt avoir fini son temps d’épreuve. Depuis que Mesmer est venu annoncer au monde qu’il avait retrouvé le magnétisme, il s’est écoulé près de 90 années; or, est-il une erreur, un mensonge, si bien combiné, si bien soutenu qu’il puisse être, qui soit capable de résister à un aussi grand laps de temps, et à des examens nombreux, profonds, sérieux, et quelquefois même passionnés? Et si l’on veut bien se rappeler ce que nous avons tenté d’établir, que dans tous les pays et de toute antiquité, le somnambulisme s’est produit et a été honoré; restera-t-il quelqu’un qui, pour le puéril plaisir déposer en esprit fort, veuille nier encore une vérité aussi ancienne et

aussi universelle? C’est en vain que des gens de mauvaise

foi, des sceptiques quand même, s’efforcent encore de repousser le magnétisme du domaine de la science : étouffé d’un côté il reparaît plus grand, plus puissant de l’autre. En dépit de toute opposition, malgré tout obstacle opposé à sa marche, depuis dix années le magnétisme a gagné un terrain immense, et il envahit peu à peu toutes les classes de la société.

Ne pouvant anéantir le magnétisme, le parti qui professe l’incrédulité quand même, s’en est pris à ses adeptes, ne pouvant résister à la masse il a attaqué isolément chaque individu, s’embarrassant peu de jeter sur chacun le ridicule et la mo-

queric, pourvu qu’il en rejaillisse quelque chose sur le magnétisme, objet de son exécration. Un auteur inconnu jusqu’à

ce jour, a jugé les magnétiseurs. Jugé et de quel droit?

Jugé et comment? Les a-t-il, en vertu de son omnipo-

tence assignés à comparaître devant son tribunal, pour exposer à son omniscience les motifs de leur foi? Les a-t-il seulement prévenus de son accusation? Non... . Il a trouvé plus simple, plus commode, de fouiller dans leurs écrits pour y chercher des pensées qui ne s’y trouvaient pas, ou pour déguiser celles qui s’y trouvaient, en les isolant les unes des autres, il a présenté ce travail en l’ornant d’un style où aucune épithète n’est ménagée; il a fait du tout, un livre où il ne discute jamais, mais où il injurie sans cesse, soit clairement et directement, soit par une fausse ironie et par des allusions obscures. Lorsque ceux qu’il attaquait étaient le sujet d’adhésions trop publiques pour qu’ellés puissent être passées sous silence, l’auteur dont nous parlons, n’a pas craint de porter son ironie et

ses insinuations malveillantes, jusque sur les noms les plus

illustres, les plus honorables et les plus respectés; enfin, il s’est fait tout à la fois, accusateur, juge et exécuteur, et il a appelé son œuvre un verdict, quand ce n’est qu’un gros pamphlet contre le magnétisme.

Quel était donc son but en attaquant quelques auteurs magnétistes? Etait-ce de faire voir qu’une opinion peut être mal défendue par de mauvais écrivains, mais on le savait déjà avant qu’il écrivît son ouvrage, organe de l’incrédulité ; son projet était-il au contraire, d’attaquer en masse les adeptes du magnétisme dans leur réputation, dans la considération dont ils jouissent? Ce serait peu d’un bon chrétien, d’un philosophe, comme se flattent de l’être tous ceux de son parti, cependant, comme on voit de ces contradictions flagrantes, nous lui répondrons: Toute votre animosité fût-elle mieux cachée, tout le fiel que vous répandez fùt-il moins visible, que vous ne seriez pas à redouter pour le magnétisme ; car si par les moyens que vous employez, on peut anéantir moralement les individus, en revanche, les idées sont au-dessus de vos atteintes. On peut détruire le corps de l’homme, mais

Tâme reste immaculée. « Tu peux, disait Anaxarque au tyran Nicocréon qui le faisait piler dans un mortier, tu peux briser le corps d’Anaxarque, mais tu ne toucheras jamais Anaxarque même. » Il en est ainsi de la vérité que vous attaquez, vous pourriez vaincre ses défenseurs que la vérité resterait pure ; permettez en passant de vous rappeler que si le serpent «st à craindre pour l’homme, la lime est à l’abri de sa dent et de son venin, et que les vérités scientifiques sont des limes propres à polir les hommes.

L’auteur que nous critiquons, s’est armé au nom de la philosophie qui ne peut admettre, dit-il, les merveilles du magnétisme ; c’est en son nom et pour la défendre, qu’il adresse ses injures à tous et de tous côtés, il s’est fait son Don Quichotte, chaque phénomème à combattre, lui paraît une aventure qui doit le couvrir de gloire, et il frappe sans cesse, sans relâche et sans discernement. Il est entré la lance en arrêt, dans le domaine du magnétisme , et il a fait vœu à sa 'Philosophie , de n’y pas laisser pierre sur pierre, o’est-àdire, preuve sur preuve, témoignage sur témoignage ; armé de sa bonne épée, nous voulons dire, de son esprit fort, il s’est mis à pourfendre tous les géants qui ne pensent pas comme lui, et comme sa taille ne lui permet pas de les frapper à la tête, il leur porte ses coups dans les jambes; enfin, il a juré de faire confesser à la foi sa défaite. G est par la philosophie que nous lui répondrons.

M. de Lamennais, dans son Esquisse d'une Philosophie, juge le magnétisme au point de vue du philosophe, son appréciation est peu connue, nous espérons qu’elle suffira à notre auteur:

» Il n’est rien qui choque l’expérience générale ni la raison » philosophique, dans l’influence qu’on attribue à la volonté, » sur la production de certains phénomènes, très singuliers P encore: Nous voulons parler des phénomènes connus sous » le nom de magnétisme animal. 11 en est beaucoup d illup soires. La crédulité, l’imposture, l’aveugle amour du mer- » veilleux, en attestant des faits chimériques, ont jeté de l’in- » certitude sur les faits réels, car il en est de réels ^ et l on ne

» peut que déplorer sous le rapport de V avancement de la science, » V obstination étroite qui se refuse à un examen suivi, sévère, » impartial de ce genre de faits, entre lesquels il importe ex- » trêmement de distinguer ceux qu’on doit admettre sur des « preuves irréfragables, de ceux qui n’ont de fondement que » dans une imagination prévenue. »

» Point de doute que l’homme ne puisse tomber de soi- » même, sans l’intervention apparente d’aucun agent exté- » rieur, dans un étatsemblable au sommeil à quelques égards, » et différent à d’autres égards; semblable en ce que la vie de » relation est en partie suspendue, comme dans le sommeil : » différent en ce que cette vie étant en partie suspendue, le » somnambule, isolé des objets environnants et n’en ayant » aucune conscience, ne laisse pas d’accomplir une suite » d’actes parfaitement combinés pour une fin, lesquels n’ap- » partiennent à l’ordinaire, qu’à l’état de veille, et dont il » ne lui reste aucim souvenir à son réveil.

» Point de doute encore, que cet état singulier puisse être » déterminé par l’action d’un individu sur un autre, et qu’alors » les phénomènes principaux restant'les mêmes que dans le » somnambulisme naturel ou spontané, il s’en produise un » nouveau, savoir : un rapport particulier exclusif, établi eu- » tre le somnambule et celui qui a provoqué en lui le sommeil » magnétique. » (i)

L’adhésion au magnétisme d’un philosophe qui, comme Lamennais a étudié avec tant de bonheur les facultés spirituelles de l’homme, suffira-t-elle pour convaincre l’auteur que nous combattons, que l’existence du magnétisme n’est pas incompatible avec les idées philosophiques? Nous en doutons fort; la thèse qu’il soutient de la non-existence absolue du magnétisme, est maintenant, presque un anachronisme, aussi a-t-il dû s’habituer à démentir bien des hommes de génie illustrés par leur science, et il est probable qu’un démenti nouveau lui coûtera peu. D’ailleurs il trouvera sans doute, que

(t) Lamennais. Esquisse d'une Philosophie. partie, tom. ii, li?. vi, chap. VI, p. 438 et 439.

l’opinion de Lamennais n’est pas nettement formulée sur plusieurs des facultés somnambuliques; mais s’il veut bien lire l’œuvre remarquable de ce philosophe, il verra, que non-seulement il admet presque toutes ces facultés, mais qu’il cherche môme à en donner une explication philosophique, et il admirera, sans doute, celle qu’il donne de la lucidité tant contestée, et qui se termine ainsi :

» Il suit de là, que les facultés qu’expriment les mots pres- » sentir, prévoir, loin de renfermer en soi quelques impos- » sibilités, résultantes des lois générales des êtres créés, ne » sont, au contraire, dans leur racine, qu’une conséquence » naturelle de ces lois. » (i)

Mais c’est trop longtemps nous attacher à réfuter un auteur dont l’œuvre est sans importance réelle, car en magnétisme, les convictions ne se basent pas sur des théories plus ou moins vraisemblables, mais sur les faits qu’on a vus ou qu’on a produits soi-même, et contre de pareils arguments, les négations sont sans valeur.

Le magnétisme ne peut être jugé par un seul individu, quel que soit d’ailleurs son mérite, car, lorsqu’on l’a étudié sérieusement quelqu’impartialité que l’on apporte dans son jugement, ce n’est qu’une opinion personnelle. Peut-il être jugé, dans l’état actuel de la science, par un corps savant constitué? C’est là une question difficile à résoudre, et dont dépend en partie l’avenir du magnétisme. Déjà plusieurs fois, les corps savants ont été appelés à se prononcer sur le magnétisme ; toujours il l’ont condamné, et cependant il subsiste encore. Si leur jugement eût été conforme à la vérité, si le magnétisme n’existait pas, s’il n’était qu’un vain mot, qu’une jonglerie habilement combinée, aurait-il résisté à ces jugements et aux persécutions qu’ils ont produits ? Aurait-il compté depuis, parmi ses adeptes, tant d’hommes remarquables? Personne ne le jugera ainsi. D’ailleurs l’expérience du passé n’est-elle pas là, vivante accusatrice, pour faire rejeter le jugement des corps savants? Combien de grands hommes n’ont-ils pas

(1) Idem, tome ii, pag. 446.

proscrits? Que de découvertes utiles n’ont-ils pas tenté d’étouffer ? Combien de temps, cette science qu’ils doivent encourager, éclairer, conduire, n’est-elle pas restée stationnaire par leur faute ? Enfin, l’opinion publique elle-même, ne semble-t-elle pas décider cette question, et récuser le jugement des corps savants, quand elle accueille le magnétisme qu’ils ont tant de fois condamné.

Un tribunal constitué, composé de prélats et de sages, a condamné Galilée; un tribunal composé de docteurs, a condamné Harvey ; un tribunal composé de savants, a condamné Mesmer, les disciples de sa révélation en ont appelé à l’opinion publique, et l’opinion publique, par la voix des hommes éminents, rendra son verdict.

Jusque là, le devoir des apôtres du magnétisme, est d’instruire l’opinion publique des services qu’il rend tous les jours, des progrès que fait sans cesse sa marche envahissante, des adhésions nouvelles qu’il acquiert, et de la mettre en garde contre les abus qui se commettent en son nom; c’est ce qu’ils ont fait jusqu’à ce jour, c’est ce que nous faisons nous-même. Ce que nous défendons dans le somnambulisme, c’est une faculté naturelle qui est le résultat de la nature spirituelle de l’homme, ce que nous défendons dans le magnétisme, c’est un fluide ou un agent naturel propre à guérir certaines maladies et à exalter la faculté de prévision ; tout ce qui est en dehors de cela, tout ce qui vise au merveilleux, au surnaturel, nous le livrons à l’examen des hommes compétents.

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